
© Livia Saavedra
La Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale appelle ce samedi 4 juillet à de grandes marches partout en France en hommage à la collégienne assassinée Lyhanna. Associations et députés engagés réclament une législation ambitieuse, incluant la prévention et la réparation, à l’opposé des propositions pingres et sécuritaires du gouvernement.
Par Kareen JANSELME
C’est un mouvement né comme une vague et dont beaucoup attendent le déferlement, comme en Espagne, pays européen inspirant en matière de féminisme. L’affaire Lyhanna – comme autrefois le viol de la Manada à Pampelune – a-t-elle créé le déclic tant attendu pour renverser un système patriarcal, ou de façon plus réaliste, enclencher une remise en question de nos modèles de justice et de prise en compte des violences sexuelles ?
Depuis un mois désormais, chaque lundi soir, citoyennes et citoyens, associations féministes et enfantistes, personnes victimes et figures médiatiques se pressent devant les tribunaux et le ministère de la Justice. Au-delà d’un hommage à la collégienne de 11 ans assassinée dans le Gers, la foule réclame une loi complète, exhaustive, qu’elle nomme loi intégrale et sur laquelle ont déjà planché 150 associations, ONG et syndicats depuis plusieurs années contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
90 manifestations féministes et enfantistes ce 4 juillet
La marche parisienne s’ébranlera à 15 heures de Bastille, ce samedi 4 juillet, jusqu’à Nation. À l’arrivée, collectifs et associations s’exprimeront ensemble, puis des victimes prendront la parole. La journée de mobilisation se terminera par un concert aux signatures engagées ; 90 autres manifestations auront aussi lieu partout en France.
Un rendez-vous tardif à quelques mois des présidentielles
Ce samedi 4 juillet, la Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale entend rassembler plus largement dans plusieurs grandes marches en France, avant de reprendre les mobilisations dès le 7 septembre. Ses propositions ont été largement reprises dans le texte déposé le 2 décembre 2025 par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez.
Six mois plus tard, les 130 députés transpartisans la soutenant (hors RN, UDR et LFI) déploraient toujours son absence à l’agenda du Parlement. Le texte sera finalement examiné en octobre, a lâché Sébastien Lecornu le 23 juin, contraint par la force des mobilisations. Un rendez-vous tardif à quelques mois de la présidentielle.
« Sans priorité politique à ce stade, je suis extrêmement sceptique quant au fait qu’on puisse terminer la navette parlementaire, mais notre job de parlementaires est de tout faire pour que ça arrive et être à la hauteur du travail des associations de terrain », réagit l’écologiste Marie-Charlotte Garin, qui, dès mai 2024, avait interrogé le gouvernement sur la mise en place d’une loi intégrale. C’est une raison invoquée par LFI pour ne pas soutenir ce texte-là.
Interrogations sur le financement et le risque d’instrumentalisation
« Je suis aussi sceptique sur la question du financement, ajoute la députée du Rhône. Si le gouvernement n’est pas capable de le garantir, ce sera une nouvelle preuve de mépris non seulement pour les victimes, mais pour toutes les personnes qui sont mobilisées dans la rue. »
D’autres voix militantes s’inquiètent du piège de la surenchère pénale tendu par le gouvernement, et craignent une instrumentalisation du texte. L’exécutif tente déjà de réduire son nombre d’articles, évoquant d’autres lois qui pourraient les contenir. Mais les associations sur le pont ne veulent pas d’une loi morcelée ou incomplète et ne comprennent pas qu’une loi-cadre contre les violences sexuelles ne soit pas portée par le gouvernement.
« On ne peut plus détourner le regard sur ce qui se passe »
Dans la société, l’élan est là. La convergence aussi. Récemment, les associations enfantistes ont pris leur place dans les manifestations féministes du 25 novembre et du 8 mars. « Il y a eu tellement d’affaires de violences faites aux enfants, qu’aujourd’hui, on ne peut plus détourner le regard sur ce qui se passe, analyse Claire Bourdille, qui a créé le Collectif enfantiste en 2022. Le féminisme est aussi à l’origine du #MeTooInceste, mais ce qui change là, c’est qu’il met des mots sur le mouvement enfantiste. Il est aussi en train de porter l’adultisme comme un système de domination qui se croise avec le sexisme. Ça reste fragile, mais les féministes sont en train de faire ce pas-là. »
80 % des violences sexuelles déclarées commencent avant 18 ans. « On ne peut pas nier le fait qu’elles sont donc liées au statut de l’enfance, insiste Claire Bourdille. En France, nous sommes en retard sur les droits des enfants, sur l’analyse des violences et leurs racines. L’adultisme, c’est la manière dont on considère les enfants, la manière dont on les éduque, la manière dont on considère leurs droits. »
Que la loi intégrale soit votée ou non avant l’échéance présidentielle, ces questions féministes et enfantistes ne pourront désormais être évacuées de la campagne à venir. « Les femmes et les enfants d’abord », affirme l’adage. Vraiment ?
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