
Tirana, Albanie le 15 octobre 2026. Les manifestations se poursuivaient pour la troisième journée consécutive pour dénoncer les conditions dans les universités et réclamer la démission du premier ministre albanais Edi Rama.© Armend NIMANI / AFP
Depuis mardi 13 octobre, le mouvement de contestation a pris une tournure de plus en plus violente face au mépris du premier ministre. Près de 1 000 personnes ont été interpellées dans ce pays de 2,4 millions d’habitants. Edi Rama refuse de démissionner.
Par Vadim KAMENKA
Durrës, Vlora, Elbasan, Korça, Shkodër, Gjirokastra, le mouvement de contestation s’étend en Albanie. En ce septième jour de mobilisation, le premier ministre Edi Rama persiste. « Les manifestations sont un droit, tandis que la violence est un crime. Cette ligne rouge doit être clairement tracée à ce stade critique de notre développement démocratique », a affirmé le dirigeant albanais dans un message publié sur Facebook, lundi et refuse de démissionner.
Après quatre mois, la « Révolution des flamants roses » a pris une nouvelle tournure le mardi 13 octobre. Les protestations quotidiennes qui ont débuté le 31 mai, contre la corruption des autorités symbolisée par le projet immobilier et d’hôtel de luxe sur l’île de Sazan porté par la famille Trump et Jared Kushner et ses conséquences écologiques s’essoufflaient.
« Nous manifestons depuis 140 jours. Un grand nombre de personnes en ont assez de ne pas avoir leur mot à dire dans les décisions, tandis que les oligarques et le crime organisé s’emparent des espaces albanais », explique l’écrivain progressiste Fatos Lubonja.
Edi Rama symbolise la colère
Dans la capitale albanaise, à Tirana, des rassemblements se sont encore tenus ce lundi. Plusieurs centaines de personnes ont été devant le ministère de l’Éducation en scandant « Rama, démission ». D’autres ont maintenu le boycott des cours. Les appels à la démission du premier ministre albanais n’ont pas cessé dans ce pays des Balkans de 2,4 millions d’habitants.
En poste depuis 2013, Edi Rama incarne la colère. Le mépris des autorités a attisé cette exaspération analyse de nombreux observateurs sur place. « Notre unique revendication est la démission immédiate d’Edi Rama et de son gouvernement. Nous sommes motivés par une série de problèmes, mais nous ne nous attendons pas à ce qu’ils soient résolus par la personne même qui les a causés — quelqu’un qui détient le pouvoir depuis treize ans », témoigne Emir Leçini, 22 ans, étudiant en informatique pour le Courrier des Balkans.
Ces derniers dénoncent les conditions de vie, le manque de perspectives économiques, les logements délabrés, la corruption. « Ceux qui entravent, sous-estiment ou refusent d’écouter une révolution pacifique rendent les réactions violentes inévitables. Les espoirs de changement avaient été placés dans le système judiciaire et les partenaires occidentaux. Mais, selon mon interprétation, les Européens privilégient les considérations géopolitiques liées à l’élargissement aux Balkans et font semblant de ne pas voir ce qui se passe. Ils acceptent le discours présentant l’Albanie comme une ”réussite”. Cela attise la colère », écrit Fatos Lubonja dans le quotidien italien Il Fatto Quotidiano.
Une violence inédite
Ministères, tribunaux, banques, commerces, commissariat de police, de multiples dégâts ont été recensés dans la capitale. Tirs de mortier, gaz lacrymogène, canons à eau, cocktails molotov, les affrontements sont quotidiens entre manifestants masqués et cagoulés face aux forces de police. Plus de 1 000 personnes ont été arrêtées.
Ce dimanche 18 octobre, elle a pris néanmoins un tour extrêmement violent. « Le boulevard des Martyrs de la Nation s’est transformé en véritable zone de combat. Les forces de l’ordre, équipées de boucliers, masques à gaz et véhicules lanceurs d’eau, ont fait usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Les policiers tirent au fusil à pompe vers les manifestants ; deux journalistes de l’agence Reuters ont été touchés ainsi que plusieurs journalistes et photojournalistes albanais », décrit le Courrier des Balkans. Depuis la chute de l’URSS, personne n’a souvenir d’un tel mouvement.
URL de cet article: https://lherminerouge.fr/wp-admin/post.php?post=111163&action=edit
Article suivant :
Article précédant :
