
C’est une première pour l’extrême droite : le RN et l’UDR ont obtenu un groupe au Sénat à l’issue des sénatoriales le 27 septembre. Si La France insoumise arrive également au Sénat, la droite conserve sa majorité.
Par Justine GUITTON-BOUSSION
L’extrême droite poursuit son avancée en France. Dimanche 27 septembre, la moitié des sièges du Sénat — plus précisément, 178 sur 348 — a été renouvelée, via le vote des « grands électeurs » (les parlementaires, les conseillers régionaux et départementaux, et les délégués des conseils municipaux).
Premier constat : la majorité sénatoriale restera largement à droite et au centre, comme c’est le cas depuis 2014. Mais les regards se sont surtout portés vers le Rassemblement national (RN) de Jordan Bardella et son allié de l’Union des droites pour la République (UDR), le parti d’Éric Ciotti.
Alors que le RN ne comptait, depuis 2023, que trois représentants au Sénat, dont le mandat n’était pas remis en jeu cette année — Aymeric Durox (Seine-et-Marne), Joshua Hochart (Nord) et Christopher Szczurek (Pas-de-Calais) —, les nouveaux élus sont désormais suffisamment nombreux pour former un groupe. Dix sièges sont nécessaires pour ce faire, or le RN, avec l’aide de l’UDR, en a obtenu quinze. Une première historique pour le parti.
« Nous sommes ravis et extrêmement enthousiastes de ces résultats qui marquent une étape supplémentaire dans l’enracinement du Rassemblement national dans notre pays », a réagi Jordan Bardella. Et d’ajouter, se voulant devin : « C’est aussi évidemment une étape supplémentaire dans ce qui est une période de campagne électorale pour l’élection présidentielle et l’élection de Marine Le Pen dans quelques mois. »
Encore plus de poids pour attaquer les normes environnementales
Ces résultats ne sont pas une énorme surprise, même si la portée symbolique de la constitution d’un groupe d’extrême droite dans la chambre haute du Parlement est importante. Le Rassemblement national avait des chances d’obtenir de nouveaux sièges au Sénat, au vu de sa progression lors des élections municipales de mars (plus de 70 maires et plus de 3 000 conseillers municipaux ont été élus).
« Quand on élit un maire, on élit également ensuite un sénateur indirectement », rappelait en novembre 2025 l’eurodéputé RN Julien Sanchez, directeur de campagne pour les élections municipales. De fait, les maires et les délégués des conseils municipaux constituent la majorité du corps électoral pour les sénatoriales. C’est d’ailleurs pour cette raison que, comme l’a rapporté Reporterre, le Rassemblement national a lancé une opération de séduction de maires élus « sans étiquette » au mois de mars, pour les inciter à finalement rallier le RN, quitte à trahir a posteriori certains de leurs électeurs.
Maintenant que le parti va posséder un groupe, il aura encore plus de poids pour attaquer les normes environnementales (en plus de porter un projet xénophobe), ce qu’il faisait déjà depuis son entrée au palais du Luxembourg, en votant de concert avec des élus de droite : loi Duplomb pour développer les mégabassines et les élevages intensifs, propositions de loi pour réduire les énergies renouvelables, pour amoindrir l’objectif de zéro artificialisation nette…
Avec un groupe, le Rassemblement national bénéficiera notamment d’un temps de parole plus important ; ses élus auront le droit de mettre en place des commissions d’enquête ; et ils pourront prétendre à des sièges, voire à des postes de vice-présidents, au sein des commissions permanentes chargées d’examiner les textes législatifs.
Une droite stable, du mouvement à gauche
D’après les premiers résultats (les chiffres définitifs seront publiés le 28 septembre, une fois ceux des départements ultramarins comptabilisés), la mainmise de la droite et de ses alliés centristes sur la chambre haute du Parlement n’est pas remise en cause — même si la dizaine de sièges concédée par Les Républicains (LR) à l’extrême droite révèle un affaiblissement du parti à l’échelle locale comme nationale.
Reste que le Sénat continuera d’être dominé par des conservateurs et risquera de poursuivre ses offensives anti-écologie, que Reporterre a compilées et racontées dans cet article, en amont du scrutin. Quelques exemples de sénateurs réélus : Daniel Gremillet (Vosges, LR), qui avait concocté une proposition de loi pour relancer le nucléaire en France et réduire par conséquent les énergies renouvelables ; Sylviane Noël (Haute-Savoie, LR) qui avait été rapporteuse d’un texte législatif visant à assouplir les interdictions de location des passoires thermiques ; ou encore Philippe Folliot (Tarn, Alliance centriste), qui avait déposé une proposition de loi pour relancer l’A69, alors que le projet venait d’être stoppé par la justice. Le candidat à la présidentielle Bruno Retailleau, sénateur sortant de Vendée (LR), est également réélu.
La gauche et les écologistes restent donc minoritaires au Sénat. Les premiers résultats ne permettent pas encore de savoir si le Parti socialiste parvient à garder son rang de deuxième force politique de la chambre haute, ou s’il est dépassé par le groupe Union centriste, émanation du parti Union des démocrates et indépendants (UDI). De leur côté, Les Écologistes réussissent a priori à conserver un groupe, mais perdent plusieurs sièges, notamment à cause de leurs mauvais résultats aux élections municipales, avec la perte des villes de Bordeaux et Strasbourg.
La France insoumise arrive aussi au Sénat
Autre bouleversement au sein de l’hémicycle : La France insoumise (LFI) débarque au Sénat, avec l’élection de Gabriel Amard, dans le Rhône. Il devra désormais choisir quel groupe parlementaire il souhaite rejoindre, ou s’il souhaite être non-inscrit. Il ne sera cependant peut-être pas le bienvenu partout : « Si des élus disent leur appartenance à La France insoumise, très clairement, ils n’ont pas [leur] place au groupe écologiste », a déclaré le sénateur écologiste de Paris, Yannick Jadot, au micro de Public Sénat.
La question de l’union de la gauche a, encore et toujours, été un sujet : sur le réseau social X, une passe d’armes a éclaté entre des élus LFI et écologistes, chacun rejetant sur l’autre la responsabilité de la perte d’un siège de sénateur des Français de l’étranger. « Le refus des écologistes d’une liste commune EELV/LFI fait donc perdre un siège à la gauche au détriment de la droite », a accusé Manuel Bompard, le coordinateur national de LFI. « Si notre proposition de liste périmètre NFP [une union de tous les partis de gauche] avait été acceptée par LFI, il y aurait une sénatrice insoumise élue ce soir », a répondu l’eurodéputé vert David Cormand. Sans aucun doute, ces élections sénatoriales ne sont qu’un avant-goût de la présidentielle de 2027.
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