
La présentation, jeudi 1er octobre, du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 a acté des mesures d’économies draconiennes reposant principalement, une nouvelle fois, sur les malades et les retraités.
Par Cécile ROUSSEAU
« Le déficit le plus insupportable de tous. » Jeudi 1er octobre, David Amiel, ministre du Budget, et ses homologues du gouvernement, n’ont pas lésiné sur les arguments pour justifier leur thérapie de choc censée redresser les comptes de la Sécurité sociale en 2027.
D’ici l’année prochaine, le gouvernement n’envisage ni plus ni moins que de pulvériser près de la moitié de son déficit, le faisant passer de 21,8 milliards en 2026 à 12,7 milliards d’euros en 2027. « En 2019, nous étions à l’équilibre. Le Covid est passé par là et, depuis, on a un mal de chien à y revenir. Ça ne va pas ce truc-là ! », lance le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou.
Ce projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027 s’annonce d’une austérité inégalée : la revalorisation globale de l’Objectif national des dépenses de l’Assurance-maladie (Ondam), censée traduire la courbe ascendante des frais en santé, est famélique à seulement + 2 %, quand la Fédération hospitalière de France (FHF) demandait, elle, un minimum de + 3,9 %.
En comparaison, la hausse de l’enveloppe avait été de + 3,1 % en 2026 et déjà jugée très insuffisante. Si le gouvernement met en avant le rebond de + 3 % sur l’Ondam spécifique aux établissements de santé, il s’agit pourtant d’une sous-évaluation complète des besoins des hôpitaux, dont les récentes canicules ont encore montré l’état de faiblesse.
Qu’importe si le mal-être au travail
De fait, ce serrage de vis massif, à hauteur de 5 milliards d’euros sur les dépenses de santé, va encore une fois peser en majorité sur les usagers. Outre des économies sur le volume et le prix des médicaments, les patients en arrêt maladie sont à nouveau dans le collimateur.
Depuis 2025, le gouvernement s’est lancé dans un matraquage tous azimuts « pour sanctionner les comportements abusifs » afin de freiner la progression des indemnités journalières (IJ) en hausse de plus de 7 milliards d’euros depuis dix ans : l’abaissement du plafond d’indemnisation des arrêts de travail pour maladie à 1,4 fois le Smic, leur prescription strictement encadrée en téléconsultation tout comme la limitation à un mois lors de la prescription du premier arrêt et à deux mois pour une prolongation.
Qu’importe si le mal-être au travail, notamment les troubles anxieux, explose et que les pathologies chroniques sont en progression, patronat et syndicats seront prochainement conviés à une négociation sociale pour déterminer comment tailler un milliard d’euros supplémentaire sur ces arrêts. Toujours dans une optique de remise en activité des malades, sur lesquels plane le soupçon de se complaire dans leur situation, des mesures seront également prises pour « prévenir la désinsertion professionnelle ».
Dans son élan, le gouvernement envisage aussi d’élargir à 100 % l’imposition des IJ perçues à la suite d’un accident du travail ou une maladie professionnelle (contre 50 % aujourd’hui). Quant au plafond des revenus pris en compte dans le calcul des indemnités journalières d’accident du travail et maladie professionnelle, il sera désormais réduit à 1,8 fois le Smic, contribuant à plomber un peu plus les revenus des assurés déjà en difficulté.
Les retraités vont payer le plus lourd tribut
Si la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, s’est félicitée du déploiement des maisons France Santé et a annoncé une nouvelle taxation des produits sucrés et ultratransformés, elle a aussi rappelé que 1,5 milliard d’euros d’économies avait déjà été décidé dès cet été sur les comptes de la Sécu. « Notre modèle social nous protège, nous devons protéger notre modèle social », a-t-elle déclaré en pilote automatique.
Autre cible de ce PLFSS : les complémentaires santé dont la taxation se poursuit. Elles devront s’acquitter d’une contribution exceptionnelle de plus d’un milliard d’euros comme en 2026, sans compter les transferts de charge de la Sécu vers les mutuelles à venir, notamment pour les frais dentaires.
Déjà prévenus par le ministre du Travail depuis un moment, les retraités, eux, vont payer le plus lourd tribut avec 5,5 milliards d’euros d’économies réalisées à leurs dépens. Au 1er janvier, seules les pensions inférieures ou égales à 85 % du Smic, soit 1 260 euros, seront revalorisées. Au-dessus de ce seuil, le Parlement pourra débattre des niveaux de retraites qui pourront bénéficier de hausses… À condition de respecter ce cadre budgétaire.
Deuxième coup de massue, le plafond de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les aînés sera descendu : ils pourront déduire au maximum 3 000 euros de leurs revenus. Des annonces impopulaires d’autant plus risquées pour un gouvernement sans majorité parlementaire pour adopter ce texte.
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