Prix des carburants : pourquoi le gouvernement ne fait toujours rien (H.fr-14/09/26)

La hausse du prix du baril de pétrole, qui a franchi la barre des 100 dollars du fait d’un regain de tensions géopolitiques, provoque une nouvelle flambée des prix à la pompe. Ce lundi 14 septembre, le litre du SP95 (E10) atteignait 2,14 euros en moyenne dans les stations-service. © Darri O/Andia.fr

La nouvelle flambée des tarifs à la pompe met l’exécutif au pied du mur, alors que se multiplient les appels à la mobilisation et que la gauche accuse le premier ministre de laxisme.

Par Cyprien BOGANDA

Entre un budget impossible à boucler, un taux de chômage qui repart à la hausse et une croissance économique désespérément atone, le premier ministre, Sébastien Lecornu, n’avait pas besoin d’une nouvelle tuile pour ce mois de septembre.

Et pourtant, voilà que la question du carburant s’invite de nouveau dans l’équation : la hausse du prix du baril de pétrole, qui a franchi la barre des 100 dollars du fait d’un regain de tensions géopolitiques, provoque une nouvelle flambée des prix à la pompe. Ce lundi 14 septembre, le litre du SP95 (E10) atteignait 2,14 euros en moyenne dans les stations-service, d’après le site spécialisé Roole Média.

« Les réponses du gouvernement sont une insulte »

De quoi faire entrer en ébullition la classe politique, en raison du souvenir toujours vivace du mouvement des gilets jaunes, écrasé sans ménagement par le gouvernement en 2018. D’ailleurs, certains espèrent remettre le couvert. Sur les réseaux sociaux, on voit fleurir des appels à manifester en France le 17 octobre (l’Acte 1 du mouvement des gilets jaunes avait démarré le 17 novembre 2018), même s’il est encore trop tôt pour savoir de quoi il retourne.

« Un mouvement de grande ampleur va arriver et il va tout submerger, nous assure Maxime Mayoral, ancien gilet jaune et l’un des organisateurs du mouvement Bloquons tout de 2025. La colère est forte et les réponses du gouvernement sont des insultes. »

Pour achever ce tableau, cette hausse des prix du carburant survient en pleine précampagne présidentielle, dans un pays marqué au fer rouge par l’inflation – selon un sondage réalisé par YouGov pour MoneyVox et rendu public ce lundi 14 septembre, un tiers des Français déclarent avoir été à découvertau moins une fois au cours des douze derniers mois, soit 2 points de plus qu’en août 2025. Par ailleurs, 61 % jugent que l’inflation a un impact fort sur leur situation financière.

« Le gouvernement ne fait absolument rien et laisse les Français crever la bouche ouverte, alors qu’ils souffrent d’une baisse du pouvoir d’achat », cingle le communiste Ian Brossat, tandis que l’exécutif donne l’impression de ne pas prendre la mesure du problème.

Un blocage des prix prévu dans le Code de commerce

L’épisode donne une furieuse impression de déjà-vu. En avril dernier, le gouvernement avait été pris de court par la hausse des prix du carburant. À l’époque, la gauche (PCF et LFI) et certains syndicats, comme la CGT, plaidaient déjà pour un blocage des prix du carburant. L’article L. 410-2 du Code de commerce autorise le gouvernement à bloquer les prix par décret, à condition que ce blocage soit limité dans le temps (six mois au maximum) et justifié par une « situation de crise ».

À l’été 1990, par exemple, le gouvernement avait fortement encadré les prix du carburant (sans recourir pour autant à un blocage stricto sensu), en pleine guerre du Golfe. En 2020, le très libéral gouvernement de Jean Castex avait, lui, plafonné le prix des masques chirurgicaux et du gel hydraulique.

Un décret bloquant les prix du carburant devrait être examiné par le Conseil d’État, mais cela ne constitue pas en soi un obstacle insurmontable. « Le Conseil émet un avis, mais n’a pas de droit de veto, nous précisait à l’époque le constitutionnaliste Benjamin Morel. En revanche, le décret pourrait faire l’objet de contentieux par la suite : des acteurs économiques pourraient l’attaquer devant le Conseil d’État en référé-suspension et en recours pour excès de pouvoir, s’ils s’estiment mis en difficulté par le blocage. En effet, on ne peut pas obliger quelqu’un à revendre à perte. »

TotalEnergies, profiteur de crise

De toute façon, cette mesure seule ne suffirait pas à régler la situation. En effet, les principaux gagnants de la flambée des prix du carburant ne sont pas les stations essence, mais les géants pétroliers, qui se gavent sur les marges de raffinage, c’est-à-dire la différence entre la valeur marchande du brut acheté par les raffineries et le prix de vente du produit raffiné. D’où la proposition de certains (dont la CGT et une partie de la gauche) de plafonner ces marges.

Sans surprise, le gouvernement a toujours fermé la porte à cette option. Il y a pourtant du grain à moudre. Au premier semestre de cette année, TotalEnergies a réalisé un résultat net canon de 11,2 milliards de dollars, en hausse de 72 % (!) par rapport au premier semestre de l’année précédente.

« J’accuse monsieur Patrick Pouyanné (le patron du groupe pétrolier – NDLR) de faire des profits sur le dos de la guerre et de réaliser des marges en faisant les poches des Français », a lancé le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, à la Fête de l’Humanité.

Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/carburants/prix-des-carburants-pourquoi-le-gouvernement-ne-fait-toujours-rien

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