
Samedi 3 octobre, des milliers de manifestants sont attendus dans l’Eure, près d’une usine Syngenta. Une mobilisation pensée par et pour les victimes des pesticides, pour « faire entendre la voix de ceux que l’on étouffe ».
Par Lorène LAVOCAT
Ce devrait être une « mobilisation majeure de la rentrée », selon Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne. Samedi 3 octobre, son syndicat organise une grande manifestation dans l’Eure, aux côtés de trois autres organisations : Cancer Colère, Les Soulèvements de la Terre et le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO).
Objectif de la marche : « dénoncer les ravages de l’agrochimie » représentée par le n°1 mondial des ventes de pesticides, Syngenta, et son usine de Saint-Pierre-la-Garenne. Mais contrairement aux blocages organisés depuis un an dans des fabriques agrochimiques, l’événement du 3 octobre se veut sans intrusion ni « montée en confrontation avec les forces de l’ordre », insistent les organisateurs.
« Nous exigeons de pouvoir vivre dignement de notre métier sans en crever »
Le but est ailleurs : « La particularité de cette marche, c’est de réunir des paysans et des victimes des pesticides, souligne Thomas Gibert. On veut faire entendre la voix des premiers concernés. » Les organisateurs attendent ainsi des centaines de personnes atteintes de pathologies lourdes — cancers, Parkinson, troubles neurologiques.
« On veut une mobilisation PMR [pour personnes à mobilité réduite], accessible à toutes les personnes vulnérables », insiste Fleur Breteau, de Cancer Colère, pour qui la marche doit permettre de « se sentir ensemble, nombreuses et nombreux ».
Las, le préfet de l’Eure a posé ses conditions pour autoriser l’événement. Il a notamment rejeté tout parcours sur la route départementale, trop proche du site de Syngenta, pourtant le plus « adapté » pour les plus vulnérables selon les organisateurs. Des négociations étaient encore en cours au moment de boucler l’article.
« Brandir nos maladies et nos morts »
Face à ce coup de pression, les organisations tiennent à rappeler leur « détermination ». « On ne vient pas pour une balade de plaisance, remarque Thomas Gibert. Nous exigeons de pouvoir vivre dignement de notre métier sans en crever. » Environ 46 % des agriculteurs sont empoisonnés par des pesticides chaque année dans le monde. En France, 94 % des victimes de pesticides sont issues du monde agricole, selon les chiffres du Fonds d’indemnisation dédié.
« Faire entendre la voix
de ceux que l’on étouffe »
« On n’a rien à perdre », enchérit Fleur Breteau. Pour la porte-parole de Cancer Colère, ce rassemblement est « une nécessité » : « Tous les recours démocratiques ont été utilisés, observe-t-elle, citant la pétition (bafouée) contre la loi Duplomb, qui facilite notamment l’utilisation de pesticides dangereux. Nous ne sommes plus protégés par le gouvernement. »
Même son de cloche du côté du CSVPO : « On a beau essayé d’interpeler, on n’est pas entendus, car seuls, on ne peut rien faire, estime Monique Savatier. On veut faire entendre la voix de ceux que l’on étouffe. »
Pour « sortir du silence », les manifestants comptent sur les tracteurs de la Confédération paysanne, les pancartes étendards « pour brandir nos maladies et nos morts » et sur le nombre. « L’idée, c’est de créer du rapport de force politique, explique Thomas Gibert. On entre dans la campagne présidentielle, c’est le moment pour mettre le sujet des pesticides à l’agenda ! »
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