« Une catastrophe » : au nord de Quimper, l’Odet, déjà à sec, se referme en piège mortel sur les poissons (OF.fr-23/07/26)

Au centre de l’image, ce mince filet d’eau est tout ce qui permet encore l’écoulement de l’Odet dans cette portion de rivière entre Langolen et Trégourez, au nord de Quimper (Finistère). | OUEST-FRANCE

Le niveau et le débit de l’Odet en amont de Quimper (Finistère) ont atteint un niveau extrême pour une fin de mois de juillet. Les truites fario et autres poissons étouffent par manque d’oxygène.

Par Tristan DURAND

« Voilà, c’est l’Odet ! C’est hallucinant. » Julien Le Dez n’en croit pas ses yeux, les bottes plantées dans une espèce de mélasse noire, mélange d’eau stagnante et de renoncules en putréfaction. Ici, dans ce méandre de rivière entre Trégourez et Langolen (Finistère) situé à plus de 15 km de la source, l’Odet s’est transformé en une succession de petites mares, où il est devenu bien difficile de déterminer à l’œil nu dans quel sens et par quel miracle l’eau s’écoule encore jusqu’à la mer.

Des étiages de la sorte arrivent habituellement à la fin du mois d’août. Là, on a cinq semaines d’avance et les modèles météos ne prévoient pas de pluie d’ici les deux prochaines semaines, lâche, hébété, le technicien du Sivalodet, le syndicat mixte en charge de la gestion du bassin versant.

Les truites fario, premières victimes

Le spécialiste participait jeudi 23 juillet 2026 à une “pêche de sauvetage” organisée en partenariat avec la Fédération départementale de pêche et plusieurs associations de pêche du secteur. Comme un peu plus en amont, la semaine précédente, une vingtaine de volontaires avaient chaussé les bottes pour extraire à l’épuisette le maximum de truites fario piégées dans les poches d’eau chaude. Le salmonidé est particulièrement sensible au manque d’oxygène provoqué par le réchauffement de l’eau et la prolifération d’algues.

Dans une eau qui dépasse allègrement les 20 °C, les truites fario sont les premières à souffrir du manque d’oxygène. | OUEST-FRANCE

En l’espace d’une matinée, 408 truites et 12 petits saumons ont été sortis de l’eau sur un linéaire de 2,5 km, avant d’être replongées quelques heures plus tard en aval, du côté d’Ergué-Gabéric, où les conditions sont plus propices à leur survie. On sauve ce qu’on peut sauver, mais c’est une catastrophe. Il y a sans doute déjà beaucoup de mortalité, souffle Mathieu Le Bouter, de la Fédération de pêche du Finistère. Le responsable ne le cache pas : il a le moral dans les chaussettes en voyant l’état de la rivière et l’impact sur ses espèces aquatiques.

Les pêcheurs ont recours à la pêche électrique pour étourdir les poissons avant de les ramasser à l’épuisette. | OUEST-FRANCE

Cette crise est déjà historique

À ses pieds, un mince filet d’eau d’à peine 10 cm de large constitue le dernier fil d’Ariane permettant l’écoulement de l’Odet. Image saisissante de ce fleuve de 62 km, gonflé par les marées dans le centre de Quimper, mais qui ne subsiste ici que par un débit plus faible que celui d’un tuyau d’arrosage. Pendant qu’on déverse truites, lamproies, vairons et anguilles dans les bacs de transfert, les spécialistes s’interrogent sur l’intérêt de multiplier ces pêches de sauvetage. Avant, on en faisait de manière très exceptionnelle. Mais là… 2022, 2024, 2026, et à chaque fois de plus en plus tôt dans l’été, mesure Julien Le Dez, le technicien du Sivalodet. Il va arriver un moment où ces espèces ne seront plus adaptées aux nouvelles conditions du milieu.

Si les truites fario sont les principales cibles de l’opération de sauvetage, car plus fragiles, les autres espèces de la rivière en profitent, comme les anguilles, vairons et autres lamproies. | OUEST-FRANCE

L’opération sauvetage de jeudi relevait de l’inédit, à ce stade de l’année et aussi loin en aval, pour les pêcheurs locaux comme pour Mathieu Le Bouter, qui l’assure : C’est la sécheresse la plus grande que notre génération ait vécue. Selon l’évolution de la situation, d’autres opérations de ce type pourraient être organisées dans les semaines à venir.

Source: https://www.ouest-france.fr/meteo/secheresse/une-catastrophe-au-nord-de-quimper-lodet-deja-a-sec-se-referme-en-piege-mortel-sur-les-poissons-7ae52dc8-867b-11f1-94d8-e478b94a49e4

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