
Les députés de l’Assemblée du territoire ont adopté, dans la nuit de jeudi 24 septembre, un texte appelant à l’envoi d’une mission d’information des Nations unies et à l’ouverture d’un dialogue avec l’État français. Cette première étape, bien qu’historique, ne présage en rien de l’avenir de l’archipel. Même si la question de l’indépendance reste posée.
Par Benjamin KÖNIG
Souvent ignoré, le sujet de l’avenir institutionnel de la Polynésie, avec en filigrane la question de l’indépendance, est pourtant structurant au « fenua », le pays en tahitien. Ce jeudi, une étape historique a été franchie, avec le vote à la quasi-unanimité (54 pour, 2 abstentions) de l’Assemblée de Polynésie en faveur d’une résolution demandant la mise en place d’une mission d’information de l’ONU sur le territoire et un dialogue avec l’État français sur le futur de l’archipel.
Le président de l’Assemblée de Polynésie, Antony Geros, dirigeant du parti de gauche indépendantiste Tavini huiraʻatira (« Servir le peuple », en français) évoque « un moment historique dans la vie politique de notre pays. »
« Choisir librement, démocratiquement, pacifiquement »
L’élu s’est félicité de ce vote : « Depuis des décennies, l’avenir institutionnel de la Polynésie française nous divise. Aujourd’hui, nous ne nous sommes pas mis d’accord sur l’indépendance ou sur le maintien au sein de la République française, mais nous nous sommes mis d’accord sur ce qui précède ces choix, c’est-à-dire le droit du peuple polynésien de disposer des conditions lui permettant, le moment venu, de choisir librement, démocratiquement, pacifiquement et en connaissance de cause de son avenir ».
Le texte adopté mentionne trois points : premièrement, une visite de l’ONU, avec l’accord de l’État français. Ensuite une phase de réflexion avec l’État et l’ONU sur la meilleure façon d’informer la population sur les choix possibles, enfin un dialogue avec la France concernant les modalités du processus d’autodétermination.
Sur la liste onusienne des territoires à décoloniser
Le signal envoyé est clair : à Papeete, la question de l’avenir institutionnel transcende l’ensemble des partis politiques, même si, à la différence d’autres territoires ultramarins, pas question de s’engager dans un bras de fer, ni même de division fratricide entre Maohis.
Toutefois, faut-il le rappeler, la Polynésie, abusivement appelée française, est inscrite depuis 1993 sur la liste onusienne des territoires à décoloniser, une victoire acquise de haute lutte par le Tavinihuiraʻatira et Oscar Temaru, le leader historique indépendantiste.
Lors du vote de la résolution, Oscar Temaru n’a pas pris part au scrutin. Mais c’est tout de même lui qui a forcé la main à ses collègues députés polynésiens. Fin août, l’inlassable partisan de l’émancipation du peuple maohi avait annoncé qu’il se rendrait à New York pour proclamer l’accession de la Polynésie à la « pleine souveraineté » à l’occasion de la prochaine réunion du fameux Comité spécial de la décolonisation de l’ONU.
Une déclaration sans effet et unilatérale – Oscar Temaru n’a d’ailleurs pas le soutien du Tavini sur ce point – mais qui a le mérite du coup d’éclat, obligeant chacun à se positionner.
Un début de processus
L’autre parti indépendantiste de l’Assemblée, le A Fano Ti’a (« Gardons le cap », en français) a voté le texte. Son dirigeant, l’ancien député Tematai Le Gayic, a indiqué que « la prochaine étape est une rencontre entre l’ensemble des groupes politiques, les dirigeants du comité des 24 et de la 4e commission des Nations unies. On a demandé aussi à rencontrer l’ambassadeur de France à l’ONU pour avoir le retour de l’État français. »
Mais si les principales forces politiques de l’archipel ont toutes voté ce début du processus, la suite donne lieu à des désaccords. Ainsi, pour la droite autonomiste, un terme qui en Polynésie signifie la volonté d’un maintien dans la France, il n’est pas question que cela débouche sur une indépendance.
Au contraire, pour Tepuaraurii Teriitahi, la représentante du parti Tapura huiraʻatira (« Liste du peuple », en français), l’objectif est que « cette mission de visite soit un moyen pour l’ONU de venir constater la qualité de vie en Polynésie (…), leur montrer qu’en soi l’autonomie est un plus et non pas un frein comme le défendent nos amis indépendantistes ».
Le parti héritier de la droite de Gaston Flosse, aujourd’hui dirigé par Édouard Fritch, avait cadré le débat, condition à son vote de la résolution : « Une mission d’information des Nations unies ne doit pas être conçue comme une mission venant prendre position pour l’indépendance ou pour le maintien du statut actuel. Elle doit permettre de regarder la réalité polynésienne telle qu’elle est. »
Ce premier jalon vers un processus d’autodétermination ne détermine donc en rien le futur institutionnel de la Polynésie. Mais il rappelle à la France que le peuple maohi a bien l’intention de s’emparer de son avenir et que l’État doit dialoguer, et au monde que l’archipel reste un territoire à décoloniser.
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