Pourquoi le secrétaire général de l’ONU appelle à une refonte des casques bleus (H.fr-23/09/26)

« Depuis près de dix ans, je vois ce que les casques bleus peuvent accomplir lorsque le Conseil de sécurité fait bloc derrière eux – et ce qu’ils endurent lorsqu’il est divisé », a déclaré le secrétaire général de l’ONU avant son départ, le 22 septembre dernier devant l’Assemblée à New York. © Bianca Otero/IMAGO / ZUMA Press Wire

Le secrétaire général des Nations unies sortant, António Guterres, suggère une refonte des missions des casques bleus liée à la fois à l’évolution des conflits, à la raréfaction des accords de paix et à la diminution des dotations des grandes puissances.

Par Lina SANKARI

À quoi servent encore les opérations de maintien de la paix de l’ONU, lorsque certains membres permanents du Conseil de sécurité s’acharnent eux-mêmes à les torpiller ? Sur le point de conclure son mandat, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, avait déjà mis la question sur la table, le 18 septembre, à quelques jours de l’ouverture de l’Assemblée générale qui doit y consacrer une partie de ses travaux.

« On ne maintient pas une paix qui n’existe pas », a-t-il lancé aux puissances rassemblées à partir du 22 septembre. Avant d’ajouter : « Depuis près de dix ans, je vois ce que les casques bleus peuvent accomplir lorsque le Conseil de sécurité fait bloc derrière eux – et ce qu’ils endurent lorsqu’il est divisé. » Le secrétaire général défend ainsi une refonte des missions de l’ONU adaptée à la nouvelle ère d’affrontements géopolitiques.

Au moins 65 conflits impliquant au moins un État sévissent actuellement sur le globe, un record depuis 1945. Avec 29 foyers, l’Afrique reste le continent le plus touché. Et au moins la moitié des guerres internes embrassent une dimension internationale.

« Nous ne manquons pas d’outils. Ce qui nous manque, trop souvent, c’est la marge de manœuvre politique pour nous en servir », insiste António Guterres, constatant que l’absence d’accords de paix obère la capacité à déployer des casques bleus pour garantir la pacification.

Des accords de paix de plus en plus rares

Lorsqu’ils sont présents sur le terrain, ils sont en réalité désarmés pour contenir une guerre persistante ou ils sont directement ciblés, comme c’est le cas de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) qui patrouille le long de la frontière avec Israël. Sa mission, censée s’achever fin décembre, subit des assauts répétés – majoritairement de l’armée israélienne afin de sanctuariser une zone tampon – et, pour l’heure, on ne sait encore qui décidera de la création d’une nouvelle force, de l’autorité sous laquelle elle serait placée et de la définition de son mandat et de ses prérogatives.

La guerre a par ailleurs changé de nature sous l’effet des nouvelles technologies et notamment des drones ou des systèmes d’armes autonomes qui engagent des cibles sans intervention humaine directe, y compris les casques bleus. Selon António Guterres, les opérations de maintien de la paix ne devraient ainsi être déployées que lorsqu’« un cessez-le-feu solide », est déjà acté, les soldats onusiens ne pouvant se substituer à une solution politique.

Or, la diplomatie perd du terrain et les négociations sont torpillées de l’extérieur. Les accords de paix sont « de plus en plus rares, plus difficiles à obtenir et plus fragiles », reconnaît António Guterres. En juin, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, écarté de l’accord sur l’Iran, avait tout fait pour faire capoter une solution qui n’était pas la sienne.

Selon António Guterres, chaque mission de l’ONU devrait ainsi pouvoir disposer non seulement d’une vision à long terme, de possibilités de reconfiguration en fonction des évolutions du terrain, mais aussi d’une stratégie de sortie lorsque les circonstances rendent impossible son maintien.

Une baisse de budget de 10 %

Ces préconisations n’arrivent pas à n’importe quel moment. Avec un budget de 5,1 milliards de dollars, en baisse de 10 % pour 2026-2027 par rapport à l’exercice précédent, l’assèchement des financements de l’ONU a contraint l’organisation à rappeler des dizaines de milliers d’effectifs militaires et civils depuis un an, réduisant d’autant les capacités d’intervention.

Actuellement, six grandes puissances assurent les deux tiers du budget (les États-Unis, la Chine, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France) et 13 autres pays fournissent les deux tiers des troupes.

Dans une étude à paraître intitulée « La paix externalisée : l’hypocrisie organisée du maintien de la paix de l’ONU, entre gestion par les ESSD (entreprises de services de sécurité et de défense) et substitution paramilitaire », la chercheuse Karine Le Marchand note : « Le recours croissant aux acteurs privés (…) n’est pas un choix managérial rationnel d’optimisation des coûts mais un mécanisme de survie par défaut imposé par l’asphyxie financière et la perte de légitimité des troupes étatiques traditionnelles. »

Pour pallier ces baisses de dotations, l’ONU envisage de déléguer une partie du travail à ses agences et organisations régionales, comme l’Union africaine. Cependant, conclut António Guterres, « aucun mandat, aucun budget, aucune technologie » ne saurait remplacer l’unité du Conseil de sécurité.

Source: https://www.humanite.fr/monde/antonio-guterres/pourquoi-le-secretaire-general-de-lonu-appelle-a-une-refonte-des-casques-bleus

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