
Ils font des cheks, discutent politique et se transforment en médiateurs si besoin : jamais loin des lycéens, la « task force » de la France insoumise a su, à Brest, investir sans heurts le terrain de la colère.
Par Sophie PREVOST
Cité scolaire La Pérouse-Kerichen, 8 h du matin, à Brest, mardi 6 octobre 2026 : les lycéens font leur tour de chauffe, avec slogans et pancartes, avant le rassemblement du centre-ville. Des profs et des parents discutent avec les jeunes. Entre la sono et la brigade de tranquillité urbaine, d’autres adultes, brassards blancs en bandoulière, se sont regroupés, un peu à l’écart. Un chèche autour du cou et des autocollants estampillés LFI rappellent leur appartenance à La France Insoumise.
Ils n’ont pas quarante ans de moyenne d’âge, plutôt solos ou célibataires, et parmi eux, quelques profs. Comme Julie Le Goïc, qui enseigne en lycée professionnel à Vauban, juste en face. La conseillère municipale passe plutôt bien, notamment auprès de ses anciens élèves. « Les murs qui s’effritent, les salles fermées, je connais. Ces jeunes ont toutes les raisons d’être en colère et de se sentir abandonnés », résume-t-elle poliment, entre deux échanges.
Jeudi dernier, on était venus pour soutenir le mouvement mais au vu de l’agressivité policière, on a changé de doctrine. Il a fallu protéger et sécuriser
Tous le reconnaissent
Café, conseils et sérum physiologique, au cas où : la dizaine d’élus et de militants LFI (dont les deux autres conseillers Cécile Beaudouin et Christophe Osswald) se posent aujourd’hui en médiateurs. Dans la droite ligne des consignes nationales de Jean-Luc Mélenchon et comme l’a tenté, à Rennes, la députée Marie Mesmeur, sur un blocage plus musclé. L’heure n’est pas à l’agitation. « Jeudi dernier, on était venus pour soutenir le mouvement mais au vu de l’agressivité policière, on a changé de doctrine. Il a fallu protéger et sécuriser ». La vidéo du conseiller municipal d’opposition brestois Malick Tenda, nez à nez avec un policier devant la même cité scolaire, a été largement diffusée sur les réseaux des Insoumis.
De quoi faire grimper la popularité de l’élu métisse de 34 ans auprès des jeunes et même de leurs parents qui, tous le reconnaissent. L’ancien gamin du quartier de Keredern, devenu « développeur de routes aériennes » et toujours tiré à quatre épingles, donne des checks et a le tutoiement facile. Une remarque sur le pain au chocolat, « un peu trop cher », à proximité, et il se lance dans une analyse politique sur le coût de la vie. Une maman inquiète qui lui évoque les violences sexuelles dénoncées par des élèves de Fénelon en blocus, mercredi dernier, et il s’emporte contre « le gros boulot à faire autour des VSS et le fléau du masculinisme ».
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Une présence « pas gratuite »
En trois jours dans la rue, l’équipe Brest Insoumise a écouté, consigné et probablement engrangé des voix pour les futures Présidentielles. Devant le lycée ou à l’avant du cortège en centre-ville, le député insoumis Pierre-Yves Cadalen a récolté plusieurs holas de la jeunesse. « Je ne suis pas sympathisante LFI et leur présence n’est sans doute pas gratuite, concède Sabine Cumba, prof de gestion. Mais je trouve qu’ils font très bien leur job d’élu. Ils ne restent pas dans leur tour d’ivoire et n’ont pas peur de discuter. C’est précieux ».
Les copines Maya, Rose, Rosalie, Marie et Kaïna, en 1re et Tale, trouvent « ça nul de parler de récup’politique ». « Les autres partis n’avaient qu’à être là, eux aussi, pour nous soutenir. Nous, on ne votera pas encore en mars 2027, terminent-elles. Mais nos parents, aujourd’hui, ils aiment les Insoumis ».
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