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Le mégafeu de Saumos, qui s’est déclenché mercredi 22 juillet et qui a ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde, est enfin fixé, ont annoncé les autorités, samedi. Mais combien de maisons détruites, combien de pompiers blessés, combien de traumatismes… Retour en images sur la catastrophe.
Par Antoine PORTOLES
Gironde, envoyé spécial.
« Fixé ». Ce mot, prononcé samedi 1er août par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, et la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, est synonyme de soulagement pour les quelque 2 700 sapeurs-pompiers mobilisés d’arrache-pied contre le mégafeu de Saumos. Après dix jours de lutte acharnée contre ce que les scientifiques nomment déjà « l’incendie du siècle », cette catastrophe qui a ravagé plus de 42 000 hectares à l’ouest de Bordeaux, les soldats du feu entrevoient peut-être enfin le bout du tunnel. Le feu ne progresse plus, même s’il n’est pas encore éteint, ont précisé les autorités.
Dans le jargon des pompiers, un feu fixé signifie que les flammes ne sont pas totalement interrompues mais que l’incendie ne s’étend plus. Le risque de propagation hors du périmètre devient minime, mais il reste de nombreux points chauds, des souches calcinées ou des racines qui couvent sous terre.
Du fait du sol tourbeux présent dans cette région, on ne peut cependant totalement exclure que le feu puisse en revanche reprendre – comme cela fut le cas en 2022, à Landiras – dans les jours ou les semaines à venir. Maisons détruites, évacuations par dizaines de milliers, entreprises à l’arrêt… En attendant que la phase d’extinction soit atteinte, les dégâts s’annoncent déjà considérables. Retour en images sur cet incendie hors-norme.

Un important feu de forêt se déclenche mercredi 22 juillet aux abords de la commune de Saumos, en Gironde. Très vite, les flammes grignotent des centaines d’hectares de pins maritimes, galvanisées par une sécheresse persistante et plusieurs vagues de canicule dans la région. Elles se propagent dans les communes voisines du Porge, de Sainte-Hélène et, au sud, de Lège-Cap-Ferret, porte d’entrée vers la presqu’île du bassin d’Arcachon. Le cauchemar commence.
Au Porge, l’atmosphère est apocalyptique. Le phénomène est si puissant qu’il génère un pyrocumulonimbus, masse nuageuse sous forme d’orage de feu qui engendre des éclairs et de nouveaux foyers d’incendie en projetant au loin des braises au sol. Au total, plus de 180 maisons vont finir éventrées.

En l’espace de quelques jours, le feu se transforme en un mégafeu. L’incendie, entré dans une tout autre dimension, dévore la forêt landaise, poussant sa fumée toxique jusque dans le sud de la France. La métropole bordelaise, située à une trentaine de kilomètres de Saumos, suffoque.
Très vite, les communes du pourtour du bassin sont évacuées sur ordre de la préfecture de Gironde. Au Porge, certains habitants bravent les consignes dans l’espoir de retrouver leur maison intacte. Bruno Tauby n’a malheureusement pas eu cette chance. « On l’avait fait construire il y a plus de vingt ans. Tout est perdu, se désole-t-il. On dépense des milliards d’euros pour les guerres et le pays est mis à culer. Ce qu’il se passe est politique, affirme le réfugié climatique. Nous sommes sacrifiés. »
Alors que la France retient son souffle en voyant les images de désolation, des sapeurs-pompiers venus de tout le pays affluent en Gironde pour prêter main-forte à leurs collègues. Ils sont épaulés par de nombreux agriculteurs, sylviculteurs et gardes forestiers du coin. Une guerre d’usure s’installe dans la forêt.

Les ordres d’évacuation se multiplient au fur et à mesure que le mégafeu avance, jusqu’à certaines communes de l’ouest de Bordeaux, comme Mérignac ou Eysines. Au plus fort de la catastrophe, on dénombrait ainsi plus de 220 000 sinistrés. Est créé en urgence au parc des expositions de Bordeaux le plus grand centre d’accueil de la région.
« Nous avons acheminé des packs d’eau, des vivres et des produits d’hygiène. Et de nouveaux dons vont affluer dans les prochains jours », se réjouit Vincent Bordas, directeur de la fédération girondine du Secours populaire. D’aucuns arrivent avec un simple sac à dos. D’autres en portant une cage à chat. Des familles entières se retrouvent plongées dans la promiscuité, couplée à l’incertitude de retrouver leur maison.
L’immense élan de solidarité qui s’est formé dans le parc des expos de Bordeaux l’emporte sur la détresse. « Ici, on ne s’ennuie pas, tout le monde se mélange. Il est important qu’on reste ensemble », lâche Maria, évacuée d’Eysines par la police à 2 heures du matin. La Gironde fait corps.

Dans la nuit de dimanche à lundi, les températures en baisse et la pluie qui tombe en Gironde redonnent de l’espoir aux sapeurs-pompiers mobilisés : cette légère accalmie va permettre aux soldats du feu de contre-attaquer. Malgré l’épuisement, ils jettent toutes leurs forces dans la bataille en créant d’immenses pare-feu pour bloquer l’avancée des flammes. L’objectif est, dans un premier temps, de circonscrire l’incendie, à défaut de le maîtriser.
Sur le champ de bataille, le commandant et officier de communication du SDIS33, Matthieu Jomain, contemple avec soulagement les Dash et autres Canadairs déverser le produit retardant sur les pins pas encore touchés. « C’est le même principe que de la crème solaire sur le corps, précise-t-il. Le dépôt recouvre le végétal pour éviter qu’il brûle avec les flammes ou limiter l’impact des rayons de soleil, donc pour gagner du temps. ».
Alors que les fortes chaleurs s’apprêtent à faire leur grand retour, le sapeur-pompier reste prudent : ce mégafeu « sera en phase d’extinction totale d’ici plusieurs semaines, voire plusieurs mois ».

De l’autre côté du bassin d’Arcachon, c’est le grand soulagement : l’autre feu, qui s’était déclenché au même moment du côté de Biscarrosse, dans les Landes, est désormais maîtrisé, après avoir parcouru plus de 3 600 hectares. Pour les habitants évacués quelques jours plus tôt, l’heure est venue de constater les dégâts.
Chez Elsa, seul le trampoline a fondu comme neige au soleil. Sa maison est restée intacte. Mais, en face de chez elle, les habitations sont parties en fumée. Dans un quartier tout proche, Sandy est arrimée au volant de sa voiture. Elle est paralysée, scotchée par la bâtisse éventrée de toutes parts qui lui fait face. Cette maison, « c’est celle de mes parents, ils l’ont fait construire en 1988, confie-t-elle, sidérée. Mon père, décédé au début des années 2000, était pompier. Les photos qu’on a de lui ont toutes disparu dans le feu. »
Comme la maison de cette Biscarrossaise, plus 110 logements ou édifices commerciaux ont été réduits en cendres. « La planète nous fait la guerre », tranche Sandy. Son logement épargné à quelques mètres de là, Christine pense déjà à demain : « Comment peut-on envisager l’avenir ici, quand on voit ça ? »
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