
© Sergei Bobylev/TASS via ZUMA Press
Le sommet annuel des Brics + se tient ce week-end à New Delhi. L’occasion pour les pays membres, certes hétérogènes, de remettre en cause l’hégémonie du Nord global sur les plans diplomatique et économique.
Par Axel NODINOT
Classe travailleuse, femmes, minorités… Souvent, les opprimés veulent mettre fin à une domination, pas devenir les oppresseurs. Comme les pays du Sud global remettent en cause l’hégémonie de l’Occident, qui représente moins de 10 % de la population du globe, mais capte plus de 45 % du PIB et rejette 53,4 % des gaz à effet de serre. Mais toujours, les oppresseurs se positionnent en réaction pour protéger leurs intérêts. D’où la nécessité pour le Sud de se réunir, par exemple lors du sommet des Brics, ce samedi 12 et dimanche 13 septembre à New Delhi.
Dans la capitale indienne, Narendra Modi (Inde), Xi Jinping (Chine), Vladimir Poutine (Russie), Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud), Abdel Fattah al-Sissi (Egypte), Prabowo Subianto (Indonésie), Massoud Pezeshkian (Iran), Abiy Ahmed (Ethiopie), Khaled bin Mohamed bin Zayed Al Nahyan (Émirats Arabes Unis) échangeront « leurs visions sur le renforcement de la coopération intra-Brics ».
Seront aussi présents une dizaine de dirigeants alliés, tels que le président cubain Miguel Diaz-Canel, et le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Seul Luis Inacio Lula da Silva (Brésil) restera au pays pour sa campagne, et sera représenté par son chef de la diplomatie Mauro Vieira.
Le droit international sans cesse piétiné
La diplomatie sera justement au cœur des débats. Alors que le droit international, de Gaza au Darfour en passant par la Birmanie, est sans cesse piétiné, les États membres appellent à le défendre, ainsi que « les textes onusiens et la non-ingérence dans les affaires internes ».
Des solutions aux conflits actuels, à la guerre lancée par les États-Unis à l’Iran notamment, pourraient être discutées en coulisses. Même si les Emirats Arabes Unis ont coupé leurs liens commerciaux avec Téhéran. Quant au Pakistan, qui postule aux Brics depuis 2023, il sera absent de ce sommet pour les mêmes raisons qu’il n’a pas intégré l’organisation : le veto de l’Inde.
Cette affaire souligne l’hétérogénéité des membres, voire leurs différends. La guerre de l’eau que se livrent l’Ethiopie et l’Egypte sur le Nil bleu est un autre exemple. Mais le plus parlant est la rivalité historique sino-indienne. Certains observateurs s’attendent à une nouvelle étape de la détente entre New Delhi et Pékin, entamée ces derniers mois. Si Narendra Modi, soucieux de la relation entre Pékin et Islamabad, soigne ses relations avec les États-Unis, l’Union européenne et Israël, il s’écarte un peu de Washington et de l’imprévisibilité de Donald Trump.
Des accords bilatéraux pourraient être noués
C’est le cas de Xu Feihong. Dans une tribune pour The Hindu, l’ambassadeur de Chine en Inde appelle à « des actions concrètes » pour « être de bons amis, voisins et partenaires ». Et de rappeler « la reprise des cinq vols directs » entre les deux pays, « la réouverture du commerce frontalier après six ans de suspension », ainsi que « le renforcement des échanges et de la coopération à différents niveaux ». Ce week-end marquera notamment la première visite de Xi Jinping dans le pays le plus peuplé du monde depuis 2019. « L’idée est simple : vous ne pouvez pas grandir seul », a résumé un ministre indien lors des réunions en amont du sommet, durant lesquelles plusieurs accords mineurs ont été signés.
Du côté de l’économie, le nerf de la domination du Nord global sur le reste du monde, des accords bilatéraux pourraient être noués. Des discussions sont également lancées sur une future meilleure connexion des systèmes de paiement rapide et des monnaies numériques de banque centrale, selon New Delhi. Mais les Brics +, qui ne constituent pas un bloc, ont aussi leurs limites. Le processus de « dédollarisation » des échanges est encore embryonnaire, et l’organisation continue de prôner le libre-échange et l’Organisation mondiale du commerce, certes sur un modèle « gagnant-gagnant » tel que celui de l’Initiative de la Ceinture et de la Route chinoise.
Une posture presque antinomique avec les objectifs du sommet que sont la résilience et le développement durable. La nécessité d’une souveraineté sur les chaînes de production, agricoles, est notamment avancée par les États membres. Reste le multilatéralisme comme phare : après Delhi, le prochain voyage de Xi Jinping l’emmènera à Washington, autour du 24 septembre.
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