
Entre thermomètre à 36 °C au sixième étage, système D et suppressions de lits estivales, la CGT dénonce une gestion « à l’arrache » au centre hospitalier de Quimper Concarneau. La direction concède des tensions mais temporise.
Par Johanne BOUCHET
« On est monté jusqu’à 36 °C jeudi matin dans les chambres de chirurgie. » Le constat de la CGT du Chic (Centre hospitalier intercommunal Cornouaille) est cash ce lundi 29 juin. Construit en 1981, le bâtiment principal de Quimper est une passoire thermique inversée. La structure en béton emmagasine la chaleur tout au long de la journée et la restitue la nuit, rendant les conditions de travail et d’accueil compliquées pour les patients comme pour les équipes.
Ça rappelle la crise du covid, quand on devait s’habiller avec des sacs plastiques en guise de blouses.
Des couvertures de survie sur les fenêtres
Sécurité oblige, pour éviter tout risque de défenestration, les fenêtres ne s’entrouvrent que de 20 centimètres. Insuffisant pour créer le moindre courant d’air. Résultat : le personnel souffre. « Certains collègues ont fait des malaises, ont eu des nausées », alerte Loïc Le Houarner, secrétaire général du syndicat. Pour tenter de faire baisser la température, l’hôpital a basculé en mode système D. Des couvertures de survie réfléchissantes ont été fixées sur les vitres. Un spectacle qui laisse un goût amer aux équipes : « Ça rappelle la crise du covid, quand on devait s’habiller avec des sacs plastiques en guise de blouses », ironise Kevin Nabat, membre du bureau syndical.
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Des ventilateurs en rupture de stock
Face à la canicule, la direction affirme avoir anticipé en réceptionnant 200 ventilateurs supplémentaires le 19 juin dernier. « Le compte n’y est pas, il n’y en a pas un par chambre, loin de là », rétorquent les représentants du personnel. Une seconde commande de 300 appareils est toujours en attente de livraison, bloquée par des fournisseurs en rupture de stock face à la demande régionale. Pour soulager les agents, la CGT avance des propositions concrètes : équiper l’ensemble des services de serviettes rafraîchissantes, un dispositif déjà validé par les agents de la blanchisserie interhospitalière, ou encore poser temporairement des barreaux aux fenêtres des salles de pause réservées au personnel pour pouvoir enfin les ouvrir en grand.
Côté planning, si la direction assure que les horaires sont aménagés « lorsque cela est possible », elle admet que la forte charge de soins a rendu l’exercice presque impossible dans la plupart des services. Plus grave, les syndicats s’inquiètent d’une « accélération des fins de vie » chez les patients à cause de l’inconfort thermique. Une affirmation démentie par la direction, qui indique « qu’aucun chiffre ne permet d’identifier une surmortalité ».
Fermetures de lits : la crainte d’un effet domino
À cette surchauffe climatique s’ajoute une surchauffe sociale. Le Chic s’apprête à geler 22 lits durant les mois de juillet et août : 18 lits en médecine générale à Concarneau et 4 autres lits en gériatrie sur le site de Quimper. La direction justifie cette mesure par un « absentéisme médical » imprévu, notamment lié à trois congés maternité non remplacés parmi les praticiens. Si l’administration tente de rassurer en rappelant que ce gel ne représente que 2 % des 1 064 lits que compte le centre hospitalier, la CGT, elle, redoute l’effet domino. En période estivale, la Cornouaille voit sa population grimper en flèche avec l’afflux touristique, pesant traditionnellement sur le service des urgences. Pour le syndicat, le signal d’alarme est tiré. Le mot d’ordre de Kevin Nabat sonne comme un avertissement aux usagers : « Il ne vaut mieux pas passer aux urgences cet été ».
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