« Toute la semaine, on n’a que des corps putréfiés » : à Nantes, le service mortuaire se met en grève (H.fr-8/07/26)

Dans un communiqué, la CGT CHU Nantes multiplie les alertes : « Une collègue est restée toute seule (le 1er juillet) au service mortuaire durant trois heures et demie. © Sebastien ORTOLA/REA

Au CHU de Nantes, sept agents du service mortuaire sont mobilisés depuis mercredi. En cause, le sous-effectif et un manque de moyens critique.

Par Chloé BODIN-SZCZYGLAK

Les négociations qui se sont tenues entre la CGT et la direction du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes n’auront pas suffi à apaiser les tensions. La grève a bien débuté ce mercredi à l’hôtel-dieu du CHU et implique la quasi-totalité des neuf agents du service funéraire. Le syndicat revendique, entre autres, davantage de moyens à travers une prime mortuaire, ainsi que des renforts dans une équipe qui peine à garder la tête hors de l’eau.

Une hausse de 30 % des décès

« On n’a eu aucune réponse écrite de la part de la direction », déplore Olivier Sabin, secrétaire de la CGT au CHU de Nantes, au lendemain des échanges avec l’administration. « C’est assez inédit chez nous. Ils n’ont pas pris le sujet à la hauteur des enjeux », regrette le syndicaliste. Le manque de place pour les défunts, combiné à une hausse de la mortalité en cette période de canicule, a fait ressortir le problème de sous-effectif qui frappe la profession aujourd’hui.

« L’activité continue d’augmenter alors qu’on a deux arrêts qui ne sont pas remplacés depuis le mois de mars », souligne Olivier Sabin. « La semaine dernière, on a enregistré une hausse de 30 % des décès », alerte le secrétaire de la CGT CHU. Et, à Nantes, les chambres funéraires sont saturées : « Sur 40 d’entre elles, il n’y en avait qu’une de libre hier. » Des conditions de travail également dégradées par la panne de deux congélateurs non réparés à ce jour.

« Toute la semaine, on n’a que des corps putréfiés »

Dans un communiqué, la CGT CHU Nantes multiplie les alertes : « Une collègue est restée toute seule (le 1er juillet) au service mortuaire durant trois heures et demie. » Face à ce climat de tension, les professionnels craignent de devoir se mettre en arrêt malgré leur obligation de service public. « Les collègues se remplacent entre eux, ils tiennent le service à bout de bras », ajoute Olivier Sabin, soucieux. « Toute la semaine, on n’a que des corps putréfiés », complète une agente qui souhaite rester anonyme. « Au vu des conditions actuelles, on demande à la direction de nous accorder des renforts conséquents pour compenser tout le retard accumulé, poursuit-elle, ainsi qu’une prime propre aux agents de service mortuaire. »

Mais, pour l’équipe médico-légale, la situation est en passe de devenir encore plus critique dès ce week-end : « Vendredi soir, il n’y aura plus de secrétariat », signale l’une des aides-soignantes. Pour pouvoir assurer les missions administratives, la direction du CHU a ainsi prévu de réduire la plage horaire de l’accueil des familles. « On n’a pas de moment de calme, témoigne l’agente, on est déjà programmés pour des autopsies jusqu’au 17 juillet. »

Elle l’assure : l’ensemble du service porte un même discours. « C’est une action solidaire, il y a un ras-le-bol vécu par tout le monde. La grève se prolongera jusqu’à ce qu’on obtienne satisfaction », précise-t-elle. « Les seuls qui n’auront pas à en pâtir seront les familles », affirment-ils à l’unanimité. En attendant, les fonctionnaires promettent de faire tourner le service au ralenti.

Source: https://www.humanite.fr/social-et-economie/funeraire/toute-la-semaine-on-na-que-des-corps-putrefies-a-nantes-le-service-mortuaire-se-met-en-greve

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