
Le mouvement lycéen prend de l’ampleur, dans l’Ouest, et les revendications portées sont nombreuses, parfois surprenantes. Certains messages reviennent souvent, sur les pancartes, d’une manif à l’autre. Nous avons tenté de mieux comprendre ce que les jeunes mettent derrière les slogans.
Par Yann LAUNAY
Au premier rang des revendications, les lycéens citent rapidement l’annulation des suppressions de postes d’enseignants, et des recrutements supplémentaires pour faire baisser le nombre d’élèves par classe. Les manifestants demandent aussi des moyens pour rénover et climatiser les établissements. Mais d’autres revendications reviennent aussi très souvent sur les pancartes et dans la bouche des lycéens, notamment la suppression de Parcoursup.
La suppression de Parcoursup
Qu’est-ce qui coince, précisément, avec la plateforme d’accès aux études supérieures ? Yann Launay a rencontré des lycéens mobilisés devant le lycée Benjamin Franklin, à Auray (56) : « On a la pression, à partir de la 1ère, tout ce que l’on va faire sera enregistré pour Parcoursup, dès que l’on a une note elle va compter pour notre avenir, si on a une absence, les bulletins, les appréciations… tout va compter. »
« Il y en a qui vont faire des phobies scolaires, une dépression scolaire. Parcoursup, c’est beaucoup de sélection. Si tu n’as pas un beau profil, tu n’es pas sélectionné...On a vu des cas où des personnes ont mis une recette de cuisine sur Parcoursup et c’est passé : on ne peut pas faire confiance à Parcoursup… Il y en a plein qui n’ont pas accès à ce qu’ils souhaiteraient alors qu’ils le méritent. Il y a des bugs, certains ont de très bons dossiers et ne sont pas acceptés où ils souhaiteraient aller, et d’autres dont les dossier sont moins bons peuvent y aller. »
Très vite, les lycéens citent aussi les emplois du temps surchargés : « Je me lève à 6h tous les matins, et je vais au lycée toute la journée. Je reviens chez moi à 18h15, après il faut que je fasse tous mes devoirs, que je mange, que je me douche, et il faut que je me couche tôt pour me relever à 6h le lendemain. Sachant qu’il y a toute la pression de la journée, je suis épuisée. »
La fatigue et la pression scolaire
« Sauf que c’est important qu’on fasse des choses à côté aussi pour sortir de cette pression scolaire. Moi je rendre à 19h chez moi, j’habite super loin. Je fais du sport en dehors du lycée, certains soirs je dois rentrer à 21h – 21h30, et je n’ai pas de temps pour faire mes devoirs… On a beaucoup trop de cours. Il y a des pays, l’Allemagne par exemple, où ils finissent à 15h, et leur niveau scolaire est très élevé. Alors que nous, on rentre le soir, on n’a pas le temps de faire d’autres activités, et après on se plaint qu’on ne fait rien, qu’on est sur nos téléphones. »
Précisons tout de même que dans la dernière étude PISA, l’Allemagne est devant la France, mais d’assez peu, et le niveau scolaire est en nette baisse, en Allemagne comme dans de nombreux pays du monde.

Les lycéens demandent plus d’équité, entre élèves et entre établissements. Ils sont nombreux à évoquer la quasi disparition des sorties scolaires, disparition qui n’a rien d’anecdotique, pour ces lycéennes d’Auray : « Il n’y a pas de projets – on ne va jamais faire de sorties culturelles, qui pourraient nous motiver et nous stimuler, pour notre avenir. C’est les cours, les cours, les cours, et les profs en ont marre, et nous aussi. »
Trop de sélections et pas assez de sorties
« On avait un voyage en Italie de prévu. Déjà on est sélectionné en fonction de notre niveau et après tout le monde ne peut pas partir, il n’y a pas assez d’argent. Au final, c’est encore une sélection entre les gens qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas, parce qu’on doit payer 400 euros !
Ils décident de donner plus d’argent dans les armées plutôt que dans la santé et l’éducation, alors que les jeunes, c’est l’avenir, et la santé c’est l’avenir aussi. »

Une plateforme de concertation
Devant ces nombreuses revendications, le gouvernement veut ouvrir une « plateforme de concertation » sur internet, pour que les jeunes puissent exprimer leurs attentes, générales comme locales. Cette plateforme devrait ouvrir lundi (5 octobre) ou mardi. Ensuite un événement de « restitution nationale » sera organisé.
Le ministre de l’Education nationale a promis de la transparence sur les demandes comme sur les réponses. Edouard Geffray reçoit les organisations syndicales représentatives des personnels, les associations de parents d’élèves, les associations lycéennes et les élus du Conseil national de la vie lycéenne ce vendredi 2 octobre.
Tous les préfets ont pris jeudi soir des arrêtés d’interdiction de manifester vendredi aux abords des lycées fermés ce jour-là, en réponse à un mouvement de blocage des établissements émaillé de violences.
Source: https://hitwest.ouest-france.fr/mouvement-lyceen-des-revendications-multiples
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