
Reykjavik va-t-elle rouvrir les négociations avec Bruxelles ? L’île avait retiré sa candidature à l’Union européenne en 2015, après de vifs débats qui avaient buté sur la question des quotas de pêche.
Par Lina SANKARI
L’Europe ne se contente pas de regarder vers l’Est. Sa boulimie d’expansion se déploie vers d’autres horizons. En atteste son intérêt renouvelé pour la région arctique. Ce samedi 29 août, les Islandais devront répondre par référendum à la question : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? »
S’il n’est pas encore question d’adhésion, les visées prédatrices de Donald Trump sur le Groenland ont donné une nouvelle saveur à un débat entamé en 2009, après l’effondrement du système bancaire islandais et la révolution dite des casseroles qui avait mené à la démission du gouvernement et à la nationalisation des trois principaux établissements financiers du pays. Reykjavikavait alors officiellement demandé à rejoindre l’Union européenne (UE).
Les négociations avaient achoppé sur la question de la pêche en 2013 avant que l’exécutif ne retire sa candidature deux ans plus tard. Une autre forme de coopération existe déjà : l’Islande faisant partie de l’Espace économique européen et de l’espace Schengen.
Une anomalie, pour la première ministre Kristrun Frostadottir (social-démocrate) qui regrette que cette semi-intégration ne permette pas à l’Islande de peser dans les débats européens. « Je ne suis moi-même pas prête à rejoindre l’Union européenne à n’importe quelles conditions. (…) Si nous nous engageons dans cette voie, nous devons obtenir un bon accord », insiste-t-elle.
Parmi les arguments des opposants, ceux qui, des syndicats au patronat, craignent que la pêche soit réglementée par la Politique commune de la pêche (PCP) de Bruxelles plutôt qu’en toute souveraineté. Le sujet n’est pas anodin alors que le secteur pèse pour 8 % du PIB national. Or, la petite taille de l’île limiterait son influence politique avec seulement six sièges au Parlement.
« Rien sans nous sur nous »
Cette idée d’un transfert de compétence est hautement sensible du fait de l’histoire très forte de défense des Islandais sur leurs eaux. Les « guerres de la morue » avec le Royaume-Uni (1958-1976) portaient déjà sur le droit de ses habitants à contrôler leurs zones de pêche.
La question est particulièrement sensible pour les stocks migrateurs qui traversent plusieurs zones de pêche, comme le maquereau, et pour lesquels l’Islande négocie déjà de manière bilatérale avec la Norvège ou le Royaume-Uni. Si elle intégrait l’UE, elle devrait se plier à la position commune.
Les pêcheurs craignent en outre que leurs entreprises se fassent dévorer par les investisseurs étrangers. Selon une étude menée par l’université de Reykjavik, l’adhésion ne noierait pas la souveraineté islandaise sur ses ressources halieutiques car, dans le cadre de la PCP, les quotas sont pour une part attribués en fonction des antécédents de pêche.
Les règles de non-concurrence et de non-discrimination ne manqueraient toutefois pas de s’appliquer, y compris sur les questions de propriété des bateaux et des entreprises de transformation. C’est également l’avis de la dirigeante Inga Saeland du Parti du Peuple, membre de la coalition gouvernementale qui, à travers sa formule « Rien sans nous sur nous », défend l’idée que le peuple doit avoir le dernier mot. Selon les derniers sondages, le « oui » l’emporterait à 51,3 % contre 48,7 % pour le « non ».
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