Tribune-«Les marches pour le climat et la justice sociale doivent être aussi antiracistes et anticoloniales» (reporterre-24/09/26)

La marche pour le climat, renommée «marche des résistances», le 29 septembre 2025. – © NnoMan Cadoret / Reporterre

Les auteurs de cette tribune appellent à manifester « ensemble, sans effacer les voix » lors de la marche climat du 26 septembre. Pour une « libération collective et totale », ils demandent à tous de se « mobiliser concrètement contre le colonialisme et le racisme ».

Par des militants écologistes, antiracistes et décoloniaux

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« Les marches pour le climat et la justice sociale doivent être aussi antiracistes et anticoloniales »

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Des militants écologistes, antiracistes et décoloniaux

24 septembre 2026 à 18h03Mis à jour le 26 septembre 2026 à 07h00

Durée de lecture : 8 minutes

Les auteurs de cette tribune appellent à manifester « ensemble, sans effacer les voix » lors de la marche climat du 26 septembre. Pour une « libération collective et totale », ils demandent à tous de se « mobiliser concrètement contre le colonialisme et le racisme ».

La liste des signataires se trouve en bas de texte.


Le 26 septembre, nous marcherons pour le climat, pour le vivant, pour la paix et pour la justice sociale. Nous marcherons parce que les crises qui bouleversent nos vies se nourrissent les unes des autres. Les « crises environnementales », qu’il s’agisse du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversité ou d’autres pollutions chimiques, ne peuvent être traitées indépendamment des systèmes de domination coloniale et impérialiste. Toutes les populations ne sont pas logées à la même enseigne face à ces problématiques environnementales. 

Nous appelons les associations, les collectifs, les syndicats et toutes celles et ceux qui refusent ces injustices à rejoindre cette marche. Nous les appelons aussi à reconnaître pleinement la place d’un cortège anticolonial et antiraciste, secteur dont les mobilisations et revendications sont trop souvent invisibilisées ou « tokenisées » [instrumentalisées pour donner un vernis de diversité] par les organisations écologistes. Nous ne le répéterons jamais assez : la convergence des luttes, ça n’est pas à sens unique !

Pas de justice climatique sans lutte anticoloniale et antiraciste

Les populations qui subissent le plus durement les conséquences du changement climatique sont celles qui ont le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre et à la destruction du vivant. 

Dans le Sud global, les mêmes logiques coloniales se poursuivent, comme l’accaparement des terres et des ressources au service d’une prétendue « transition énergétique ». Celle-ci profite uniquement aux populations occidentales et aggrave l’extractivisme, notamment au Congo pour les minerais, comme en parle bien Génération Lumière. Les militant·es écologistes sont aussi les premières victimes de la répression, que ce soit au Brésil ou au Mexique. 

Dans les quartiers populaires, les personnes racisées sont confrontées à une réelle injustice climatique, comme le souligne Ghett’up, en raison de logements mal isolés, d’un air pollué ou du manque d’espaces verts.

Lire aussi : Banlieues Climat, Ghett’up… Ces collectifs bousculent le mouvement écologiste

Parler de justice climatique sans parler de colonialisme revient à décrire les conséquences sans nommer les causes. Défendre le « vivant » sans nommer ni défendre les peuples humains et les non-humains qui le protègent revient à réduire l’écologie à la préservation d’espaces, en oubliant celles et ceux qui y vivent et qui résistent bien avant ces marches pour le climat. Considérer comme hors de notre champ d’action les violences policières, les politiques anti-immigration, les génocides, c’est ignorer que c’est précisément la hiérarchisation des vivants qui nous a menés ici.

Une écologie de la libération qui ne hiérarchise pas les luttes

Nous refusons une écologie libérale et compatible avec le capitalisme qui se limite aux gestes individuels, aux marchés carbone ou à une simple transition technologique. Nous refusons également une écologie qui dénonce certaines violences tout en restant silencieuse face au racisme, islamophobie, négrophobie et antitziganisme, au racisme d’État qui vise à fermer les frontières et aux violences coloniales. Nous ne voulons pas d’une écologie qui se taise sur le génocide perpétré par Israël en Palestine, au Soudan par les Forces de soutien rapide ou sur le Genocost (génocide pour des gains économiques) au Congo pour les profits économiques. 

Les luttes antiracistes, anticoloniales et décoloniales, féministes, sociales, antispécistes, enfantistes, antivalidistes et écologistes ne sont pas concurrentes. Elles sont un même combat pour une libération collective et totale. Elles défendent une même exigence : qu’aucune personne ne soit sacrifiée au profit d’une classe dominante.

« La justice est la condition de la transition écologique »

La justice est la condition de la transition écologique. On ne peut pas demander des efforts à celles et ceux qui peinent déjà à se loger, se chauffer, se déplacer ou se nourrir, tandis que les grandes entreprises et firmes agrochimiques continuent de polluer et que les plus riches concentrent les ressources. On ne peut pas parler de paix sans dénoncer les industries d’armement, les occupations coloniales et génocides en cours, les destructions de territoires et les déplacements forcés de populations. On ne peut pas défendre la biodiversité sans remettre en cause les mécanismes d’exploitation qui transforment les terres, l’eau et les êtres vivants en marchandises. On ne peut pas parler de répression des luttes écologistes actuelles sans prendre en compte celles et ceux qui se battent et se sont battus contre ce même système de domination et de spoliation dont ils et elles ont longtemps été la cible principale.

Un front unique nécessaire contre le colonialisme et contre le racisme

Si les premiers et premières concerné·es viennent marcher le 26 septembre, ce n’est pas pour être de simples cautions. Les premiers et premières concerné·es ne sont pas venu·es pour récolter des applaudissements sans lendemain.

Nous sommes tous là parce que nous sommes touchés de près par les sujets environnementaux, et nous venons chacun avec notre vécu et nos préoccupations.
Nous demandons à tous de se mobiliser concrètement contre le colonialisme et le racisme, pas seulement à cette marche, mais tout au long de l’année.

Nous vous demandons entre autres : 

  • De reconnaître la blanchité dans les organisations écologistes et de lutter contre toute forme de racisme, en vous formant sur cette oppression systémique ;
  • de soutenir les luttes antiracistes des familles de victimes de violences policières en se mobilisant par exemple contre “la loi permis de tuer” sur la durée, de lutter contre l’islamophobie d’État et d’abolir les lois islamophobes de 2004 ou la loi contre le séparatisme ;
  • de soutenir les luttes dans les territoires colonisés par la France, comme les luttes contre le chlordécone en Guadeloupe et en Martinique et de dénoncer le pouvoir des békés, les luttes contre l’extractivisme en Guyane, les luttes pour les réparations suite aux essais nucléaires en Algérie et en Polynésie, et bien d’autres encore ;
  • de se mobiliser le 3 octobre prochain avec Cancer Colère, la Confédération paysanne ou Les Soulèvements de la Terre contre le colonialisme chimique dans l’Eure ;
  • de dénoncer la Françafrique et les intérêts économiques français partout en Afrique, où vivent les premières victimes des empires Bolloré et Castel ;
  • de soutenir les luttes pour la libération de la Palestine, en soutien au peuple soudanais, congolais, et à toutes les luttes contre l’impérialisme et le colonialisme dans le monde ;
  • de se mobiliser toute l’année pour la liberté de circulation, et contre des frontières qui tuent en France et en Europe.

Lire aussi : « La prochaine victime, ça pourrait être moi » : la loi sur le « permis de tuer » inquiète les militants écologistes

L’unité ne consiste pas à gommer les désaccords ni à demander aux personnes dominées de patienter au nom d’une cause générale. L’unité se construit dans l’écoute, la solidarité et la reconnaissance des rapports de pouvoir et de nos impensés qui traversent aussi nos propres organisations.

Marcher ensemble, sans effacer les voix

Le 26 septembre, nous marcherons avec nos différences, mais dans une même direction. Nous marcherons pour un monde où la protection du « vivant » ne sert pas de prétexte à l’exclusion, où la paix ne signifie pas le silence imposé aux peuples, où la transition écologique ne reproduit pas les rapports coloniaux.

Le 26 septembre, faisons des marches pour le climat, le monde vivant entier, humains et non-humains la paix et la justice sociale un espace de convergence véritable mais durable : un espace où les luttes antiracistes ou anticoloniales ne sont pas juste applaudies, mais qui marque une implication sur la durée du mouvement écologiste. 

Soyons aussi présent.es le 3 octobre devant l’usine Syngenta contre le colonialisme chimique dans l’Eure et le 10 et 11 octobre contre la loi Omnibus.

Rejoignons les marches et les mobilisations. Rejoignons les cortèges anticoloniaux et antiracistes. Marchons pour le climat, le vivant, pour la paix et pour la justice – sans oublier celles et ceux qui sont trop souvent oubliés.

Information sur la marche : 26septembre.org

Signatures individuelles :

  • Kim Vo Dinh, membre fondateur du Collectif Vietnam-Dioxine, responsable dans l’Union générale des Vietnamiens de France, coprésident de Combat Monsanto, vice-président de Bio consom’acteurs, membre d’Extinction Rebellion
  • Malcom Ferdinand, universitaire
  • Boulomsouk Svadphaiphane, artiste engagée
  • Lucie Chhieng, membre de Planète Boum Boum
  • Kamera Vesic, fondatrice de l’association d’écologie populaire Pikpik
  • Cyril Dion, réalisateur et militant écologiste

Signature organisations des premiers et premières concerné·es :

  • L’Assemblée pour des soins antiracistes et populaires
  • Diasporas solidaires avec les victimes de l’empoisonnement colonial
  • Victoires populaires
  • Survie

Si vous souhaitez signer la tribune, utilisez ce formulaire.

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Source: https://reporterre.net/Les-marches-pour-le-climat-et-la-justice-sociale-doivent-etre-aussi-antiracistes-et

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