
Contrariant les sondages, le président Lula a remporté le 25 octobre la présidentielle au Brésil, face au candidat d’extrême droite Flávio Bolsonaro. Un « immense soulagement » pour les défenseurs de l’environnement.
Par Aglaé WATRIN
Brasilia (Brésil), correspondance
Le président sortant de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, a une nouvelle fois gagné l’élection présidentielle brésilienne. Le cacique du Parti des travailleurs (PT), qui fêtera ses 81 ans le 27 octobre, s’est imposé avec 51,79 % des voix contre 48,21 % pour le fils de l’ex-président Jair Bolsonaro, condamné pour tentative de coup d’État. Il inaugurera son quatrième mandat en janvier 2027, après avoir gouverné entre 2003 et 2011 et depuis 2023.
Sa victoire a contrarié les sondages, qui le plaçaient derrière son adversaire, et vient mettre un coup d’arrêt à la vague d’extrême droite qui a déferlé sur le continent latino-américain, faisant récemment basculer la Colombie et le Chili. Flávio Bolsonaro n’a toutefois pas reconnu le résultat, contestant une prolongation de deux heures du vote décidée par la justice, et a annoncé qu’il allait demander son annulation.
Continuer vers « l’objectif zéro déforestation »
Atterrés par une campagne qui a totalement ignoré la question environnementale et la menace du programme destructeur du candidat d’extrême droite, les défenseurs de l’environnement au Brésil ont repris des couleurs après l’annonce de la victoire de Lula.
« C’est un immense soulagement pour nous tous qui luttons au Brésil contre la crise climatique et la disparition de l’Amazonie, a réagi auprès de Reporterre le climatologue brésilien Carlos Nobre, spécialiste de la forêt amazonienne. Nous allons pouvoir continuer de travailler avec le président Lula pour atteindre l’objectif zéro déforestation. »
Le premier objectif de l’agenda environnemental du président réélu reste la « déforestation zéro » d’ici 2030. Lula, qui avait tenu à organiser l’an dernier la COP30 à Belém, au cœur de l’Amazonie, pour sensibiliser sur l’importance de la forêt tropicale, a enregistré de très bons résultats sur ce front avec une baisse cumulée du taux de déforestation de 71,2 % ces quatre dernières années, après le bilan catastrophique de son prédécesseur, Jair Bolsonaro.
Le danger persistant des bolsonaristes
« Flávio est un climatosceptique assumé […], comme son père. La politique environnementale aurait été affaiblie, voire détruite » s’il avait gagné, assure Suely Araujo, coordinatrice des politiques publiques de l’Observatoire du climat, qui n’en oublie pas les nombreux défis que Lula devra relever, et notamment « composer avec des parlementaires au profil résolument anti-environnemental ».
Car si Flávio Bolsonaro a été défait dans les urnes, le Parti libéral (PL) de la famille Bolsonaro et ses alliés ont réalisé une percée aux élections générales du 4 octobre, s’assurant la majorité au Congrès, et ne devraient pas abandonner le programme du candidat qui prévoyait de « libérer le pays » des « entraves environnementales ».
Si le sentiment de soulagement prédomine chez les militants écologistes, certains projets de Lula suscitent toujours de vives inquiétudes. « La victoire de Lula ne garantit pas, à elle seule, le changement de cap qu’exige l’urgence climatique », estime Nicole Figueiredo, directrice de l’ONG environnementale Institut Arayara.
Lula et ses contradictions
Elle pointe du doigt « une contradiction fondamentale » du gouvernement Lula, qui « présente le Brésil comme un leader en matière de lutte contre le changement climatique », mais défend des projets d’exploitation pétrolière à l’embouchure de l’Amazone, ou encore l’exploitation des terres rares du pays, qui abrite les deuxièmes plus grandes réserves au monde.
« Moins de dépendance aux énergies fossiles, c’est cette transformation que nous exigerons dès le premier jour de ce nouveau mandat », assure Nicole Figueiredo.
Du côté de Lula, la ligne semble inchangée sur ces sujets : « Nous voulons que ce pays cesse d’être un pays en voie de développement pour devenir un pays développé », a-t-il réaffirmé après l’annonce des résultats, appelant à investir autant dans l’économie verte et les énergies renouvelables que dans la construction de centres de données.
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