« Sans infirmiers libéraux, c’est l’hospitalisation illico » : la profession est en colère (LT 04/04/2023 19h00)

Des représentants de quatre cabinets infirmiers libéraux saint-politains et plougoulmois expliquent publiquement les raisons de leur colère, leurs craintes et les menaces qui pèsent sur le maintien à domicile.

Des professionnels du Haut-Léon ont rejoint le collectif national « Infirmiers Libéraux en Colère » qui montre le vrai visage d’un métier, méconnu du grand public, non reconnu par l’État et qui passe de plus en plus de temps à se battre au quotidien contre les incohérences du système, au détriment de leurs patients.

Parti des Bouches-du-Rhône en décembre, le mouvement asyndical et apolitique, constitué en association depuis quelques jours, a gagné toute la France : la pétition en ligne affiche plus de 19 500 signatures et le groupe Facebook plus de 14 500 membres. « L’objectif est de rassembler le maximum de personnes, professionnels et patients solidaires », commente Henri-Pierre Le Goff, infirmier à Plougoulm. « Notre métier ne se limite pas à faire des prises de sang. Soins courants, gestion des traitements, pansements, accompagnement de la fin de vie, soins d’hygiène et de confort font partie de notre quotidien mais l’écoute, la prévention et la coordination avec les autres professionnels de santé font aussi partie de nos tâches sans compter certains actes prescrits non rémunérés comme la pose de bas de contention, l’administration de collyre ou la prise de tension », complète Annaëlle Goude, infirmière à Saint-Pol-de-Léon.

Notre métier ne se limite pas à faire des prises de sang

« On est le dernier maillon qui ne dit pas non »

Les visites en urgence ou la gestion d’une chute viennent s’ajouter à des journées qui débutent à 6 h et s’achèvent à 20 h. « On est le dernier maillon qui ne dit pas non », ajoute une autre en pointant l’inexistence de la consultation infirmière. Pourtant, tous s’accordent sur le fait d’avoir choisi d’exercer en libéral pour l’humain, pour ces petits gestes gratuits en plus, ces attentions réconfortantes. Mais le temps manque, les heures de travail explosent, les tâches administratives sont de plus en plus chronophages et la tarification des actes n’a pas été revalorisée depuis 2009, sans compter le forfait déplacement inchangé depuis 2012. Or les charges explosent : matériel, logiciels, assurances, carburant…

Inquiets pour leur avenir et leurs patients

Les infirmiers libéraux sont inquiets pour l’avenir de leur profession mais aussi pour leurs patients et les conditions de leur maintien à domicile. Cette préoccupation centrale transparaît sur le site du collectif national : « Une société sans infirmiers libéraux, c’est la santé de ville qui prend l’eau. Une société sans infirmiers libéraux, c’est l’hospitalisation illico ».

La mise en place, en 2020, du Bilan de soins infirmiers (BSI), un mode de rémunération forfaitaire de prise en charge des personnes dépendantes, avait mis le feu aux poudres. « Pour un patient évalué en dépendance lourde, qui nécessite trois à quatre visites quotidiennes au domicile, nous percevons 28,70 € par jour ! ».

Le recouvrement de l’indu, une nouvelle loi qui les expose à une sanction financière sans droit à l’erreur de tarification, a attisé la colère. « En plus d’une absence de reconnaissance par l’État, nous sommes maintenant présumés fraudeurs face à une nomenclature des actes complexe, illisible et inadaptée à notre quotidien », s’emporte Henri-Pierre Le Goff.

Pour un patient évalué en dépendance lourde, qui nécessite trois à quatre visites quotidiennes au domicile, nous percevons 28,70 € par jour !

« Nous exerçons un métier qui perd tout son sens et ses valeurs »

Le collectif « Infirmiers Libéraux en Colère » revendique une refonte du BSI, une revalorisation des actes médicaux infirmiers (AMI), l’abandon du nouveau système de recouvrement, et la reconnaissance de la pénibilité. « La durée moyenne d’exercice en libéral est tombée à 7 ans ; les burn-out sont fréquents, les TMS aussi et nous exerçons un métier qui perd tout son sens et ses valeurs ».

La profession, souvent discrète et soumise à « l’obligation de soin », ne veut plus se taire et en appelle au soutien de tous pour se faire entendre, sauver la santé de ville et le maintien à domicile.

Pratique

Pétition en ligne sur le site, https://infirmiersliberauxencolere.fr/; groupe FB, Infirmiers Libéraux En Colère

Auteur : Marianne Anger

Source : « Sans infirmiers libéraux, c’est l’hospitalisation illico » : la profession est en colère – Saint-Pol-de-Léon – Le Télégramme (letelegramme.fr)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *