
L’ex-président serbe Aleksandar Vučić, qui a démissionné pour briguer le poste de premier ministre lors de législatives anticipées, a reconnu sa défaite dimanche 25 octobre. Le dirigeant proche de Viktor Orban a été battu par une formation menée par les étudiants derrière des mobilisations historiques depuis deux ans.
Par Tom DEMARS-GRANJA
Un cycle long de douze années vient de se terminer dans des scènes de liesse et des éclats de joie. L’ex-président serbe Aleksandar Vučić, qui briguait le poste de premier ministre lors de ces législatives anticipées, a perdu face à un soulèvement unique dans l’histoire récente du pays d’Europe de l’Est.
Le dirigeant issu de l’extrême droite a concédé sa défaite dans la soirée du dimanche 25 octobre. « Nous n’avons toujours pas les résultats définitifs, a-t-il annoncé à ses partisans réunis au siège de son parti à Belgrade. D’après un échantillon… Il est clair que nous avons perdu ces élections, la Liste étudiante a gagné. »
Cette dernière – mouvement politique inédit de par sa formation et son ampleur soudaine – devrait, selon les premières estimations, obtenir 140 sièges et donc la majorité au sein d’un Parlement national composé de 250 élus. La formation d’Aleksandar Vučić, le Parti progressiste serbe (SNS), doit quant à lui se contenter de 103 sièges.
La participation la plus élevée depuis 1992
La formation présidentielle doit sa défaite à la corruption dont elle s’est rendue coupable mais aussi et surtout à la concrétisation d’un engouement populaire de masse, avec une participation record à la clé. À 19 heures, heure locale, les instituts de sondage CeSID et Ipsos estimaient le taux de participation à 67,6 %, l’un des plus élevés depuis l’éclatement de la Yougoslavie en 1992 et l’éviction de l’ex-dirigeant Slobodan Milošević en 2000.
Avec une liste de 250 candidats pour les 250 sièges, les étudiants ont mis en avant nombre de profils, issus du monde universitaire comme du secteur agricole. Ils ont aussi multiplié les visites dans les zones rurales, longtemps un des bastions du président déchu, avec comme slogan : « Serbie ou Mafia ? »
Comme un symbole, la chute d’Aleksandar Vučić a été précipitée par un accident mortel – 16 morts – à la gare de Novi Sad, où le tronçon d’un futur train rapide qui doit relier Belgrade à Budapest, avait été inauguré par le président serbe… et le premier ministre hongrois Viktor Orban, lui-même, défait six mois plus tôt après des années d’autoritarisme et de répression contre son peuple.
Une corruption structurelle
Les premières mobilisations en Serbie ont éclaté fin 2024, à la suite de ce dramatique événement. Au départ, les carrefours des villes étaient bloqués chaque vendredi à 11 h 52, à l’heure du drame de Novi Sad.
Le pouvoir serbe n’a pas attendu pour réprimer les mouvements de contestation : dès le 22 novembre, un rassemblement observant un moment de silence organisé devant la Faculté des arts dramatiques (FDU) est attaqué par des milices, dirigées par des cadres du parti présidentiel. La police, elle, a contemplé la scène et n’est jamais intervenue.
Initiées par des étudiants révoltés contre une corruption structurelle et une politique conservatrice, les protestations se sont finalement élargies pour devenir un vaste mouvement populaire. De la rue au Parlement, il aura marqué en profondeur l’histoire de la Serbie.
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