
L’administration Trump a averti les pays qui commerçaient avec Téhéran qu’ils devaient rompre tous leurs liens sous peine de sanctions secondaires. La Chine qui se fournit en pétrole iranien a répondu qu’elle « défendrait ses droits et intérêts légitimes ».
Par Pierre BARBANCEY
Le secrétaire états-unien au Trésor, Scott Bessent, aime filer la métaphore. En avertissant, le 24 août, les pays qu’ils devaient rompre leurs liens commerciaux avec l’Iran sous peine de sanctions secondaires, il a évoqué un « jour J économique » (en anglais, D-Day), qui sonne évidemment comme un rappel du débarquement en Normandie le 6 juin 1944.
Rien de moins. Une manière sans doute de masquer l’échec de la stratégie létale engagée par Donald Trump sur les conseils avisés de Benyamin Netanyahou. Le premier ministre israélien avait assuré la Maison-Blanche qu’en quelques coups de cuillère à pot, le régime iranien serait défait et tomberait comme un fruit mûr. Las, six mois après, le pouvoir iranien est touché mais loin d’être coulé.
Les objectifs des États-Unis et d’Israël ne sont pas atteints malgré des destructions considérables et des milliers de morts. Le protocole d’accord conclu entre Washington et Téhéran a certes permis l’arrêt des affrontements mais il laisse beaucoup de questions en suspens. Il devait permettre, au bout de soixante jours, de parvenir à un compromis sur le programme nucléaire iranien et les sanctions imposées à l’Iran. Nous n’y sommes pas. C’est d’autant plus dangereux que Trump, comme Netanyahou, n’a pas abdiqué sa volonté d’un changement de régime en Iran.
Une offensive économique après l’échec militaire
Échec donc de la force militaire et nouvelle tentative en déclenchant une guerre économique sans précédent. Un plan C, en quelque sorte. La seule différence réside dans cet oukase à l’ensemble des États. Alors que la guerre avec l’Iran approche de son sixième mois, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a averti que les États-Unis lançaient une « offensive économique » contre les réseaux financiers iraniens à travers le monde.
Il a toutefois refusé de préciser quels pays seraient visés ou quand ces sanctions entreraient en vigueur, ce qui semble montrer une certaine hésitation. C’est sans doute pour cela que le Trésor a annoncé de nouvelles sanctions visant 60 personnes, entités et navires, mais n’a inclus dans cette liste aucune des institutions financières de la Chine, pourtant seul pays à acheter du pétrole iranien.
« Pourquoi voudrais-je faire exploser le système financier mondial ? Nous estimons qu’il est important de remettre les choses à plat et d’accorder une période de mise en conformité, mais les intéressés doivent savoir que les choses iront très vite et que nous sommes sérieux », s’est défendu Scott Bessent. Les États-Unis cherchent également à élargir le champ des activités commerciales susceptibles de faire l’objet de sanctions secondaires dans cinq secteurs de l’économie iranienne : les actifs numériques, l’or, la technologie, l’aviation et le transport maritime.
Ils ont rétabli le blocage des navires et des ports iraniens le 13 juillet pour tenter de couper les ventes de pétrole, ce qui a étranglé les exportations iraniennes. Les grands raffineurs publics chinois ne s’approvisionnent plus sur le marché iranien depuis 2019, date à laquelle les États-Unis ont rétabli les sanctions contre Téhéran.
Des raffineurs indépendants chinois se chargent d’acheter le brut iranien depuis longtemps étiqueté comme étant malaisien, voire indonésien. Les règlements s’effectuent en monnaie chinoise et non pas en dollars, ce qui effraie les États-Unis et rend plus difficiles des mesures coercitives. Ces importations chinoises se sont élevées à 1,24 million et 1,58 million de barils par jour en janvier et février respectivement, selon les données de Kpler, une plateforme de données stratégiques pour le commerce physique mondial.
En Iran, la vie quotidienne est plus dure que jamais
Si les États-Unis ont intensifié leurs efforts pour restreindre les achats chinois d’or noir iranien, ils se sont jusqu’ici gardés de sanctionner les banques chinoises. Ce qui n’a pas empêché le secrétaire au Trésor de fanfaronner : « S’ils facilitent des transactions et participent à l’écosystème qui transforme le pétrole iranien en argent et en répression, ils seront visés. »
En réalité, alors qu’une rencontre est prévue fin septembre à Washington entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, de nouvelles sanctions contre des banques chinoises pourraient compromettre les perspectives de prolongation de l’accord conclu en novembre dernier, lequel visait à maintenir les flux de terres rares chinoises et à plafonner les droits de douane américains.
Si des doutes existaient quant à l’attitude chinoise, Pékin les a vite dissipés, indiquant qu’il « défendrait ses droits et intérêts légitimes ». Pour éviter tout incident diplomatique, la presse chinoise s’est chargée d’une réponse plus directement politique. « Si le reste du monde est forcé d’exécuter les ordres des États-Unis, le commerce international cesse d’être du commerce pour devenir une mondialisation sous autorisation, où Washington décide qui peut commercer avec qui », a fustigé le China Daily.
La nouvelle offensive des États-Unis n’a pas vraiment pris de court l’Iran. Le ministre iranien de l’Économie, Ali Madanizadeh, a expliqué : « Nous sommes pleinement préparés aux sanctions américaines », ajoutant que, face à une « attaque terroriste économique », le pays dispose de ses propres outils.
« Nous savons comment jouer le jeu. Notre défense n’est plus aussi défensive ; les ennemis devraient attendre une attaque. » Il s’est voulu confiant en remarquant que ni la Chine ni la Russie n’ont « accepté » les mesures américaines, prédisant que d’autres pays y résisteraient. En tout cas, du côté de l’Union européenne, c’est le silence.
Au-delà des rodomontades, la situation économique rapportée à la vie quotidienne des Iraniens est dramatique, comme l’a implicitement reconnu le gouverneur de la banque centrale d’Iran, Abdolnaser Hemmati, dans une rare interview télévisée. Celle-ci visait vraisemblablement à rassurer ses concitoyens.
Les approvisionnements en biens essentiels et en médicaments seront maintenus, a-t-il affirmé. Il a également fait savoir que le gouvernement prévoyait d’augmenter la valeur des subventions alimentaires électroniques d’environ 22-23 %, en particulier pour les groupes à faible revenu. Des propos qui n’ont pas masqué les inquiétudes des responsables iraniens.
Le président du Parlement et principal négociateur, Mohammad Ghalibaf, n’y est pas allé par quatre chemins devant un parterre de businessmen irakiens rencontrés à Bagdad quelques jours avant les annonces américaines. « Quelle que soit l’ampleur de notre puissance militaire, si la population a faim et que nous ne connaissons ni circulation financière ni croissance économique, nous ne survivrons pas. »
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Les États-Unis annoncent de nouvelles sanctions contre l’Iran et mettent la pression sur la Chine
L’administration Trump a averti les pays qui commerçaient avec Téhéran qu’ils devaient rompre tous leurs liens sous peine de sanctions secondaires. La Chine qui se fournit en pétrole iranien a répondu qu’elle « défendrait ses droits et intérêts légitimes ».
8min
Publié le 26 août 2026
0:00/7:54

© Amirhosein Khorgooi/AP/SIPA
Le secrétaire états-unien au Trésor, Scott Bessent, aime filer la métaphore. En avertissant, le 24 août, les pays qu’ils devaient rompre leurs liens commerciaux avec l’Iran sous peine de sanctions secondaires, il a évoqué un « jour J économique » (en anglais, D-Day), qui sonne évidemment comme un rappel du débarquement en Normandie le 6 juin 1944.
Rien de moins. Une manière sans doute de masquer l’échec de la stratégie létale engagée par Donald Trump sur les conseils avisés de Benyamin Netanyahou. Le premier ministre israélien avait assuré la Maison-Blanche qu’en quelques coups de cuillère à pot, le régime iranien serait défait et tomberait comme un fruit mûr. Las, six mois après, le pouvoir iranien est touché mais loin d’être coulé.
Les objectifs des États-Unis et d’Israël ne sont pas atteints malgré des destructions considérables et des milliers de morts. Le protocole d’accord conclu entre Washington et Téhéran a certes permis l’arrêt des affrontements mais il laisse beaucoup de questions en suspens. Il devait permettre, au bout de soixante jours, de parvenir à un compromis sur le programme nucléaire iranien et les sanctions imposées à l’Iran. Nous n’y sommes pas. C’est d’autant plus dangereux que Trump, comme Netanyahou, n’a pas abdiqué sa volonté d’un changement de régime en Iran.
Une offensive économique après l’échec militaire
Échec donc de la force militaire et nouvelle tentative en déclenchant une guerre économique sans précédent. Un plan C, en quelque sorte. La seule différence réside dans cet oukase à l’ensemble des États. Alors que la guerre avec l’Iran approche de son sixième mois, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a averti que les États-Unis lançaient une « offensive économique » contre les réseaux financiers iraniens à travers le monde.
Il a toutefois refusé de préciser quels pays seraient visés ou quand ces sanctions entreraient en vigueur, ce qui semble montrer une certaine hésitation. C’est sans doute pour cela que le Trésor a annoncé de nouvelles sanctions visant 60 personnes, entités et navires, mais n’a inclus dans cette liste aucune des institutions financières de la Chine, pourtant seul pays à acheter du pétrole iranien.
« Pourquoi voudrais-je faire exploser le système financier mondial ? Nous estimons qu’il est important de remettre les choses à plat et d’accorder une période de mise en conformité, mais les intéressés doivent savoir que les choses iront très vite et que nous sommes sérieux », s’est défendu Scott Bessent. Les États-Unis cherchent également à élargir le champ des activités commerciales susceptibles de faire l’objet de sanctions secondaires dans cinq secteurs de l’économie iranienne : les actifs numériques, l’or, la technologie, l’aviation et le transport maritime.
Ils ont rétabli le blocage des navires et des ports iraniens le 13 juillet pour tenter de couper les ventes de pétrole, ce qui a étranglé les exportations iraniennes. Les grands raffineurs publics chinois ne s’approvisionnent plus sur le marché iranien depuis 2019, date à laquelle les États-Unis ont rétabli les sanctions contre Téhéran.
Des raffineurs indépendants chinois se chargent d’acheter le brut iranien depuis longtemps étiqueté comme étant malaisien, voire indonésien. Les règlements s’effectuent en monnaie chinoise et non pas en dollars, ce qui effraie les États-Unis et rend plus difficiles des mesures coercitives. Ces importations chinoises se sont élevées à 1,24 million et 1,58 million de barils par jour en janvier et février respectivement, selon les données de Kpler, une plateforme de données stratégiques pour le commerce physique mondial.
En Iran, la vie quotidienne est plus dure que jamais
Si les États-Unis ont intensifié leurs efforts pour restreindre les achats chinois d’or noir iranien, ils se sont jusqu’ici gardés de sanctionner les banques chinoises. Ce qui n’a pas empêché le secrétaire au Trésor de fanfaronner : « S’ils facilitent des transactions et participent à l’écosystème qui transforme le pétrole iranien en argent et en répression, ils seront visés. »
En réalité, alors qu’une rencontre est prévue fin septembre à Washington entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, de nouvelles sanctions contre des banques chinoises pourraient compromettre les perspectives de prolongation de l’accord conclu en novembre dernier, lequel visait à maintenir les flux de terres rares chinoises et à plafonner les droits de douane américains.
Si des doutes existaient quant à l’attitude chinoise, Pékin les a vite dissipés, indiquant qu’il « défendrait ses droits et intérêts légitimes ». Pour éviter tout incident diplomatique, la presse chinoise s’est chargée d’une réponse plus directement politique. « Si le reste du monde est forcé d’exécuter les ordres des États-Unis, le commerce international cesse d’être du commerce pour devenir une mondialisation sous autorisation, où Washington décide qui peut commercer avec qui », a fustigé le China Daily.
La nouvelle offensive des États-Unis n’a pas vraiment pris de court l’Iran. Le ministre iranien de l’Économie, Ali Madanizadeh, a expliqué : « Nous sommes pleinement préparés aux sanctions américaines », ajoutant que, face à une « attaque terroriste économique », le pays dispose de ses propres outils.
« Nous savons comment jouer le jeu. Notre défense n’est plus aussi défensive ; les ennemis devraient attendre une attaque. » Il s’est voulu confiant en remarquant que ni la Chine ni la Russie n’ont « accepté » les mesures américaines, prédisant que d’autres pays y résisteraient. En tout cas, du côté de l’Union européenne, c’est le silence.
Au-delà des rodomontades, la situation économique rapportée à la vie quotidienne des Iraniens est dramatique, comme l’a implicitement reconnu le gouverneur de la banque centrale d’Iran, Abdolnaser Hemmati, dans une rare interview télévisée. Celle-ci visait vraisemblablement à rassurer ses concitoyens.
Les approvisionnements en biens essentiels et en médicaments seront maintenus, a-t-il affirmé. Il a également fait savoir que le gouvernement prévoyait d’augmenter la valeur des subventions alimentaires électroniques d’environ 22-23 %, en particulier pour les groupes à faible revenu. Des propos qui n’ont pas masqué les inquiétudes des responsables iraniens.
Le président du Parlement et principal négociateur, Mohammad Ghalibaf, n’y est pas allé par quatre chemins devant un parterre de businessmen irakiens rencontrés à Bagdad quelques jours avant les annonces américaines. « Quelle que soit l’ampleur de notre puissance militaire, si la population a faim et que nous ne connaissons ni circulation financière ni croissance économique, nous ne survivrons pas. »
Pour Téhéran, le chemin pourrait s’avérer plus escarpé que la guerre létale. Le gouverneur de la banque centrale a évoqué les Brics avec un optimisme de façade, estimant que des accords avec l’Inde et d’autres membres du groupe pourraient progressivement aider l’Iran à réduire sa dépendance envers les devises étrangères. Mais les pressions états-uniennes risquent de peser.
D’autant qu’on ne peut que s’étonner de la référence à New Delhi. Le premier ministre indien, Narendra Modi, et Benyamin Netanyahou ont conclu un pacte stratégique et ont redit, au début du mois d’août, leur volonté de « renforcer davantage la coopération bilatérale dans divers secteurs, au bénéfice mutuel des deux pays ».
Il reste que le détroit d’Ormuz – par où transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et une part majeure du gaz naturel liquéfié en provenance des pays du Golfe – s’est installé au cœur des préoccupations géo-économiques de la région et plus largement du monde entier. De nombreux projets existent et sont même à l’étude, tous visant à se passer de ce détroit pour l’exportation des hydrocarbures du Moyen-Orient.
Il n’en demeure pas moins que, pour de nombreuses années encore, le détroit d’Ormuz reste une carte maîtresse avec laquelle joue l’Iran pour se protéger de nouvelles attaques et maintenir la pression sur les États-Unis. Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a certifié que le blocus naval pourrait durer indéfiniment.
Mais une telle mesure risquerait de maintenir les prix du pétrole à un niveau élevé, suscitant le mécontentement des électeurs américains à l’approche des élections législatives de novembre. Pour Téhéran, le passage vers l’avenir est encore plus étroit que le détroit d’Ormuz.
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