
L’association Avenir Santé Environnement a manifesté le 19 septembre à La Rochelle contre les cancers pédiatriques, nombreux dans la région. Elle appelle à « une véritable transition agricole » avec la fin des pesticides de synthèse.
PAR Amélia BLANCHOT
La Rochelle (Charente-Maritime)
« Sept ans sans toi. » Les mots sont inscrits en noir sur une pancarte peinte en bleu ciel, à côté des photos de Pauline. Cette jeune fille est décédée en 2019, à l’âge de 15 ans. « Elle s’est battue vingt mois contre une leucémie », confie Nathalie Brion, sa mère.
Chaque année, cette femme porte avec émotion son écriteau d’hommage lors de l’Appel de La Rochelle, une manifestation organisée par Avenir Santé Environnement (ASE) pour « une véritable transition agricole » et une « sortie des pesticides de synthèse ». Samedi 19 septembre, ils étaient environ 500 à défiler dans les rues de la cité maritime.

« Cette association a été créée en 2018 suite à la maladie de Pauline. Nous, les parents, les citoyens, voulions savoir pourquoi tous ces enfants tombent malades », poursuit-elle. Une série alarmante de cancers pédiatriques a été constatée à Saint-Rogatien, commune de Nathalie Brion, en périphérie de La Rochelle.
Alerte sanitaire
Entre 2008 et 2018, six enfants et adolescents y ont été victimes d’un cancer. Ces données ont interpellé le CHU de Poitiers, qui a lancé une alerte sanitaire auprès de l’Agence régionale de santé. Depuis, l’ASE multiplie les actions pour connaître l’origine de ces maladies.

Saint-Rogatien et d’autres communes touchées aux alentours sont situées dansla plaine d’Aunis, dominée très largement par l’agriculture céréalière intensive. La zone collectionne les épisodes de pollutions. En 2021, un capteur de surveillance de l’air installé à Montroy a enregistré un taux record de prosulfocarbe — un herbicide.
En 2023, des captages d’eau potable ont été fermés à cause d’un fongicide. Pour autant, « le lien de causalité entre les cancers pédiatriques et les pesticides n’est pas prouvé scientifiquement, en tout cas pas sur notre territoire pour le moment », précise Franck Rinchet-Girollet, le porte-parole.
« On pense qu’il faut changer de modèle agricole et que l’État prenne ses responsabilités »
« Notre combat n’est pas d’être contre les agriculteurs. On est là pour dire que les produits utilisés en agriculture ne sont pas toujours anodins. On sait que les enfants sont imprégnés de pesticides, avec des molécules notamment cancérigènes et que l’effet cocktail n’est pas pris en compte. On pense donc qu’il faut changer de modèle agricole et que l’État prenne ses responsabilités », dit ce père d’un enfant atteint d’un cancer, aujourd’hui en rémission.
Il poursuit : « On a investigué là où il a été défaillant. Sans mobilisation citoyenne, on n’aurait rien obtenu. Il faut maintenir la pression. »

En février 2024, les bénévoles d’ASE ont financé l’étude « Nos enfants exposés aux toxiques » dans six communes de l’agglomération rochelaise. Les organismes de 72 enfants de 3 à 17 ans ont été analysés. Résultats : 14 molécules dans les urines et 45 dans les cheveux.
Lire aussi : Des pesticides cancérogènes retrouvés dans l’organisme d’enfants près de La Rochelle
La fille d’Emmanuelle Balliau, coprésidente d’ASE, faisait partie de la cohorte. « La pollution est partout. Est-ce qu’il y a encore des endroits préservés ici ? Je ne sais pas. On s’est posé la question de déménager. Ce n’est pas aux enfants de trinquer, il faut qu’on se batte ! » témoigne-t-elle.
En mars 2025, une étude réalisée par le Registre général des cancers de Poitou-Charentes à la demande de la Ligue contre le cancer Charente-Maritime confirme un excès de risque de cancers pédiatriques, notamment à Saint-Rogatien, avec 7 cancers observés contre 1,8 attendu.

« Face aux interrogations sanitaires exprimées dans la plaine d’Aunis », la préfecture de Charente-Maritime a fini par se saisir du sujet. En février, elle a lancé Exposcan (pour Expositions environnementales et spatialisation du surrrisque de cancers pédiatriques).
Campagnes de prélèvements, détermination d’une cartographie, restitution d’une thèse… Cette démarche « inédite » encadrée par des scientifiques et des praticiens doit répondre à une question centrale : « Existe-t-il des expositions environnementales spécifiques sur des zones présentant un regroupement atypique de cas de cancers pédiatriques ? »
« C’est une avancée, même si j’ai l’impression que le gouvernement ne fait rien… J’attends les résultats. En attendant, il faut continuer à se battre, dit Nathalie Brion. Pour ma fille c’est trop tard, mais il faut penser aux autres. »
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