
Placés en redressement judiciaire depuis août, la société sidérurgique Novasco et ses 760 salariés bénéficient d’un nouveau délai jusqu’au 12 novembre prochain pour trouver un repreneur à ses quatre sites.
Léa DARNAY.
Une lueur d’espoir pour Novasco et ses 760 salariés en lutte pour leur emploi. La chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg a accordé, vendredi 31 octobre, un délai supplémentaire au groupe sidérurgique, placé en redressement judiciaire depuis le 11 août 2025, pour trouver un repreneur à ses sites Hagondange (Moselle), Custines (Meurthe-et-Moselle), Leffrinckoucke (Nord) et Saint-Étienne (Loire). Une centaine des 450 salariés de l’aciérie électrique mosellane se sont rassemblés devant le tribunal, alors que l’audience se tenait à huis clos.
Depuis l’été, l’administrateur judiciaire a prolongé la période d’observation pour permettre à d’éventuels repreneurs de se positionner ou de peaufiner leurs propositions. Alors que les salariés misaient depuis 3 mois sur Metal Blanc pour la reprise du site mosellan, l’industriel a renoncé déposer une offre de reprise pour Hagondange lundi 27 octobre, à la veille de la date limite pour le dépôt des offres concernant l’ensemble du groupe. Le groupe ayant décidé de seulement se positionner sur le site dunkerquois, où des doutes persistent toutefois pour le financement.
« On n’attend rien du tout du tribunal. La seule chose qu’on peut éventuellement espérer, c’est d’avoir une prolongation de la période d’observation pour éventuellement travailler sur une nationalisation temporaire avec l’État », indiquait à France 3 Gazi Yildiz, délégué syndical CGT, avant l’audience. Finalement, après l’étude de deux offres officielles, la décision est reportée au 12 novembre, afin de permettre aux porteurs de projets de reprise d’affiner leurs propositions. D’ici à cette date, un nouveau repreneur peut se manifester.
« Ils sont nés avant la honte »
Parmi les candidats restants figure Europlasma, industriel landais spécialisé dans le traitement des déchets et repreneur notamment de la Fonderie de Bretagne en début d’année. Mais sa proposition ne concernerait que 75 salariés de l’aciérie mosellane et 85 % du personnel des autres sites, et n’apaise pas les salariés. « Vous imaginez que ce n’est pas ça qui nous fait déboucher le champagne, a déclaré Yann Amadoro, secrétaire CGT du comité social et économique (CSE). Leur offre a peu de chance d’aboutir, ils n’ont pas le financement. »
Ironie du sort, Greybull Capital, le fonds britannique ayant repris Novasco en 2024 et qui a emporté l’usine dans ce redressement judiciaire, revient dans la course. L’ancien dirigeant propose un plan de continuité uniquement pour le site de Leffrinckoucke, où il envisage la construction d’un data center. « Ils sont nés avant la honte »fustige Nicolas Haettinger, élu du personnel CGT, car la reprise devait incarner un nouveau départ. L’État s’engageait à hauteur de 85 millions d’euros, et Greybull à 90 millions. Mais selon les syndicats, à peine 1,5 million a été versé par le fonds d’investissement anglais, alors que l’État a respecté globalement ses engagements, en plus des 200 millions investis en dix ans. « C’est honteux que l’État arrose une entreprise sans effectuer aucun contrôle derrière » s’insurge le cégétiste.
Un autre investisseur serait également intéressé par le site, selon le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, sans plus de précisions. Pour le moment, aucune offre globale ne permet de préserver les 760 emplois du groupe en France et ceux de ses nombreux clients et sous-traitants locaux.
Novasco, longtemps connu sous le nom d’Ascométal, est un pilier historique de la sidérurgie française, spécialiste des aciers spéciaux. Depuis 2014, l’entreprise traverse aujourd’hui son quatrième redressement judiciaire. Née dans le giron d’Usinor, Ascométal a changé plusieurs fois de propriétaires avant de devenir Novasco après son rachat par Greybull Capital en juillet 2024.
L’ombre d’Hayange plane sur Hagondange
Greybull n’a pas eu de mal pour se désengager, un an seulement après la reprise de l’usine d’Hagondange, victime des coûts élevés de l’énergie, ainsi que des difficultés des constructeurs automobile et d’un grave accident industriel survenu en novembre 2024. « Le scénario rappelle amèrement celui d’Hayange » se désole Nicolas Haettinger, autre symbole mosellan de la sidérurgie française, démantelé dans les années 2010. Les syndicats en appellent aux pouvoirs publics pour sauver cette aciérie électrique. « La seule issue serait une nationalisation, même temporaire, estime le cégétiste. Fermer Hagondange serait un non-sens et priverait le pays d’une ressource stratégique pour la transition écologique et la réindustrialisation ».
En Moselle, la population voit s’éteindre l’un des derniers feux de son identité ouvrière dans une région qui était autrefois le cœur battant de la sidérurgie européenne. « Au regard des échanges au tribunal, Métal blanc semble le plus en mesure de revoir sa copie et récupérer Dunkerque, confie Yann Amadoro. L’autre scénario tout aussi probable serait une liquidation totale des 4 sites et des plus de 700 salariés ». Les syndicats redoutent désormais la fermeture de leurs quatre usines, et un désert industriel grandissant alors qu’au 30 octobre 2025, 444 plans de licenciement sont en cours selon la CGT.
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