
Ce samedi 11 juillet une cérémonie doit avoir lieu pour commémorer la mort de 100 000 civils polonais durant la Seconde Guerre mondiale. Les tensions mémorielles compliquent le soutien des Polonais à leurs voisins ukrainiens envahis par la Russie.
Par Fabien CAZENAVE
Le dialogue entre Kiev et Varsovie est bloqué face au mur de la mémoire. Samedi 11 juillet, ont lieu les commémorations du massacre de Volhynie, un traumatisme pour la Pologne issu de la Seconde Guerre mondiale. Après l’invasion de l’Union soviétique par l’Allemagne en 1941, les nationalistes ukrainiens, qui aspiraient à la création d’un État ukrainien indépendant de la Russie soviétique, ont mené un nettoyage ethnique contre la population polonaise de la région de Volhynie, dans le nord-ouest de l’Ukraine contemporaine.
100 000 civils polonais ont été tués entre 1943 et 1945, entraînant la mort de 15 000 à 20 000 Ukrainiens lors de représailles. Un massacre qui hante encore la Pologne. Or, une unité militaire ukrainienne s’est vue autoriser en 2026 par le président Volodymyr Zelensky à reprendre le nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). La même qui avait perpétré cette tuerie. Vu d’Ukraine, ces soldats nationalistes ont été avant tout des résistants aux Russes.
De quoi relancer les tensions mémorielles et aboutir à une crise politique. Le président polonais Karol Nawrocki, historien de formation très proche du parti d’opposition PiS (extrême droite), a décidé en juin de retirer à Volodymyr Zelensky la plus haute distinction polonaise. Le président ukrainien a montré sa mauvaise humeur en ne se rendant pas à un sommet de soutien à Kiev qui se déroulait en Pologne dans la foulée.
Côté polonais, l’opinion publique se montre de plus en plus hostile vis-à-vis de l’Ukraine, sous l’effet notamment de la lassitude dans l’accueil des centaines de milliers de réfugiés ukrainiens et des différends sur les importations de céréales, même si la Pologne reste le premier soutien de l’Ukraine face à la Russie.
Ce sujet mémoriel touche aussi la politique nationale. Le gouvernement de Donald Tusk (droite) ne peut se permettre de laisser ce terrain à l’opposition à un an des élections législatives. L’exécutif polonais a ainsi suspendu la livraison d’avions de chasse MiG-29 d’origine soviétique, que les pilotes de l’armée ukrainienne peuvent utiliser sans formation dédiée.
En attendant, la Russie se frotte les mains. Grâce à ses usines à trolls sur les réseaux sociaux en Pologne, elle attise les tensions à ce sujet.
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