Présidentielle au Brésil : Lula poursuit sa campagne pour sa réélection face au clan Bolsonaro, sous les menaces de Trump (H.fr-21/07/26)

Un sondage Real Time Big Data donne Lula en tête au premier tour avec 40 % des intentions de vote, sept points devant l’héritier bolsonariste.
© REUTERS/Adriano Machado

Candidat à sa réélection pour un quatrième mandat aux élections générales en octobre, l’ancien tourneur-fraiseur surfe sur le rejet des ingérences états-uniennes au sein de la population brésilienne. C’est que son adversaire, Jair Bolsonaro, fils aîné de l’ancien leader d’extrême droite, en est le principal relais.

Par Antoine PORTOLES

Il est l’un des derniers dirigeants de gauche encore debout en Amérique latine. Luiz Inacio Lula da Silva résistera-t-il à la vague réactionnaire promue par Donald Trump sur le continent ? Argentine, Chili, et désormais Colombie et Pérou… Alors que l’extrême droite alignée sur les intérêts de Washington l’a récemment emporté dans de nombreux pays, l’ancien tourneur-fraiseur, en lice pour un quatrième mandat, sait que tous les yeux sont rivés sur lui en vue des élections générales des 4 et 25 octobre.

Plutôt que de laisser le milliardaire républicain et ses porte-flingues parasiter la campagne au profit du camp bolsonariste et ainsi propulser Flavio Bolsonaro – fils aîné de Jair Bolsonaro, qui prête lui aussi allégeance au trumpisme – au palais du Planalto, Lula tente de retourner le problème à son avantage.

« J’invite tous ceux qui le souhaitent, partout dans le monde, à venir assister aux élections ici au Brésil. (…) Si le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, souhaite venir soutenir mon adversaire, qu’il vienne. Qu’il mette en place son comité. Car nous allons tous les battre au nom de la défense de la démocratie au Brésil », a-t-il proclamé lundi à Brasilia lors de la convention nationale du Parti démocratique travailliste (centre gauche), qui lui a officialisé son soutien.

Flavio Bolsonaro assume sa servilité

Un pied de nez au chef de la diplomatie états-unienne, qui avait affirmé en juin qu’un changement de gouvernance à l’issue des scrutins en Amérique latine permettrait de renforcer la coopération militaire avec les États-Unis. La stratégie du président brésilien consiste donc à se poser en garant de la souveraineté de son pays, ce dans un contexte de guerre commerciale avec les États-Unis.

Le sujet préoccupe de plus en plus les électeurs brésiliens. L’administration Trump a en effet annoncé le 15 juillet qu’elle allait infliger 25 % de droits de douane sur un certain nombre de produits brésiliens à compter de ce mercredi 23 juillet. « Lula a fait passer son ego avant la conclusion d’un accord pour le bien-être du peuple brésilien, et ces droits de douane en sont le prix à payer », a prétexté Marco Rubio, masquant à peine le motif politique de cette décision : punir celui qui refuse de ployer le genou devant les Yankees.

Un temps ouvert à l’hypothèse de mesures de rétorsion, le gouvernement brésilien a finalement tourné casaque. « L’idée n’est pas de riposter. Si l’on agit œil pour œil, on risque de finir tous les deux aveugles, a expliqué le vice-président, Geraldo Alckmin, lors d’une conférence de presse. En ce qui concerne le Brésil, il y aura toujours de la négociation ». Un gage donné au milieu économique brésilien, globalement opposé à une escalade douanière qui pourrait avoir de graves conséquences.

Sur le plan politique, en menant campagne tout à la fois contre Flavio Bolsonaro et contre Washington, Lula pourrait en tout cas remporter son pari. Un sondage Real Time Big Data publié ce mardi 21 juillet le donne en tête au premier tour avec 40 % des intentions de vote, sept points devant l’héritier bolsonariste.

Il l’emporterait sur son adversaire au second tour, à 45 % contre 42 %, bien qu’une marge d’erreur persiste entre ces pourcentages. Quoi qu’il en soit, on voit mal l’ancien ouvrier métallurgiste ne pas jouer cette partition, tant son rival assume sa servilité à la Maison-Blanche.

Le sénateur de Rio de Janeiro (Parti libéral, droite conservatrice) s’y est d’ailleurs rendu à deux reprises, en mai puis en juillet. Le président brésilien l’a accusé de dealer avec Donald Trump un report de l’entrée en vigueur des surtaxes après l’élection.

Cette tradition de la soumission au sein du camp bolsonariste est de famille. Outre les accointances passées de Jair Bolsonaro avec Washington, on peut aussi citer Eduardo Bolsonaro, le troisième fils, condamné en juin à quatre ans de prison pour lobbying auprès des États-Unis. L’ancien député avait demandé à l’administration Trump de faire pression sur le gouvernement de Lula lors du procès de son père pour tentative de coup d’État.

Une campagne digne d’une telenovela

L’épouse du leader d’extrême droite emprisonné, Michelle Bolsonaro, n’est pas en reste, elle qui se rend régulièrement aux États-Unis pour assister à des événements dans des églises évangéliques. L’intéressée a récemment publié une vidéo dans laquelle elle accuse son beau-fils Flavio de l’avoir « méprisée » et « humiliée » sur le plan politique, preuve que le clan se fissure à l’approche du scrutin.

Dans cette campagne brésilienne digne d’une telenovela, Lula n’est pas le seul à hausser le ton contre les tentatives d’ingérence, qu’elles viennent de Washington, de Jair Bolsonaro ou d’ailleurs. La semaine dernière, la Cour suprême du Brésil a interdit à Flavio de lui rendre visite jusqu’au premier tour du scrutin.

Le juge Alexandre de Moraes a motivé cette décision en soulignant qu’il avait déclamé sur YouTube une lettre manuscrite de son père, pourtant privé d’utilisation des réseaux sociaux directement ou par l’intermédiaire d’un tiers. Missive dans laquelle le leader d’extrême droite exhortait ses alliés à taire leurs différends et à se ranger du côté de son fils aîné. La même Cour suprême a prononcé samedi la même sanction… contre le président argentin, Javier Milei, qui a prévu de se rendre ce week-end à la convention du Parti libéral, à Sao Paulo.

Source: https://www.humanite.fr/monde/bresil/presidentielle-au-bresil-lula-lance-sa-campagne-pour-sa-reelection-face-au-clan-bolsonaro-sous-les-menaces-de-trump

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