« On est très inquiets » : dans le pays de Quimper, la sécheresse fait souffrir l’ensemble des éleveurs (LT.fr-18/07/26)

Didier Le Page est à la tête d’une exploitation, à Quimper, qui compte 250 bêtes. (Le Télégramme/Alexis Kopp)

Bêtes en souffrance, baisse de la production, hausse de la mortalité et des stocks de nourriture qui se vident plus rapidement que prévu : le manque de précipitations depuis un mois met en difficulté les éleveurs aux alentours de Quimper. Alors que la pluie ne devrait pas tomber massivement d’ici la fin du mois, l’inquiétude grandit.

« On va devoir faire la danse de la pluie peut-être, je ne sais pas », ironise Marie Baron, cogérante de la ferme La Lorette, à Plogonnec. Si les températures sont légèrement redescendues dans le Finistère, les précipitations se font toujours attendre dans le département, passé en alerte sécheresse renforcée ce vendredi 17 juillet. Les éleveurs comptent parmi les professionnels les plus touchés par les canicules à répétition et le manque d’eau.

Selon la chambre d’agriculture du Finistère, la production de lait a chuté de 10 % pendant la deuxième canicule. Didier Le Page, agriculteur à Quimper, estime même cette baisse à « 30-40 % » dans son exploitation. « En moyenne, on a perdu 8 kg de lait par vache », indique de son côté Marie Baron, dont le cheptel compte une centaine de vaches laitières, en souffrance quand le mercure tutoie les 40 °C. « Elles dépensent beaucoup d’énergie à réguler leur température corporelle et c’est autant d’énergie qu’elles ne peuvent pas utiliser pour produire du lait. »

Quand il fait chaud, les vaches de Didier Le Page s’abritent sous les arbres, qu’il a laissés en bordure des pâturages.
Quand il fait chaud, les vaches de Didier Le Page s’abritent sous les arbres, qu’il a laissés en bordure des pâturages. (Photo Le Télégramme/Alexis Kopp)

Cette baisse de production intervient alors que le cours des prix reste bas depuis le début de l’année. Les producteurs de poulets et de porcs ne sont pas épargnés, avec une mortalité plus élevée. Les avortements sont plus nombreux, la chaleur affaiblissant les animaux qui mettent bas. Une perte sèche pour l’éleveur, déjà affecté par la mort d’une de ses bêtes : en cas d’avortement, une vache ne produit plus de lait pendant un an et une truie donnera 15 cochons de moins sur une période de six mois.

Pâturages grillés et maïs en souffrance

Difficile de répondre aux besoins des bêtes, qui consomment davantage de nourriture et d’eau : entre 100 et 150 litres par vache quand la barre des 30 C° est franchie. Tous les éleveurs interrogés bénéficient de forages et de sources sur leur terrain. Si la plupart ont, pour l’instant, de quoi voir venir, Didier Le Page constate que plusieurs de ses abreuvoirs naturels « vont se tarir d’ici peu » si la pluie ne tombe pas. « Il faudra alors utiliser l’eau des forages ou l’eau du réseau public, avec des coûts supplémentaires. »

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Le constat est tout aussi alarmant pour la nourriture. Sécheresse et chaleur ont grillé les pâturages. « On doit acheter du fourrage supplémentaire : d’habitude, on commence à attaquer les stocks mi-août », note Michel Capitaine, producteur de lait à Quéménéven, contraint d’alterner entre rations de foin et d’herbes fraîches. « On navigue à vue, car il faut compter un mois et demi pour qu’une pâture reparte. »

À la ferme de La Lorette, 38 hectares de maïs sont cultivés. Une culture gourmande en eau. « On est très inquiets car le maïs est déjà en fleurs et s’il ne pleut pas, il n’y aura pas assez de grains pour nourrir les bêtes, indique Marie Baron. Si on est obligé d’en acheter, y en aura-t-il assez pour tout le monde ? Et les prix augmentent… »

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S’adapter dans l’urgence

La répétition des fortes chaleurs oblige les éleveurs à s’adapter dans l’urgence. Alors on ouvre en grand pour créer des courants d’air, on arrose les bêtes, on installe des ventilateurs et des brumisateurs. Encore des coups supplémentaires. Et un modèle à repenser. « Jusqu’à peu, on n’avait pas besoin d’irriguer nos cultures, donc la question va se poser, admet Marie Baron. Est-ce que l’élevage laitier peut encore fonctionner ? Beaucoup arrêtent. » « On est tellement blasé, souffle Didier Le Page, on va laisser la nature faire mais on sait que ça va être dur. »

Source: https://www.letelegramme.fr/finistere/quimper-29000/on-est-tres-inquiets-dans-le-pays-de-quimper-la-secheresse-fait-souffrir-lensemble-des-eleveurs-7085863.php

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