Présidentielle au Brésil : comment Lula a réussi à décrocher un inespéré quatrième mandat (OF.fr-26/10/26)

Lula, ce vendredi 25 septembre en meeting à Recife, ville du Nordeste. | OUEST-FRANCE

Il va fêter ses 81 ans, mardi. Luiz Inácio Lula da Silva, donné perdant à la veille du second tour, a finalement été élu, ce dimanche 25 octobre, avec trois points d’avance face au candidat d’extrême droite, Flavio Bolsonaro. Retour sur les ressorts d’une remontada.

Par Jean-François MARTIN

Tant que je serai vivant, les Bolsonaro ne gagneront pas ! Ce vendredi 25 septembre, Luiz Inácio Lula da Silva l’avait assuré à ces dizaines de milliers de supporters venus le soutenir à Recife, capitale du Nordeste. Il a tenu sa promesse. Il décroche, ce dimanche 26 octobre, un quatrième mandat. Avec 51,78 % des suffrages. Alors même que tous les sondages le donnaient ces derniers jours perdant face au candidat d’extrême droite, Flavio Bolsonaro. Une remontada incroyable après près de deux points de retard au soir du premier tour.

Revenons à ce meeting de fin septembre, dans cet État où il a grandi jusqu’à ses 7 ans. Celui que quelques langues de vipère disaient trop vieux a l’énergie d’un ado. Il sautille à qui mieux mieux. Il serre des paluches. Embrasse. Envoie des baisers. Un show comme cet homme de 80 ans, 81 ans mardi, en a l’habitude.

Une bête de scène et des propositions concrètes

Le président sortant de gauche ne se limite pas à ces démonstrations de séduction, comme les aiment les Brésiliens. Il parle et parle encore. Pas de la parlote politicienne. Mais pour dire sa vision du Brésil. Pour partager, voix éraillée mais forte, ses idées, ses projets, ses rodomontades. Finis les paris en ligne, pourtant si populaires au Brésil, et si défendus par les lobbys notamment du foot professionnel. Explication : C’est comme la dépendance aux drogues dures. L’argent est fait pour nourrir les enfants. Pas pour s’endetter. Je signerai la mesure ce soir !. Fini le seul jour de repos hebdomadaire ! Ce sera deux, désormais. Les patrons n’en veulent pas ? Tant pis, l’ancien métallo, qui a connu la misère, ne pliera pas. Il le fera même voter avant le second tour.

En ce vendredi de soleil brûlant, il ne s’arrête pas en si bon chemin. Dans un pays où le machisme est encore très marqué, où les féminicides atteignent des sommets (plus de 1500 en 2026), le fondateur du Parti des travailleurs monte sur ses grands chevaux. Il prend soudain une voix de gros macho. Tu peux m’apporter une bière ? Et mon pantalon ? Il ajoute, grave : Non, la femme n’est pas là pour servir les hommes ! Il enchaîne : Ne lève pas la main sur les femmes. Ta main a été faite pour travailler, pour les lessives, la cuisine. Applaudissements. Y compris des hommes qui nous entourent.

Tout Lula se trouve dans ce meeting. Fin manœuvrier. Mais sincère. Au risque de prendre à rebrousse-poil le peuple, ou tout au moins une partie. Et d’affirmer sa différence avec son adversaire, qui n’a pas connu les fins de mois difficile grâce à ses émoluments de député dès ses 22 ans. Il lui dira d’ailleurs lors du dernier débat télévisé, à l’avant-veille du second tour, quand le candidat d’extrême droite osera l’appeler neuf doigts, en référence à cet auriculaire broyé par une machine, à 17 ans. S’il y a quelqu’un qui sait ce que c’est le monde du travail, lui répond Lula, dans une rage contenue.

Un bilan à faire valoir et un influenceur numérique arrivé comme un sauveur

Lula, qui a été président de 2003 à 2011 et qui fut réélu en 2022, avait aussi un bilan à faire valoir. L’ouverture d’une centaine d’universités fédérales dans l’ensemble du pays, la mise en place de quotas sociaux et raciaux, et des bourses pour les étudiants sans le sou, des dispositifs de prise en charge des dépenses de santé pour les plus pauvres, ou encore la création de la bolsa familia, cette allocation familiale qui a permis à de nombreuses familles de sortir de la faim. Et ces quatre dernières années, depuis sa réélection, un taux de chômage qui a baissé de quatre points.

Au-delà, cette victoire, il la doit à André Janones, un influenceur numérique, que Lula n’a pas manqué de remercier dimanche soir. Il le pouvait, le devait même. Cet homme, député de gauche, avait tiré la sonnette d’alarme au lendemain du désastreux premier tour. Il a repris de fond en comble la com’ sur les réseaux sociaux. Et a levé une armée de plus de dix millions de personnes. Non pas pour faire de la figuration. Mais pour combattre pied à pied l’agressivité et fake news du clan Bolsonaro. Tel un entraîneur de basket dans le money time, il a bousculé ses troupes, distillé ses conseils au millimètre, élaboré une stratégie au cordeau.

Le plus dur reste à faire cependant pour Lula. Il aura face à lui une nouvelle assemblée sur laquelle il peinera à avoir la main. La gauche a perdu des forces, à ces dernières élections, qui avaient lieu en même temps que la présidentielle. Le Parti libéral (PL) de Flavio Bolsonaro va détenir 35 % des sièges du Sénat, et la majorité avec ses alliés.

Source : https://www.ouest-france.fr/monde/bresil/analyse-comment-lula-a-reussi-a-decrocher-un-quatrieme-mandat-au-bresil-4fc2b9d0-d0cc-11f1-95ba-26d2045f6620

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