
Le PDG du groupe SNCF a annoncé le départ du numéro 1 de la filiale Voyageurs, Christophe Fanichet, dans un contexte social tendu depuis le succès de la grève unitaire du 10 juin. Le plan de restructuration « destination 2030 » est abandonné.
Par Naïm SAKHI
Un simple communiqué mettant fin à six années de présidence. Ce mardi 21 juillet, Jean Castex, PDG du groupe SNCF, a annoncé le départ de Christophe Fanichet, à la tête de la SA SNCF Voyageurs. « Jean Castex a souhaité impulser pour SNCF Voyageurs une nouvelle dynamique et de nouvelles orientations stratégiques », assure le groupe.
Proche de l’ex-numéro 1 du groupe Jean-Pierre Farandou, Christophe Fanichet était à la tête de SNCF Voyageurs depuis sa création, en 2020, et le principal artisan de la préparation de l’entreprise historique à l’ouverture à la concurrence. En ce sens, il entendait transformer la société anonyme par le biais d’un plan de restructuration, « destination 2030 » (D30).
Une refonte qui prévoyait de fractionner les activités de la société anonyme en quatre pôles autonomes : les services librement organisés (les activités TGV), les services conventionnés (TER, Intercités), la maintenance, et Voyages & Tech. En outre, s’agissant des TER, D30 introduisait des filiales de droit privé dédiées aux différents appels d’offres remportés par la SNCF, dans une logique d’ouverture à la concurrence.
« Pour la CGT, ce plan est l’acte de naissance d’une SNCF démantelée, cassée, sacrifiée sur l’autel de la concurrence », estime la fédération cheminote, qui prévenait « de la fin de la péréquation et de la solidarité entre les activités au profit d’une rentabilité par segment de marché ».
La SNCF observe de près les comptes de sa filiale Voyageurs pour financer le réseau
Un projet de refonte stoppé ce 21 juillet, alors que la SNCF entend lui substituer « une réorganisation de la SA Voyageurs, fondée sur les principes de décentralisation, de performance et d’unité du groupe ferroviaire ». Selon la plateforme spécialisée Mobily-cités, Jean Castex avait émis plusieurs réserves sur D30. Un moyen, aussi, pour le PDG de la SNCF de calmer la fronde sociale, après la grève unitaire (CGT, Unsa, Sud, CFDT) massive du 10 juin.
« Ce mouvement de grève a constitué une première étape et a permis de faire bouger les lignes, se félicite la CGT cheminots, la balkanisation de l’entreprise et la logique d’abaissement des droits des cheminots, sous couvert d’une ouverture à la concurrence qui s’avère d’ores et déjà comme une scandaleuse gabegie financière, est une erreur d’aiguillage qu’il faut corriger pour remettre la SNCF sur la voie du service public. »
Une période d’incertitude s’ouvre à SNCF Voyageurs, alors que l’ensemble des lignes des TER, de Transilien et d’Intercités doit être soumis à appel d’offres d’ici à 2033. De plus, près de 25 % des parts de marché sont menacés, sur les TGV, par la concurrence privée, d’ici à 2030. « Afin de renforcer l’unité du groupe ferroviaire », le conseil d’administration de SNCF Voyageurs sera présidé par Laurent Trevisani, parallèlement directeur général délégué stratégie et finances de la SNCF.
Un moyen pour la holding de regarder de près les activités de sa filiale. Les bénéfices de cette dernière sont en effet redistribués à SNCF Réseau pour régénérer les infrastructures, au travers d’un fonds de concours. Pour éviter un effondrement, la SNCF doit encore trouver, avant 2028, 1 milliard d’euros supplémentaire pour atteindre un budget de 4,5 milliards par an, avant une réorientation attendue des bénéfices autoroutiers prévue d’ici à 2032.
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