« Les fumées nous tuent à petit feu » : pour les pompiers, le danger ne s’éteint pas avec les flammes (H.fr-24/07/26)

Les pompiers éteignent les derniers foyers d’incendie au Domaine la Marseillaise à Ponteves, dans le Var, France, le 23 juillet 2026. © Thibaut Durand / ABACAPRESS.COM.

Alors que le réchauffement climatique aggrave la fréquence et l’intensité des feux de forêt, les pompiers sont les premières victimes de leurs effets à long terme, révèle une note de l’Anses parue mardi. Mais les conséquences d’une exposition prolongée et répétée restent insuffisamment documentées.

Par Audrey BONN

Un métier à hauts risques. En Gironde, dans le Var ou en Haute-Corse, les pompiers sont les premiers à faire face aux feux, qui ont déjà ravagé un record de 50 000 hectares sur le territoire. Mardi, Anthony Berthome et Wilfried Schmitter ont tous deux été victimes de l’incendie qu’ils combattaient à Mérignac. Mais pour les professionnels du feu, le danger ne s’éteint pas avec les flammes. Ils sont aussi les premières victimes de leurs effets à long terme, révèle une note de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) parue mardi.

Les risques pour la santé croissent avec la fréquence des feux

Si les décès directement liés aux feux sont heureusement rares, l’exposition prolongée et répétée à la fumée peut également s’avérer fatale en favorisant des troubles respiratoires, comme les œdèmes pulmonaires. Autres dangers sur le terrain, les « brûlures, traumatismes, piégeages par les feux, accidents routiers, fatigue, stress thermique, déshydratation, stress psychique et intoxication liée aux fumées », détaille Matteo Redaelli, coordinateur de l’expertise au sein de l’unité d’évaluation des risques liés à l’air au sein de l’Anses. Pour lui, « il est incontestable que ces risques sont amenés à se multiplier avec l’augmentation attendue de la fréquence des feux et des surfaces brûlées ».

« La plupart des personnes ne sont exposées à la fumée que temporairement, le temps d’être évacuées et mises à l’abri. Les pompiers, mais aussi les agents et les gendarmes mobilisés, y font face tous les jours », souligne Laurent Guilloteau, secrétaire général de la CGT du Sdis 13. « L’avis de l’Anses résume ce que nous disons depuis plusieurs années : les fumées nous tuent à petit feu », alerte-t-il, pointant le manque d’études menées sur ce sujet.

Avec la multiplication des incendies, ajoute le syndicaliste, « les collègues partent à la retraite de plus en plus tard, avec un temps de travail allongé ». La CGT a établi un « répertoire des morts », mais peine à prouver le lien entre pathologies sur le long terme et exposition aux fumées : « Il n’existe pas de données officielles pour évaluer l’exposition de chaque agent, et beaucoup quittent leurs fonctions sans passer par la visite médicale de sortie. »

Un manque de connaissance sur les conséquences à long terme

Pourtant, les conséquences d’années d’exposition aux feux peuvent se faire sentir longtemps après la fin d’une carrière. « Les preuves sont bien établies pour les effets à court terme, irritatifs, respiratoires, ORL, oculaires et cutanés. L’exposition aux fumées peut rendre plus vulnérable aux risques cardiovasculaires aigus, favorisés pour les pompiers par l’effort physique intense et le stress thermique », détaille Matteo Redaelli, « mais les risques spécifiquement liés à des expositions aux fumées des incendies de végétation sur le long terme restent méconnus ».

En général, note le scientifique, « on sait que l’exposition chronique à la pollution atmosphérique peut fragiliser l’état de santé cardiovasculaire. Concernant l’exposition, plus intermittente mais aussi plus intense, à celle produite par des incendies, il serait nécessaire de disposer d’études sur le sujet ».

Au-delà des risques physiologiques, l’exposition aux incendies et sa répétition peuvent aussi avoir des conséquences importantes sur la santé mentale, causant « anxiété, troubles du sommeil, symptômes de stress post-traumatique ou dépression ». Ces problématiques n’ont « pas fait l’objet de beaucoup de publications académiques, mais sont bien connues dans les casernes », note le scientifique de l’Anses alors que sur le long terme, elles peuvent « parfois conduire à une augmentation de la consommation d’alcool ou de tabac ».

Les masques FFP3, aussi efficaces que des mouchoirs

« Nous n’avons pas de bulle de décompression », témoigne Laurent Guilloteau : « Aujourd’hui, les pompiers mènent deux fois plus d’interventions qu’il y a 5 ans. En ce moment, les collègues mobilisés qui rentrent à la caserne n’ont parfois que le temps de prendre une douche avant de repartir. »

Face à ces conditions de travail, appelées à devenir de plus en plus extrêmes dans les prochaines années, « on constate des adaptations, mais pas assez » regrette le syndicaliste, qui compare les masques FFP3 des pompiers aux « mouchoirs qu’utilisaient nos ancêtres contre les feux ». « Cette année, on nous a dit qu’on était prêts, ce n’était manifestement pas le cas. Il nous faudrait des masques ventilés, des tenues adaptées », détaille-t-il. Et, face à l’urgence, des décisions adaptées à la réalité du terrain : « La forêt repoussera, mais les victimes ne reviendront pas ».

Source: https://www.humanite.fr/societe/feux-de-foret/les-fumees-nous-tuent-a-petit-feu-pour-les-pompiers-le-danger-ne-seteint-pas-avec-les-flammes

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