
De nombreuses communes du Finistère diffusent en ligne des vidéos de leurs zones touristiques. Problème : on peut y reconnaître des personnes, ou encore des plaques d’immatriculation comme à Loctudy, Quimper ou encore Fouesnant. Décryptage
Par Apolline DABEE
Les images peuvent être récupérées par n’importe qui
, s’inquiète Philippe Ris, dirigeant et délégué à la protection des données chez Auris Solutions. Ce spécialiste pointe du doigt le problème des caméras dites touristiques
situées en Finistère. Loctudy, Fouesnant (Cap Coz), Quimper…. Ces caméras sont souvent hissées sur des poteaux. Elles filment en direct ou en léger différé des points clés de la ville. Tout le monde peut y avoir accès avec une connexion internet.
L’objectif de ces webcams ? Promouvoir le tourisme, selon les communes concernées. Le hic ? Les personnes filmées sont parfois reconnaissables et les plaques d’immatriculation de véhicules peuvent être lisibles.
Loctudy, Quimper, Cap Coz… On a regardé les images
À Ouest-France, nous avons regardé les images de dizaines de caméras touristiques installées en Finistère. La ville de Loctudy retransmet des vidéos en différé d’une vingtaine de minutes. On peut zoomer sur des visages, des corps en maillot de bain à la plage de Langoz. On peut aussi lire des plaques d’immatriculation sur le parking des Perdrix.
Sur l’île Saint-Nicolas de Fouesnant-les Glénan, on peut regarder des kayakistes sur leur lieu de travail. À Bénodet, il est possible de voir les passants discuter et se promener.
Des situations permettant de reconnaître un voisin, une amie ou une collègue : ce sont des données à caractère personnel.
À Quimper, les voitures et les passants sont plus éloignés. Si on voit une silhouette au loin, cela passe. Mais si on l’identifie, on capte des informations sur elle
, détaille Philippe Ris.
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Des atteintes à la vie privée
Des attributs particuliers pourraient permettre de vous reconnaître : Si on a une voiture très reconnaissable jaune fluo des années 1940, on peut démontrer l’impact sur notre vie privée
pour Ludovic de la Monneraye, avocat associé en droit du numérique chez Vaughan, à Rennes.
Autre souci : les sites conservent parfois des captations vidéos remontant à plusieurs années. C’est le cas à Quimper où il est possible de voir ce qu’il se passait sur les quais de l’Odet le 1er octobre 2024 à 19 h 31, par exemple. Cela constitue bien des atteintes à la vie privée, pour cet avocat.
Floutage ou masquage
Ce qu’il faudrait ? Un floutage ou un masquage des zones avec des personnes dessus, selon le professionnel. D’autres contraintes devraient aussi être respectées : Dès qu’une caméra filme, il y a une obligation de mettre un pictogramme pour indiquer qu’elle est en train de tourner. Le pictogramme doit être visible quand on rentre sur le lieu de la caméra. Et les images doivent être gardées pendant trente jours maximum par les organismes qui filment.
La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) confirme l’idée dans un avis du 5 janvier 2026 : Par exemple : limiter les angles de vue aux bâtiments publics ou aux sites naturels et ne faire apparaître, même flouté, aucun individu ni aucun intérieur d’habitation (entrées et fenêtres comprises).
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Les communes répondent
Les communes interrogées se défendent de collecter des données à caractère personnel. Pour Anne Bourbigot, la maire de Bénodet : Nous n’avons que deux webcaméras, qui ne permettent pas de voir les visages ou plaques d’immatriculations.
Du côté de Loctudy, on indique que la doctrine publiée par la CNIL le 5 janvier 2026 constitue une orientation indicative, sans valeur normative contraignante.
Elle dit qu’elle procédera aux adaptations que commanderait toute modification législative ou réglementaire. Claude Bensoussan, conseiller municipal en charge notamment de la communication estime que les webcams diffusant essentiellement un paysage, où les personnes apparaissent à très petite échelle, sans possibilité de zoom et sans identification individuelle, demeurent parfaitement licites. Les dispositifs de la commune répondent à ces critères
.
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Comment agir légalement ?
Voyeurisme, surveillance… Si vous êtes sur une des vidéos, vous pouvez avoir un intérêt légitime à ce qu’elle soit supprimée, car le droit à l’oubli s’applique
pour Ludovic de la Monneraye. Cependant, pour agir : Il faut un grief et un préjudice
, c’est-à-dire prouver qu’une vidéo vous a causé du tort.
La procédure : Il faut envoyer un courrier à la personne détentrice de la vidéo (entreprise/commune) en précisant le lieu, le jour et l’heure des faits. Il faut dire que l’on n’a pas été informé au préalable de la capture de la vidéo, et que le droit à l’oubli existe
, précise l’avocat.En plus, une plainte peut être déposée en ligne auprès de la CNIL concernant les données à caractère personnel.
Quant au délai pour agir, il ne commence qu’à partir du moment où vous avez connaissance de la vidéo, même si c’est cinq ans plus tard ».
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