
Thomas Roux est délégué régional de l’ADESM, « une association nationale qui regroupe tous les hôpitaux publics qui exercent une activité de psychiatrie ». (Photo EPSM du Morbihan)
À Quimper, les salariés de l’hôpital psychiatrique veulent sauver leur direction propre. Cette gouvernance est-elle si cruciale ? Le point de vue de Thomas Roux, délégué régional de l’Association des établissements du service public de santé mentale.
Quel est le rôle du directeur d’un établissement de santé mentale ?
Les missions fondamentales des directeurs d’hôpitaux généraux et hôpitaux psychiatriques sont les mêmes : garantir le bon fonctionnement de l’établissement, gérer les ressources humaines et financières, veiller à la qualité des soins et porter un projet stratégique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’y a pas de formation spécifique. Mais leur exercice en psychiatrie présente des particularités fortes, liées à l’organisation territoriale des soins, aux partenariats nécessaires et à la place centrale des prises en charge ambulatoires.
Pourquoi l’autonomie et l’indépendance de l’établissement public de santé mentale du Finistère sud sont-elles défendues si fortement en ce moment ?
La psychiatrie n’est pas une spécialité hospitalière comme les autres. Elle repose sur une organisation territoriale très particulière (…). La très grande partie de l’activité se déroule en dehors des murs de l’hôpital. La gouvernance doit être pensée à partir des parcours de vie et de soins des patients (…). Une direction propre garantit aussi que la santé mentale, dont les besoins sont considérables, reste une priorité stratégique identifiable (en matière de prévention, de soins ambulatoires, de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, de prévention du suicide, de lutte contre la stigmatisation)…
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On doit gérer des situations difficiles, avec, aussi des tensions sur les ressources humaines, des besoins de continuité des soins… Et je vous avoue que le fait d’avoir une direction de proximité, accessible aux équipes médicales, soignantes, administratives, c’est important. On comprend mieux la réalité de terrain, on arbitre plus rapidement, on maintient aussi un dialogue un peu plus étroit avec les professionnels…
Vous n’êtes cependant pas intrinsèquement opposé aux directions communes ?
Sur le fond, il ne faut pas se tromper de débat. L’idée n’est pas de dire non aux directions communes. Elles ont du sens quand elles répondent à un projet médical cohérent, à des besoins identifiés et à une complémentarité réelle entre établissements. C’est la même chose pour les mutualisations quand elles permettent de gagner en compétences, en efficacité, en qualité, sans trop s’éloigner de la décision et des besoins du territoire.
Mais si la gouvernance propre à la psychiatrie est diluée dans une organisation commune, on craint que ses priorités deviennent moins visibles et ses capacités d’arbitrage moins directes. À terme, cela pourrait affecter les conditions dans lesquelles nous organisons les soins.
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La circulaire ministérielle du 29 juillet 2026 autorise ces directions communes. Le cas de Quimper est-il isolé ?
C’est le premier en Bretagne. Mais au niveau national, d’autres choix ont été faits. Récemment, un poste de directeur a par exemple été publié pour le centre de santé mentale d’Angers, alors qu’il est dans la même configuration que Quimper. Il s’agit d’un établissement psychiatrique au sein d’un groupement hospitalier de territoire dont l’établissement support est un hôpital général. Ça nourrit notre incompréhension.
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