Présidentielle 2027 : pourquoi Matignon cherche à convaincre les banques d’accorder un prêt au RN (H;fr-24/07/26)

Malgré le fait que la candidate du RN ait des chances d’obtenir un score supérieur à 5 % des suffrages exprimés, et donc de voir ses frais de campagne remboursés, il lui faut toutefois trouver un créditeur. © Eric tschaen REA

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a reçu, la semaine dernière, les représentants des principales banques françaises. La réunion avait pour objet l’accès aux financements français pour tous les candidats à la présidentielle. En réalité, il était plutôt question du financement du Rassemblement national jusqu’à présent boudé par les banques françaises.

Par Léo BRAILLON

Le chemin du Rassemblement national vers l’Élysée est plus sinueux que voudraient le faire croire les sondages. Et pour cause, malgré la course en tête de sa candidate, le parti à la flamme doit désormais trouver plusieurs millions d’euros pour financer sa campagne. De ce point de vue, le premier ministre Sébastien Lecornu semble vouloir rendre la vie plus facile à Marine Le Pen qui n’en demandait pas tant.

À neuf mois du premier tour de la présidentielle, Sébastien Lecornu s’est entretenu, à Matignon, avec les représentants des principales banques françaises, comme le rapportent Le Monde et l’AFP. Ces dernières seraient toujours rebutées à l’idée de prêter de l’argent au parti d’extrême droite. Officiellement c’est un crédit peu sûr et une somme importante. Officieusement, ce choix hautement symbolique pourrait faire partir un grand nombre de leurs clients, redoutent-elles.

Le coup de pouce de Lecornu à l’extrême droite

Pour Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française, la question est uniquement celle du remboursement du prêt accordé, affirmant auprès du Monde que les banques « ne prêtent pas sur des critères coup de cœur ». Craindraient-elles que le RN ne puisse rembourser son crédit ? Pour les rassurer, le premier ministre serait tenté d’offrir une soupape de décompression aux banques françaises en proposant d’engager l’État pour couvrir une partie du risque de recouvrement.

Une aubaine pour le RN qui était encore endetté à hauteur de 8,5 millions d’euros à la fin du mois de mars 2026. Malgré le fait que la candidate du parti ait des chances d’obtenir un score supérieur à 5 % des suffrages exprimés, et donc de voir ses frais de campagne remboursés, il lui faut toutefois trouver un créditeur.

Et pour le moment aucun accord n’a été conclu et la campagne de Marine Le Pen nécessite beaucoup de fonds. En 2014, le Rassemblement national, qui s’appelait Front national, avait emprunté 11 millions d’euros à une banque russe. Mais la loi de 2017 pour la confiance dans la vie politique a interdit le financement de campagne politique par des banques situées en dehors de l’espace économique européen.

En 2022, pour financer la campagne de Marine Le Pen, le parti d’extrême droite s’était donc reporté sur la Hongrie et avait emprunté 10,6 millions d’euros à une banque du pays. Néanmoins, la défaite de Viktor Orban au mois d’avril 2026 compromet la réalisation de ce même tour de passe-passe.

Un retour en force de la banque de la démocratie ?

L’idée d’une banque française prêteuse à tous les candidats en campagne n’est pas nouvelle. Elle est poussée depuis plusieurs années par l’ancien Premier ministre François Bayrou. Lors de son discours de politique général en janvier 2025 l’ancien pensionnaire de Matignon souhaitait que les partis politiques « puissent se financer sans avoir besoin de passer par des stratégies de contournement », avant d’ajouter « que le financement des partis politiques ne dépend plus de choix de banques privées mais puisse, éventuellement et en dernier recours, être le fait d’organismes publics, placés sous le contrôle du Parlement ».

La proposition de Sébastien Lecornu n’est tout de même pas exactement équivalente puisque le chef du gouvernement souhaiterait que ces emprunts soient le fait des banques privées sous garantie de l’État et non directement des deniers publics.

Pour se lancer à l’assaut de 2027, le RN cherche à emprunter 10,7 millions d’euros, le montant maximal remboursable par l’État pour les candidats qualifiés au second tour. La tentative de coup de main financier du premier ministre intervient moins de trois semaines après que plusieurs membres du Rassemblement national, dont Marine le Pen, ont été condamnés en seconde instance, pour avoir détourné 3,2 millions d’euros du Parlement européen.

Source: https://www.humanite.fr/politique/banques-francaises/presidentielle-2027-pourquoi-matignon-cherche-a-convaincre-les-banques-daccorder-un-pret-au-rn

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