
Les dix-sept mineurs, tous lycéens, ont été interpellés dans le cadre des blocus d’établissements ou des débordements qui, à Paris, ont suivi les manifestations de soutien au mouvement.© Ludovic MARIN / AFP
Dix-sept mineurs ont passé la nuit de mardi 20 octobre au dépôt de Bobigny. Une délégation d’avocats s’est rendue sur place. Ils dénoncent, photos à l’appui, des conditions de détention « inhumaines » et « dégradantes ».
Par Elisabeth FLEURY
Aucun matelas. Des banquettes en béton, trop petites pour s’y étendre. Des déchets au sol. Une couverture de survie, un sandwich et une bouteille d’eau pour seul confort. Des WC sales et pas forcément accessibles. Dans la nuit de mardi à mercredi, dix-sept mineurs, dont cinq jeunes filles, ont tenté de dormir à même le sol, tête-bêche, dans les cellules à la puanteur parfois insoutenable du dépôt de Bobigny.
Ce mercredi matin, entre 6h20 et 7h35 du matin, une délégation de quatre avocats du barreau de Bobigny est venue constater leurs conditions de détention dans ces sous-sols insalubres. « Indignes, inhumaines, dégradantes », résume Me Marie Tostivint. Une situation pourtant connue. « Le président et le parquet de Bobigny s’étaient engagés à ce que plus aucun mineur ne dorme au dépôt, rappelle Me Tostivint. Cet engagement n’a pas été tenu ».
Des conditions indignes
Le rapport des avocats, documenté part des photos éloquentes, devait servir d’argument aux avocats chargés d’assister les enfants. Il a été envoyé, dans la foulée de sa rédaction, aux services du procureur et aux juges des enfants. « Nous n’en resterons pas là », promet Me Marie Tostivint, parlant d’une visite « éprouvante » et annonçant la probable saisine du Défenseur des Droits. La situation des cinq jeunes filles l’a particulièrement bouleversée. « Elles étaient très fatiguées, très émues, très inquiètes de ce qui allait se passer », raconte l’avocate.
Après une nuit blanche passée à claquer des dents, l’une d’elles était « en pleine détresse ». « Quand elle m’a vue, elle s’est effondrée », s’inquiète Me Tostivint. Comme les autres mineurs, la jeune fille avait reçu à son arrivée un minuscule kit d’hygiène. « Mais c’était un kit pour homme. Il ne contenait pas de serviette hygiénique, or elle avait ses règles ». Sa codétenue l’a dépannée.
Faute de place, une autre jeune femme a été placée, seule en cellule, dans l’aile réservée aux hommes majeurs. Une situation anormale. « Il n’y a pas eu de mélange entre majeurs et mineurs », a cependant constaté Me Guillaume Arnaud qui, ce matin-là, a dénombré un total de 49 personnes placées au dépôt. « Une jauge haute, mais on a vu pire ». « Devant l’une des cellules, on a tous eu un mouvement de recul », relate Me Tostivint.
Plus de 50 heures en garde à vue
Les dix-sept mineurs, tous lycéens, ont été interpellés dans le cadre des blocus d’établissements ou des débordements qui, à Paris, ont suivi les manifestations de soutien au mouvement. En deçà de 18 ans, la durée de la garde à vue ne doit pas excéder 48 heures. Par dérogation, « l’un d’eux a pourtant passé 56 heures » au poste de police.
Tous sont arrivés « entre 20 h 00 et 5 h 45 du matin », précise Me Guillaume Arnaud. Tous, après cette nuit éprouvante, devaient être reçus par des juges des enfants, « eux-mêmes débordés », déplore Me Guillaume Arnaud. Puis, comme l’exige la procédure, probablement remis en liberté dans la foulée.
En attendant, un rassemblement de soutien était organisé, à 11h00, sur le parvis du tribunal de Bobigny. Parents, enseignants, avocats : une centaine de personnes, pour réclamer la libération des enfants. « Maintenir des enfants dans de telles conditions est inacceptable, s’indigne Stéphane Peu, député PCF de Seine-Saint-Denis. La protection des mineurs et le respect de leur dignité doivent être une exigence absolue ». Pour l’élu, « il est urgent que le ministère de la Justice prenne enfin des mesures concrètes pour mettre un terme à cette situation ».
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=111209&action=edit
Article suivant :
Article précédant :
