Mobilisation lycéenne, prix du carburant… Ce qu’il faut retenir de la prise de parole de Sébastien Lecornu (H.fr-7/10/26)

Le premier ministre s’exprime sur la situation dans les lycées, le prix des carburants, la crise agricole et la situation financière de la France à l’Hôtel de Matignon, à Paris, le 7 octobre 2026. © Dimitar DILKOFF / POOL / AFP

Consultations pour les lycéens, intervention sur le prix du gazole et appel au « patriotisme » pour les parlementaires : ce mercredi 7 octobre, le premier ministre a tenté de contenir la contestation, tout en maintenant son cap d’austérité.

Par Lisa GUILLEMIN

Écouter les colères, sans desserrer l’étau budgétaire. Depuis Matignon, ce mercredi 7 octobre, Sébastien Lecornu a tenté de répondre à la contestation sociale, à dix jours des appels à manifester contre la vie chère. Pour les lycéens, il faudra attendre fin octobre et les conclusions d’une consultation et même novembre et l’examen du budget.

Pour les automobilistes, le gouvernement promet une baisse du gazole en puisant dans les réserves stratégiques. Mais le premier ministre refuse de nouvelles dépenses générales et maintient les 54 milliards d’euros de « redressement » prévus dans son budget.

« Des lycéens manifestent, c’est leur droit, y compris pour contester le gouvernement. Nous avons le devoir de les écouter », a-t-il déclaré. Avant de s’attarder sur les violences, les établissements dégradés, les policiers et gendarmes blessés, puis d’accuser les « responsables politiques qui utilisent cette colère pour mener leurs batailles électorales ». Sans nommer cette fois les insoumis, directement attaqués la veille à l’Assemblée.

Alors que des lycéens ont perdu un œil ou une main et que les violences policières sont au cœur de la contestation, Sébastien Lecornu en a édulcoré la gravité, évoquant seulement les cas où « un jeune est gravement blessé ». Le premier ministre s’en remet aux enquêtes, sans remettre en cause le maintien de l’ordre, et renouvelle son soutien aux forces de police, qui « n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens », a-t-il martelé.

Des consultations, mais pas de moyens supplémentaires annoncés

« La colère des jeunes ne vient pas de nulle part », a néanmoins reconnu le premier ministre, évoquant le Covid, les guerres, le climat et les difficultés de leurs proches. Les pénuries d’enseignants et la dégradation des bâtiments apparaissent, elles, parmi les cinq chantiers gouvernementaux.

Il s’agit d’assurer les cours en cas d’absence d’un professeur, d’améliorer les bâtiments, de revoir les temps scolaires, de rendre Parcoursup plus transparent et de renouveler les cadres d’expression des lycéens.

Ce dernier point serait « peut-être d’ailleurs la principale revendication », selon Lecornu. Aucune remise en cause de la sélection dans l’accès à l’enseignement supérieur n’est en revanche annoncée. Les consultations dans les lycées se poursuivront jusqu’à la semaine prochaine. La plateforme gouvernementale a recueilli, selon lui, plus de 40 000 contributions. Les premières décisions seront présentées fin octobre, avant l’examen du budget de l’Éducation nationale à l’Assemblée, le 12 novembre.

Lecornu a mis en avant les 64 milliards d’euros prévus pour ce ministère en 2027, en hausse de 1,2 milliard. Cette augmentation figurait toutefois déjà dans le projet de budget. Les demandes issues de la mobilisation devront trouver leur financement dans cette enveloppe, par des amendements. Aucun recrutement ni financement supplémentaire n’ont été annoncés.

Une baisse du gazole attendue, des taxes maintenues

Le gouvernement mettra à disposition des fournisseurs de carburant, 10 millions de barils de gazole issus des stocks stratégiques, sur trois mois. Acheté avant la flambée des cours, ce carburant sera cédé au prix de revient, pour une baisse attendue de 12 à 18 centimes par litre à la pompe. Les modalités seront discutées avec les distributeurs dans les prochains jours.

Le chèque énergie sera versé dès janvier, plutôt qu’au printemps, sans revalorisation annoncée. Pour l’électricité, Lecornu promet que les prix n’augmenteront pas cet hiver, mais renvoie à plus tard les décisions nécessaires. Les agriculteurs devront attendre jeudi pour connaître les nouvelles mesures du plan d’urgence.

Le premier ministre a écarté une aide générale ou une baisse massive des taxes sur les carburants, invoquant le coût de la précédente crise énergétique. « Nous ne pouvons pas rouvrir les mêmes dépenses à chaque crise », a-t-il affirmé.

Le Parlement appelé au « patriotisme »

Cette préoccupation budgétaire a occupé toute la fin de son intervention. Lecornu a défendu un effort de 54 milliards d’euros, tout en revendiquant la « stabilité fiscale ». L’État devra s’imposer « l’objectif le plus strict et le plus exigeant depuis de nombreuses années ».

Le budget pourra être amendé, mais le déficit devra être limité à 5 % du PIB en 2027. La cible initiale de 4,8 % a été relevée pour financer les besoins de la défense nationale.

« J’en appelle donc au patriotisme de chacun », a lancé le premier ministre aux parlementaires. Après avoir promis d’écouter les demandes sociales, il a tenu à rassurer « celles et ceux qui nous prêtent sur les marchés » : l’engagement de réduction du déficit sera tenu.

Source: https://www.humanite.fr/politique/budget/mobilisation-lyceenne-prix-du-carburant-ce-quil-faut-retenir-de-la-prise-de-parole-de-sebastien-lecornu

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