Sabotage des gazoducs Nord Stream : tout ce qu’il faut savoir avant le procès prévu ce mercredi (H.fr-14/10/26)

Serhii K., suspecté d’avoir participé au sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2, est escorté par la police allemande le 27 novembre 2025.
© REUTERS / Thilo Schmuelgen

À Hambourg, un ancien officier de l’armée ukrainienne va comparaître devant la Cour d’appel hanséatique, ce mercredi 14 octobre. Il est soupçonné, avec plusieurs autres militaires d’avoir participé à l’opération du 26 septembre 2022 près de l’île danoise de Bornholm qui a saboté les gazoducs Nord Stream 1 et 2, à une profondeur de 70 à 80 mètres

Par Vadim KAMENKA

Explosions, guerre, Baltique, gazoducs, services secrets… Le procès qui s’ouvre ce mercredi 14 octobre devant la Cour d’appel hanséatique de Hambourg s’avère extrêmement ténu. Un ancien officier de l’armée ukrainienne va comparaître devant le tribunal allemand : Serhii K est soupçonné d’avoir saboté les gazoducs Nord Stream 1 et 2 reliant la Russie à l’Allemagne, en 2022.

Cette affaire est considérée comme l’un des plus importants actes de sabotage commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Les photos aériennes ont fait le tour du monde : nous sommes le 26 septembre 2022 et d’énormes quantités de méthane jaillissent à la surface de la mer Baltique, près de l’île danoise de Bornholm.

Quatre brèches sont découvertes dans deux conduits à une profondeur de 70 à 80 mètres (230 pieds à 263 pieds) sur Nord Stream 1 et 2, à quelques heures d’intervalle. L’épisode, survenu en pleine invasion de l’Ukraine par la Russie, six mois plus tôt, fait rapidement envisager la piste d’un sabotage.

Une explosion inconnue

Les occidentaux pointent immédiatement la responsabilité de Moscou. Les autorités russes, qui ont essuyé de nombreuses sanctions, venaient de suspendre l’approvisionnement en gaz naturel vers l’Allemagne, Gazprom invoquant des travaux de maintenance.

Au même moment, les pays européens s’efforçaient de s’affranchir des ressources énergétiques russes. Quelques mois plus tôt, le projet Nord Stream 2 est suspendu par la coalition allemande dirigée par Olaf Scholz.

Un impact écologique inédit

Ce gel des livraisons fait que les gazoducs n’étaient pas en opération lors des explosions. Les analyses scientifiques ont immédiatement noté l’ampleur du désastre écologique. Selon une étude coordonnée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’incident a provoqué le plus grand rejet de méthane d’origine humaine jamais enregistré.

Le haut responsable onusien, Miroslav Jenča, qui a présenté les données lors d’une réunion du Conseil de sécurité convoquée par la Russie, en août 2025, a estimé que les fuites de gaz occasionnées pesaient entre 445 000 et 485 000 tonnes. Ces rejets sont équivalent aux émissions de « 8 millions de voitures circulant pendant un an ».

Le Danemark, la Suède et l’Allemagne ont lancé des procédures. Les fuites se sont produites dans les eaux internationales de la Baltique, situées dans les zones économiques exclusives danoise et suédoise. Les deux pays ont annoncé l’ouverture d’une enquête nationale distincte. L’Allemagne, le destinataire du gaz russe, a également lancé une instruction judiciaire. 

Finalement, seul le parquet fédéral de Berlin a poursuivi la procédure. L’affaire qui est présenté comme un cas de « sabotage anticonstitutionnel » et de « provocation intentionnelle d’explosion », deux crimes graves inscrits dans le code pénal allemand, rebondit durant l’été 2025.

Deux principaux suspects

Un suspect ukrainien, Serhii K., est arrêté dans un bungalow où il séjournait avec sa famille sur la côte adriatique dans les environs de Rimini, en région d’Émilie-Romagne, par la police italienne. Dans un communiqué, le parquet fédéral allemand annonce, le jeudi 21 août, qu’il faisait partie « d’un groupe d’individus qui ont placé des explosifs sur les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 » et qu’il s’agit « vraisemblablement d’un des coordinateurs de l’opération ».

Agissant sur un mandat d’arrêt européen, les autorités italiennes l’ont interpellé puis extradé en novembre 2025. Le parquet fédéral, basé à Karlsruhe, détaille que Serhii K, âgé de 49 ans, aurait loué un voilier avec de fausses identités pour mener l’opération avec ses complices (plongeurs, skipper et artificier). Le commando est parti de la ville de Rostock, en Allemagne pour se rendre au large de l’île danoise de Bornholm où ils auraient placé quatre charges explosives pesant entre 14 et 27 kilogrammes (environ 31 à 62 livres).

Un autre suspect a été arrêté en août 2026 en Croatie. C’est encore le parquet fédéral allemand qui l’a annoncé. Il s’agit de Vladimir Z., plongeur de formation, qui « est fortement soupçonné d’avoir provoqué, en bande organisée, une explosion, commis un acte de sabotage anticonstitutionnel et de destruction d’une infrastructure », détaille un communiqué.

L’Ukraine nie toute implication directe

Cet ancien commandant de l’armée ukrainienne est accusé d’avoir provoqué une explosion, d’avoir causé des dégâts matériels, d’avoir perturbé un service public, provoqué une explosion et détruit des bâtiments et d’être « complice de crimes de guerre » pour avoir attaqué des infrastructures civiles.

« L’objectif était d’empêcher durablement les livraisons de gaz via les gazoducs et de faire en sorte que la Russie ne puisse plus utiliser les revenus issus du commerce du gaz naturel pour financer son effort de guerre », note le parquet allemand. Lancé en 2011, Nord Stream fournissait lui, avant l’invasion russe de l’Ukraine, « environ la moitié des besoins annuels en gaz naturel » de l’Allemagne, rappelle le communiqué.

L’Ukraine n’a jamais reconnu sa responsabilité dans le sabotage, mais elle n’a non plus caché sa satisfaction, jugeant légitimes toute attaque en mesure d’affaiblir la capacité du Kremlin à financer sa guerre. « L’Ukraine n’a jamais officiellement pris part à aucune opération liée à l’explosion des gazoducs Nord Stream », a encore réaffirmé Volodymyr Zelensky cet été, en réponse à une question la procédure.

source: https://www.humanite.fr/monde/allemagne/sabotage-des-gazoducs-nord-stream-tout-ce-quil-faut-savoir-avant-le-proces-prevu-ce-mercredi

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