« Le pétrole se déverse dans les rivières où nous nous baignons » : la multinationale Perenco accusée de pollution en RDC, selon un rapport (H.fr-27/07/26)

Un puits de la compagnie Perenco, aux alentours de Muanda, en RDC, le 19 octobre 2021. © ALEXIS HUGUET / AFP

L’ONG Human Rights Watch a mené l’enquête sur des cas de pollution de l’air et de l’eau du géant pétrolier Perenco en République démocratique du Congo. Un groupe spécialisé dans l’exploitation très polluante, et régulièrement pointé du doigt pour son opacité et même de la corruption.

Par Benjamin KÖNIG

C’est la seule compagnie pétrolière à l’œuvre en République démocratique du Congo, et son bilan est peu reluisant. La multinationale française (et aujourd’hui britannique) Perenco, qui reste peu connue du grand public, est l’un des majeurs acteurs de l’exploitation pétrolière, spécialisée dans les puits de pétrole en fin de vie.

Une activité très lucrative, mais aussi très polluante, comme le confirme une enquête menée par l’ONG Human Rights Watch (HRW), publiée ce 27 juillet, après que des chercheurs de HRW ont mené en janvier dernier des entretiens sur le terrain, dans la région de Muanda, auprès de 45 personnes.

Les conclusions du rapport sont sans appel : Perenco « procède au torchage de gaz et au brûlage des déchets, contribuant à la dégradation de la qualité de l’air », parfois à moins de 80 mètres des villages et des habitations des résidents.

« Des taux élevés de maladies respiratoires »

Autre pollution majeure, celle de l’eau : selon le rapport d’HRW, la compagnie pétrolière « n’a pas empêché les déversements de pétrole provenant des puits ainsi que des pipelines sur les sols et dans les lits des rivières ». Les faits sont corroborés par des témoignages, comme celui d’un villageois voisin : « Le pétrole se déverse dans les rivières où nous nous baignons », témoigne-t-il.

Cité par le document, un responsable du personnel de santé d’un hôpital local confirme les dégâts humains liés aux pollutions : dans les villages de cette zone côtière, près de la seule agglomération maritime de la RDC, les médecins voient « des taux plus élevés de maladies respiratoires que dans les zones dépourvues de production pétrolière », indique le soignant.

Les activités délétères de Perenco sont pointées du doigt depuis longtemps : déjà, en 2008, sa filiale avait été condamnée par un tribunal congolais. La seconde compagnie pétrolière française après TotalEnergies, est régulièrement ciblée pour ses activités plus que contestables à travers le monde : pollution en RDC ou au Pérou, où elle a mené des projets au cœur de la forêt amazonienne au détriment de communautés autochtones, corruption au Venezuela et dans plusieurs pays africains, ou financement de groupes paramilitaires en Colombie.

Une des familles les plus riches de France

En 2019, le tribunal de Grande Instance de Paris avait mandaté un huissier pour mener enquête au siège de l’entreprise… Il s’est vu purement et simplement interdire l’accès. Fondée par Hubert Perrodo et présidée par son fils François, Perenco est aux mains de cette famille, l’une des plus riches de France.

Cette fois-ci, la compagnie pétrolière a répondu de manière laconique aux questions de HRW, niant malgré les preuves et témoignages que ses activités « puissent entraîner une pollution de l’air, du sol et de l’eau ou des problèmes de santé aigus néfastes ». Mais elle n’a pas répondu aux questions précises de l’ONG concernant la surveillance des polluants ou sur les demandes de transparence.

Guère étonnant, tant la famille Perrodo a fait de l’opacité un principe. Quant au gouvernement congolais, qui avait lancé en 2024 un audit environnemental sur Perenco suite à des signalements de pollution, il n’a rien rendu public ni répondu à HRW. Étant donné le passif de Perenco en matière de corruption, ce silence et cette collusion laissent le doute s’immiscer.

Source: https://www.humanite.fr/environnement/forage/le-petrole-se-deverse-dans-les-rivieres-ou-nous-nous-baignons-la-multinationale-perenco-accusee-de-pollution-en-rdc-selon-un-rapport

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