Présidentielle au Brésil : « Lula représente la continuité d’un projet politique qui défend les travailleurs » (H.fr-2/10/26)

30 septembre 2026, Rio de Janeiro, Brésil. Manifestation de soutien à Lula. © Luis Reygada

Dimanche 4 octobre, 158 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour des méga-élections. Le duel entre le président de gauche sortant et son principal rival d’extrême droite, Flavio Bolsonaro, retient toutes les attentions. Progressistes et réactionnaires jettent toutes leurs forces à l’approche de ce scrutin crucial et serré.

Par Luis REYGADA

Rio de Janeiro (Brésil), envoyé spécial.

Méga-élections au Brésil ce 4 octobre. 158 millions de votants appelés aux urnes pour élire gouverneurs, sénateurs, députés fédéraux et locaux, et une question dont l’enjeu dépasse les frontières de la première puissance latino-américaine : Lula sera-t-il reconduit à la tête du pays-continent pour un quatrième mandat, ou verra-t-on Brasilia se faire aussi engloutir par la vague réactionnaire qui submerge l’Amérique du Sud ?

« Ce dimanche, notre pays sera le centre du monde », assure Lindbergh Farias, député fédéral pour l’État de Rio de Janeiro sous l’étiquette du Parti des travailleurs (PT) et candidat à sa réélection ce week-end. « Nous vivons un moment décisif de l’histoire de notre pays mais aussi du continent, parce que le président des États-Unis, Donald Trump, a un projet d’assujettissement de l’Amérique latine. Une victoire de Flavio Bolsonaro ferait de nous une semi-colonie nord-américaine, et renforcerait le poids de Washington dans l’arène internationale », affirme-t-il avec gravité. Ces quelques mots lâchés, il retrouve le sourire et se prend volontiers en selfie avec la dizaine de sympathisants qui l’entourent.

Si le péril est réel – Lula est donné au coude-à-coude avec son adversaire d’extrême droite, le fils de l’ancien président Jair Bolsonaro (2019-2022) –, l’heure est à la fête. Sono tonitruante, fanfares et batucadas, tenues légères et maquillages fantaisistes : les Cariocas savent marier engagement militant et joie de vivre ; ils sont plusieurs milliers à défiler sur l’avenue Copacabana dans un flot rouge derrière une bannière siglée « CarnaLula ».

« Bolsonaro ne représente que des idées rances pour les minorités »

À l’approche du scrutin, les sept partis de la coalition « Un Brésil prêt pour plus » soutenant Lula ont multiplié les démonstrations de force, avec des rassemblements et des manifestations à travers les principales villes du pays comme São Paulo, Belo Horizonte, Natal, Bahia, Belém, réunissant jusqu’à 150 000 personnes, le 30 septembre, à Salvador.

« Nous ne voulons être l’arrière-cour de personne, comme l’a dit le président à l’ONU la semaine dernière, insiste Jorge, militant du PT. Lula représente le maintien de notre souveraineté, de notre démocratie, tandis que Bolsonaro représente la soumission au drapeau américain, la perte de nos richesses. »

L’ingénieur de 35 ans distribue à tour de bras des dizaines d’autocollants : des Lula très stylisés affublés de lunettes de soleil plus fantaisistes les unes que les autres, de quoi faire oublier que le président-candidat soufflera dans quelques semaines ses 81 bougies.

« C’est vrai qu’il est vieux, mais (cela) ne nous dérange pas du tout », réagissent Barbara et Marcela, 18 ans, étudiantes en architecture. « Ce qui compte, c’est ce qu’il a fait par le passé et ce qu’il veut faire pour demain. Son programme, c’est la joie et l’énergie qu’on ressent ici, tandis que Bolsonaro ne représente que des idées rances pour les minorités, pour les femmes », assurent les primo-votantes dans un pays où le vote est obligatoire à partir de 18 ans, mais où les jeunes ont accès au suffrage universel dès 16 ans s’ils le souhaitent.

« Bolsonaro est jeune (45 ans – NDLR), mais il veut faire basculer le Brésil vers la barbarie et le fascisme », prévient Barbara, 34 ans. « Lula représente le progrès, la continuité d’un projet politique qui défend les travailleurs, la jeunesse, la majorité de la population, les moins favorisés. Ce n’est pas de l’aumône, c’est un rééquilibrage parce que notre société est très inégalitaire. Il a fait sortir le Brésil de la faim. Avec lui, nous avançons même si évidemment tout n’est pas parfait », explique avec entrain cette analyste dans une grande entreprise, venue manifester en famille avec son fils, sa mère et sa sœur.

« J’ai 70 ans, j’ai connu la dictature : plus jamais ça », tance Angie, qui défile entre deux danseuses de samba juchées sur des échasses, avec un badge « Fuck USA » bien en vue sur son tee-shirt aux couleurs du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre.

Un mandat partiellement bloqué par le Congrès

À l’arrière du cortège, un groupe de jeunes militants du Parti socialisme et liberté (PSOL) reprend en chœur les paroles du jingle « rap de Lula », un des hymnes de cette campagne inspiré d’un classique du funk carioca des années 1990 et transformé en narration biographique du parcours invraisemblable du tourneur mécanicien né dans la misère et devenu président de la République.

« Ce mandat en partie bloqué par le Congrès nous a montré que le chef de l’État, seul, ne peut pas gouverner : il a besoin d’alliés chez les sénateurs et les députés », explique Monica Benicio, conseillère municipale PSOL de Rio et candidate pour un siège à la Chambre haute.

« La réforme pour réduire le temps de travail hebdomadaire sans baisse de salaire est toujours bloquée au Sénat. Il est important que les gens se mobilisent pour élire des progressistes », assure la compagne de Marielle Franco, militante de gauche assassinée en 2018.

« Nous avons besoin d’un Congrès qui respecte la classe travailleuse, qui soit au service du peuple et non de son ennemi », renchérit son camarade Rick Azevedo, lui aussi en lice pour un siège au Sénat. « Le pouvoir législatif doit redevenir la maison du peuple : actuellement, il est confisqué par la bourgeoisie brésilienne. »

Anelia, 63 ans, vient de la favela Complexo do Alemao, dans la zone nord de Rio de Janeiro. Retraitée, elle explique qu’elle doit encore travailler pour « mettre du beurre dans les épinards ». « J’aime mon président, il est humain, sensible, merveilleux, alors qu’en face, Flavio Bolsonaro prône la violence. Il est proche des milices (groupes criminels paramilitaires, souvent composés d’anciens policiers ou militaires – NDLR), et sa famille conspire contre la patrie. »

L’appropriation d’un symbole national

Le patriotisme, Flavio Bolsonaro en a fait un de ses étendards en s’appropriant le célèbre maillot jaune de l’équipe nationale de football transformé en symbole de ralliement. En dehors des nombreux touristes que l’on croise dans Ipanema, ce sont bien souvent ses partisans qui l’arborent dans ce quartier huppé de la ville carioca.

« Lula est un désastre pour nos relations avec le monde. Il veut se brouiller avec les États-Unis », affirme Sebastiao, la quarantaine, employé dans un cabinet d’architectes, en omettant que l’agressivité diplomatique vient plutôt du locataire de la Maison-Blanche. Il dépeint également un tableau noir de la situation économique qui serait « véritablement au bord du gouffre », selon lui.

« Et que dire de la corruption et de la criminalité ? » accuse sa compagne Mariana, sans se soucier des scandales politico-financiers qui éclaboussent la droite ou encore en oubliant de préciser que la sécurité publique n’est pas une compétence du gouvernement fédéral.

Si elle ne se définit pas comme « de droite », mais plutôt du centre, elle reconnaît qu’elle votera « évidemment » pour Flavio Bolsonaro, ce dimanche 4 octobre. « Ce n’est pas en distribuant de l’argent à tout va que l’on construit un pays fort, soutient cette consultante dans l’immobilier. Il faut attirer des investissements étrangers, activer l’économie pour que l’argent circule. Ce sont des politiques compliquées, mais il faut savoir s’y prendre. »

Un précédent mandat marqué par une chute du chômage

Les indicateurs économiques du géant sud-américain sont pourtant au vert. Dans un rapport publié le 30 septembre, les analystes du think tank progressiste états-unien CEPR rappellent que, au-delà des bonnes performances en matière sociale, le troisième mandat de Lula a été marqué par un regain de croissance, un développement de l’emploi, une chute historique du chômage, l’augmentation des salaires et une inflation « inférieure à celle observée sous n’importe quel autre mandat présidentiel depuis la fin des années 1990 ».

Dans le contexte de l’élection présidentielle, l’analyse du think tank souligne « des approches radicalement différentes en matière de politique budgétaire ».

D’un côté, Flavio Bolsonaro est engagé sur la voie de l’austérité, avec des coupes importantes en matière de dépenses publiques, notamment dans les aides sociales, tandis que le président en quête de réélection vise une « augmentation des recettes (de l’État), notamment par la mise en œuvre d’une réforme fiscale en s’appuyant sur un projet d’impôt sur les Brésiliens fortunés ». Faut-il prendre aux riches ou aux pauvres ? Les deux projets de société qui se confrontent dans les urnes, ce 4 octobre, ne sont pas difficiles à saisir.

Source: https://www.humanite.fr/monde/amerique-latine/presidentielle-au-bresil-lula-represente-la-continuite-dun-projet-politique-qui-defend-les-travailleurs

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