
© Ahmad Gharabli/AFP
L’universitaire et député de la gauche israélienne revient sur les enjeux des législatives qui se tiennent, ce 27 octobre, en Israël et décideront de l’avenir du pays. Fortement mis sous pression durant la campagne, les partis arabes et de gauche n’attendent pas une révolution idéologique mais espèrent pouvoir peser sur le débat et forcer le futur gouvernement à lutter contre les discriminations et l’impunité des colons religieux.
Entretien réalisé par Sylvain MERCADIER
Qu’attendez-vous des urnes mardi soir ?
Ofer Cassif, député communiste israélien
Je ne vous cache pas que nous sommes inquiets pour l’avenir de ce pays. Benyamin Netanyahou et son gang sont tellement aux abois qu’ils feraient tout pour fausser les élections. Notre formation, la Liste unifiée, a protesté auprès de la commission électorale lorsque nous avons appris que l’extrême droite au pouvoir voulait déployer plus de 2 000 « observateurs » armés issu du mouvement sioniste religieux.
Tout cela parce qu’ils anticipent une défaite. C’est ni plus ni moins qu’une opération visant à terroriser les électeurs arabes. Le gouvernement a aussi tenté de provoquer une nouvelle guerre en envoyant des avions militaires aux frontières de l’Iran. Même si les dirigeants actuels sont défaits, je ne suis pas sûr qu’ils quitteront leurs postes de leur plein gré.
Notre principal objectif est de stopper les actions criminelles du gouvernement. Si nous parvenons à obtenir une dizaine de sièges, nous serons en mesure de proposer une alliance à Gadi Eisenkot pour former une majorité. Nous ne le ferons que s’il s’engage à démanteler les implantations de colons extrémistes et à combattre le crime organisé qui frappe en particulier la communauté arabe. Nous ne nous faisons pas beaucoup d’illusions. Eisenkot et ses alliés ont annoncé qu’ils ne collaboreraient pas avec nous.
Concernant la création d’un État palestinien, il n’y a pas d’illusions à se faire non plus. L’opposition menée par Gadi Eisenkot est très à droite. S’il s’engage dans un processus de création d’un État palestinien, il perdra le soutien de sa majorité. Dans tous les cas, la Liste unifiée soutient la solution à deux États. Nous voulons également des mesures fermes contre les nids de terroristes colons qui pullulent dans les territoires occupés. Il faut mettre fin aux exactions contre les populations arabes en Palestine.
Votre Liste unifiée fait-elle toujours l’objet de pressions et de menaces ?
Oui, bien entendu. L’autre opposition n’a d’autre ambition que de remplacer Netanyahou. C’est pourquoi elle est tout aussi terrifiée par notre projet politique. Je rappelle qu’Eisenkot et son camp se sont eux aussi mobilisés pour tenter de faire disqualifier notre liste aux élections. Le harcèlement juridique de nos rivaux est pesant. Il a fait renoncer Sami Abou Shehadeh de se présenter même s’il n’a pas permis d’éliminer toute notre liste.
Le bloc du changement veut nous disqualifier tout autant que le camp de Netanyahou. C’est particulièrement vrai d’Avigdor Lieberman, qui s’est mobilisé avec force pour m’expulser de la Knesset en 2024 parce que j’avais soutenu l’action intentée par l’Afrique du Sud contre Israël pour génocide auprès de la Cour internationale de justice.
La violence de la police envers nos soutiens est régulière. La police et les milices fascistes ont même agi contre les familles d’otages qui ont protesté contre la politique de Netanyahou. C’est une stratégie fasciste, pas seulement une tactique. Mais nous ne nous laissons pas intimider.
Le premier ministre sortant est cerné de toutes parts par les affaires. Est-ce selon vous la raison de la fuite en avant constante d’Israël dans des guerres interminables ?
Netanyahou est un opportuniste doublé d’un psychopathe. Il ne s’intéresse pas au bien-être des Israéliens, sans parler des Palestiniens. Pour se maintenir, il s’est allié à des messianiques bigots. Il a transformé le Likoud en un repère de fanatiques messianiques et de nationalistes fondamentalistes. Son unique objectif est de rester au pouvoir pour éviter la prison.
Les messianiques ont aussi beaucoup de responsabilités dans la situation actuelle. Après les attaques du 7-Octobre, la société israélienne est passée par un processus de fascisation. Et comme beaucoup d’Israéliens sont adeptes du Kahanisme, ils veulent que le génocide continue et s’exporte en Cisjordanie et même contre les Palestiniens en Israël et les gauchistes. La société est très polarisée.
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