
Depuis mai 2026, le camping de la presqu’île, à Crozon (Finistère), recycle ses eaux grises. Il serait le premier établissement d’hôtellerie de plein air de France à le faire. Un investissement conséquent à l’heure où l’eau manque cruellement dans le département breton.
Par Carole TYMEN
Vous voulez goûter ? Quand elle sort d’ici, l’eau est d’une qualité identique à celle d’une piscine.
En claquettes et short, Franck Ribotta fait visiter à l’envi l’unité de traitement des eaux grises qu’il a mise en service, en mai 2026, au cœur de son camping de la presqu’île, à Crozon (Finistère). Et pour cause, il serait le premier établissement d’hôtellerie de plein air de France à le faire.
Quand on a construit le bâtiment des douches en 2018, on s’est dit que pousser du caca avec de l’eau potable était une hérésie et que ça n’allait pas durer longtemps »,
explique celui qui a repris les lieux en 2014. Les actuelles sécheresses et menaces de pénurie d’eau accréditent sa démarche.
Une seconde vie, dans les chasses d’eau
Concrètement, les eaux des douches, lavabos et machines à laver de ce camping de 97 places sont collectées via un circuit différent de celui des toilettes et éviers.
Trois heures plus tard, une fois filtrées par une petite
station (4 000 litres) située au bout du bloc sanitaire, les eaux purifiées sont injectées dans le circuit des WC. Elles se voient ainsi offrir une seconde vie dans les chasses d’eau. Elles peuvent également servir au nettoyage des sols ou à l’arrosage de la végétation. Ce sont les trois seuls usages aujourd’hui autorisés en France
, précise Franck Ribotta.
Du côté des campeurs, chacun salue la démarche mais nombreux sont ceux qui avouent n’avoir pas vu les panneaux
qui indiquent l’initiative. En vacances, on fait moins attention…
concède Tony, venu de Mayenne.
Objectif 55 litres
Après trois années à consulter des entreprises pour l’installation sur-mesure, le couple Ribotta choisit en 2023 l’entreprise française Nereus. Mais la législation n’est pas prête. Il a fallu attendre le décret du 12 juillet 2024
, rembobine Franck Ribotta. 2025 a été consacrée aux recherches de subventions. Le premier trimestre 2026 aux travaux.
Encore en phase de rodage, l’équipement à 130 000 € a reçu un soutien de l’Europe et un autre de l’Agence de l’eau. Car nous avons prouvé de précédents efforts de sobriété »,
souligne Franck Ribotta. Et de détailler : Avant la station, on était à 80 litres d’eau potable consommés par client et par jour (piscine comprise), quand la moyenne des campings bretons est à 150 litres.
Les subventions de 105 000 € seront pleinement perçues si le camping atteint son objectif de réduire sa consommation d’eau potable de 40 %. « C’est un pari et un investissement conséquent, sans rentabilité immédiate, rappelle Franck Ribotta. Mais on se rend économiquement résilient sur vingt-cinq ans. »
À ce jour, la menace d’une pénurie d’eau potable locale est prévue pour le 11 septembre 2026. Pour Franck Ribotta, c’est la crainte d’avancer sa fin de saison, synonyme d’une perte de 30 % de son chiffre d’affaires. Et ce malgré tous ses efforts. Philosophe et prophète, il l’assure : Le vrai prix de l’eau est celui de celle qu’on n’a pas. Et on va le mesurer de plus en plus.
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