Paris 2024 : « Nous irons jusqu’à la grève au Village olympique, s’il le faut », prévient Amar Lagha de la CGT (H.fr-16/04/24)

Le 15 avril 2024, sur la place de l’Opéra, à Paris, une marche aux flambeaux pour dénoncer les conditions de travail des employés pendant les Jeux olympiques de Paris 2024. © STEPHANIE LECOCQ / REUTERS

Agents de sécurité, salariés de la restauration, de l’hôtellerie ou de la grande distribution… Ils seront au cœur du chaudron olympique, mais n’ont aucune visibilité sur leurs conditions de travail pendant cette période, où ils seront corvéables à merci. À l’appel de la CGT, une manifestation a réuni à Paris, le 15 avril, quelque 1 500 personnes, dont Sophie Binet, venues dénoncer les atteintes au droit du travail dans ces secteurs. Entretien avec Amar Lagha, secrétaire général de la Fédération CGT Commerce et Services.

Entretien réalisé par Hayet KECHIT

Dans son laïus sur BFM consacré aux jeux Olympiques, le 15 avril, Emmanuel Macron n’a pas eu un mot sur leur sort. Les travailleurs de la restauration, du commerce et des services, échaudés par ce mépris de l’exécutif, malgré leurs interpellations récurrentes au gouvernement et au patronat sur leurs conditions de travail durant cet événement, où certains d’entre eux seront contraints de renoncer à leurs congés et au repos dominical, ont manifesté au cœur de Paris, le jour même.

Amar Lagha explique les ressorts de cette colère et annonce la volonté du syndicat de mener le bras de fer jusqu’au bout pour obtenir des réponses.

Vous dénoncez des atteintes au droit du travail pendant les JO dans le commerce et les services. Comment se traduisent ces atteintes ? Quels salariés seront concernés ?

Amar Lagha,Secrétaire général  Fédération CGT Commerce et Services

Les JO, ce sera « du sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre » pour les travailleurs du commerce, de la restauration, et les agents de sécurité. On n’est pas sur un 35 heures traditionnel. L’exécutif l’a formalisé il y a quelques mois, à travers une dérogation sur le repos hebdomadaire que nous dénonçons : les salariés seront pendant cette période à la disposition de l’employeur pendant au moins quinze jours, sans contrepartie.

Quand on réclame des compensations, le gouvernement et le patronat nous répondent : « Circulez, il n’y a rien à voir. » Ceux qui travaillent dans la restauration collective, au sein de Sodexo —, qui a remporté le marché des JO —, mais aussi les caissières de supermarchés, les agents de sécurité…, tous seront en première ligne pendant cet événement, contraints pour certains de laisser leurs enfants à la maison le dimanche, de renoncer pour d’autres à leurs congés estivaux, programmés parfois depuis plus d’un an.

« Les salariés refusent que les droits des travailleurs soient remis en cause pendant ces JO. »Amar Lagha

Aujourd’hui, on ne sait, par exemple, toujours pas si les heures supplémentaires seront majorées. Or, sur ces questions, nous n’avons aucun interlocuteur. Le flou le plus total règne. Emmanuel Macron a reconnu hier (dans son entretien à BFM, N.D.L.R.) qu’il fallait des compensations pour les policiers qui bénéficieront d’une contrepartie de 2 000 euros. Il n’a pas dit un mot pour celles et ceux qui seront au cœur du réacteur.

Concernant les agents de sécurité, face au manque d’effectifs, le gouvernement a par ailleurs décidé de ratisser large en proposant des postes sans formation suffisante. En quelques heures, on peut désormais devenir agent de sécurité. Il balaie ainsi tous les combats menés par les syndicats pour faire reconnaître ce métier, ses qualifications, ses diplômes.

La mobilisation d’hier, inédite dans un secteur dont le salariat est très complexe et éclaté, a mobilisé plus de 1 500 personnes. Elle est à la hauteur de la colère. Les travailleurs refusent que tous leurs droits soient remis en cause pendant ces JO.

Quelles sont vos revendications ?

Le chef de l’État appelle à la responsabilité des syndicats, et nous, nous appelons à la responsabilité du gouvernement, celle d’imposer au patronat de ne pas s’enrichir sur notre dos.

Nous demandons d’ouvrir en urgence des négociations salariales dans ces secteurs pour celles et ceux qui vont être mobilisés, afin qu’ils obtiennent des compensations à la hauteur des contraintes imposées. Dans cette affaire, seul le patronat est content, on lui offre des lois qui lui permettent de s’enrichir sur le dos des travailleurs. Sodexo pourra se gaver sur son chiffre d’affaires et les dividendes seront versés aux actionnaires, pas aux travailleurs.

Nourrir les athlètes, Préparer les repas, les livrer… Toutes ces missions seront endossées par des milliers de travailleurs. Nous avons interpellé officiellement le groupe Sodexo, nous exigeons qu’il y ait une négociation dans l’entreprise.

Quelles suites comptez-vous donner à cette mobilisation ?

Le message lancé hier lors de la manifestation à l’hôtel de ville de Paris a été très clair : il y aura des suites. Nous allons réunir en ce sens notre commission exécutive le 17 avril pour décider de la forme qu’elles prendront. Nous avons d’emblée acté le principe que si le gouvernement et le patronat refusent d’ouvrir les négociations, nous mènerons des actions qui pourront avoir lieu pendant la période même des JO.

Nous n’excluons pas une grève des salariés du village olympique. Quoi qu’il arrive, ce sont les travailleurs qui décideront. Si les travailleurs de Sodexo décident d’arrêter le travail au village olympique, on le fera. Si les salariés de l’aéroportuaire décident de se mettre en grève, on déposera un préavis dans les normes.

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Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/cgt/paris-2024-nous-irons-jusqua-la-greve-au-village-olympique-sil-le-faut-previent-amar-lagha-de-la-cgt

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