Visite de Léon XIV : un pape apôtre du multilatéralisme (H.fr-23/09/26)

Le Vatican s’oppose à la doctrine ultrasouverainiste des États-Unis. Lors de ses déplacements au Liban et en Turquie, Léon XIV a appuyé sur cet aspect.
© Handout / VATICAN MEDIA / AFP)

Le pontificat de Léon XIV, élu pape en mai 2025, est marqué par l’opposition à l’impérialisme de Donald Trump. Il promeut un ordre mondial soucieux du rôle des Nations unies et des droits humains.

Par Gaël DE SANTIS

Le Vatican compte plus d’ambassadeurs qu’il ne couvre d’hectares : 120 nonces apostoliques pour 44 ha. Fort d’1,3 milliard de catholiques, le plus petit État du monde affiche une capacité d’influence et de médiation importante.

« Les relations internationales entretenues par un pape ne sont pas comparables à celles d’un chef d’État, car les « intérêts » défendus par l’Église sont d’abord ceux de la liberté religieuse et de ses garanties pour les catholiques dans les pays où ils sont implantés », rappelait Celestino Migliore, le nonce apostolique à Paris, lors d’une rencontre avec les députés le 12 mai dernier, organisée par Service pastoral d’études politiques. Mais la vocation de la diplomatie vaticane va bien au-delà.

Lors d’une réception à l’ONU en mai 2025, après l’élection de Léon XIV, le cardinal Parolin avait rappelé les fondamentaux de la diplomatie vaticane : œuvrer pour « un monde de plus grande justice, solidarité et paix ». De paix, il en sera question symboliquement lors de la visite d’État du pape en France. Le Saint-Siège a demandé que la voilure des hommages militaires à son arrivée soit réduite.

Une opposition à la Maison-Blanche

Le pontificat de Léon XIV, ressortissant américain, est marqué par une originalité : l’opposition à Donald Trump. Face aux coups de boutoirs de la Maison-Blanche, Léon XIV défend « l’esprit d’Helsinki », en référence à un cycle de conférences, entre 1973 et 1975, qui affirme qu’au-dessus de la souveraineté des États, il y a les droits des citoyens. Aussi, le pape a-t-il qualifié de « vraiment inacceptables » les propos de Donald Trump en avril dernier sur l’Iran indiquant qu’« une civilisation entière va mourir cette nuit ».

Il a également dénoncé le « désir de toute puissance » des États-Unis.De par sa nationalité, le pape constitue un « contre-pouvoir à Donald Trump », à l’heure où « la voix de l’Amérique est à l’origine de tant de guerres et nouveaux conflits », avance Constance Colonna-Cesari, autrice de Urbi et orbi. Enquête sur la géopolitique vaticane (La Découverte, 1992).

Pour autant, Léon XIV n’attaque pas frontalement les autorités de son pays d’origine. Il « joue sur le long terme. Il s’exprime avec force mais indirectement, laissant les critiques les plus directes aux évêques locaux et à l’appareil diplomatique du Vatican. Sa méthode est là : ne pas concentrer la parole, mais la mettre en circulation », décryptait Celestino Migliore, le 12 mai.

Là où le pape François « dénonçait avec bruit les inégalités sociales et fractures liées à la mondialisation, le pape Léon XIV apporte une inflexion, insistant sur les médiations institutionnelles, les institutions internationales, qui sont les lieux propices pour dépasser les divisions », expose François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique des religions.

L’importance des « institutions multilatérales »

Aussi le Vatican s’oppose-t-il à la doctrine ultrasouverainiste des États-Unis. Lors de ses déplacements au Liban et en Turquie, Léon XIV a appuyé sur cet aspect. Devant le corps diplomatique à Ankara (Turquie), en novembre, il a ainsi souligné que « la paix ne peut pas dépendre du seul équilibre des puissances. Elle exige une confiance renouvelée dans le droit international et dans les institutions créées pour les protéger ».

Il a rappelé qu’« aucun État ne peut prétendre assurer sa propre sécurité en affaiblissant l’ordre juridique universel » et insisté sur le besoin de renforcer « les institutions multilatérales ». Au Liban, il a critiqué la tendance des grandes puissances à invoquer le droit international « de manière sélective ».

Au-delà de l’aspect institutionnel, Léon XIV invite à promouvoir une culture de paix. Lors de sa première apparition au balcon de la basilique Saint-Pierre, juste après son élection, le pape a dit souhaiter une « paix désarmée et désarmante », qui ne soit fondée ni sur la peur ni sur la menace, mais s’ancre dans la confiance et l’empathie. Un thème repris depuis dans ses déplacements.

Léon XIV s’attache également à rappeler l’importance de la Déclaration universelle des droits de l’homme. « Le monde est ravagé par une poignée de tyrans », a-t-il déclaré dans la cathédrale de Bamenda, au Cameroun, le 16 avril.

Alors que le pays fait face à des problèmes de corruption, mais aussi de place accordée aux populations anglophones, la veille, en présence du président Paul Biya, en poste depuis 1982, il avait insisté : « Servir son pays, c’est se consacrer au bien commun de tout le peuple : de la majorité, des minorités, dans leur harmonie réciproque. »

Une inflexion sur la Russie

La position du Saint-Siège évolue sur le dossier ukrainien. François, qui n’a jamais dénoncé la Russie, a plusieurs fois semblé mettre les deux belligérants sur le même plan, en appelant, par exemple, Russes et Ukrainiens à hisser le drapeau blanc.

« La position du pape François avait gêné la diplomatie vaticane », rappelle Constance Cesari-Colonna. Autre style, Léon XIV, qui en 2022 avait parlé d’« invasion impérialiste », tient, depuis qu’il est à la tête de l’Église, un discours plus ferme. Cela ne l’empêche pas de « proposer sa médiation » qui, comme souvent pour le Saint-Siège, « passe par le cadre humanitaire », rappelle François Mabille.

L’action vaticane a ainsi joué un rôle important pour obtenir des échanges de prisonniers, ou le retour d’enfants ukrainiens. À Rome, on rappelle ses propres limites. « Le Saint-Siège n’entre pas dans les détails des négociations, ni ne propose des solutions techniques, parce que cela est de la responsabilité directe des belligérants », avait déclaré, fin août, l’archevêque Paul Gallagher, secrétaire aux relations avec les États, après une visite remarquée à Kiev et Moscou.

De même, Léon XIV diffère de son prédécesseur sur la place qu’il accorde à l’Europe. « Avec François, le centre était relégué aux périphéries et les périphéries revenaient au centre », souligne Constance Colonna-Cesari. Une optique qui se traduisait dans les choix de ses voyages : jamais il ne faisait de visite d’État à Paris, Berlin ou Londres.

En revanche, il s’est rendu en Arménie, en Bosnie-Herzégovine, à Lampedusa, île d’entrée des migrants en Europe. Léon, lui, s’est déjà rendu à Monaco en mars, et en Espagne en juin, signe de l’attention qu’il porte aux anciennes zones de force de l’Église.

Source: https://www.humanite.fr/monde/diplomatie/visite-de-leon-xiv-un-pape-apotre-du-multilateralisme

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