« Comme un coup de chalumeau dans la mer » : la Bretagne frappée par une vague de chaleur marine inédite (OF.fr-28/07/26)

L’archipel des Glénan, vue du ciel. La température de l’eau y est montée jusqu’à 22 °C en juillet, contre 17 °C en moyenne. | ARCHIVES OUEST-FRANCE – VINCENT MOUCHEL

Jamais la température de la mer n’avait été aussi élevée en Bretagne qu’en cet été 2026. Même en mer d’Iroise, habituellement plus fraîche, le thermomètre a dépassé les 20 °C. De quoi totalement dérégler le milieu marin breton, avec des espèces en grand danger, et d’autres qui pullulent.

Par Hugo HUAUME

La température de l’air a battu des records en Bretagne ces dernières semaines, mais la mer aussi, n’a jamais été si chaude. Au plus fort des canicules de fin juin et mi-juillet, les relevés officiels ont enregistré près de 23 °C autour du golfe du Morbihan, 22 °C en Manche, et plus de 20 °C en mer d’Iroise, ce qui n’avait jamais été atteint. Certaines sondes en surface sont même montées au-delà de 25 °C en plein après-midi.

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Des épisodes de chaleur qui durent bien plus longtemps sous l’eau que sur terre

Plutôt que de « canicule », on parle en mer de « vague de chaleur marine ». Et cette année, on est très au-dessus des normales, alors que rien ne le prédestinait en sortie d’hiver, confirme Fabrice Pernet, chercheur en écologie des organismes marins à l’Ifremer à Brest. Mais l’enchaînement de températures record sur la côte a fait s’envoler le thermomètre sous l’eau. Avoir entre 38 °C et 40 °C sur le littoral, ça impacte les masses d’eau, qui viennent se réchauffer sur le sable brûlant lorsque la mer monte, et se mélanger aux eaux plus fraîches lorsque la marée descend, explique le chercheur.

Un degré de plus dans l’eau équivaut à cinq degrés de plus dans l’air, en termes d’impact sur l’écosystème— Morgane Perri, biologiste et spécialiste des mammifères marins

Cette vague de chaleur marine dépasse déjà celle de 2023, la plus forte observée jusque-là, compare Fabrice Pernet. Et l’eau n’a peut-être pas fini de se réchauffer, car nous ne sommes qu’à la moitié de l’été. Ces épisodes durent bien plus longtemps sous l’eau que sur terre, du fait de l’inertie de la température marine, qui met plusieurs semaines à se réchauffer puis à refroidir.

Moins visibles que les incendies ou les sécheresses, les conséquences pour la vie sous l’eau sont tout aussi dramatiques. Un degré de plus dans l’eau équivaut à cinq degrés de plus dans l’air, en termes d’impact sur l’écosystème, expose Morgane Perri, biologiste et spécialiste des mammifères marins, installée à Cancale, sur les bords de la Manche. Une mer encore plus vulnérable à ces chaleurs extrêmes, car moins profonde. L’eau se réchauffe plus vite, et les forts courants de marées font circuler cette eau chaude.

La baie du Mont-Saint-Michel et la Manche en général, sont très sensibles aux canicules. L’eau s’y réchauffe plus vite, et les forts courants de marées font circuler cette eau chaude. | OUEST-FRANCE

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Comment va évoluer le milieu marin breton sous l’effet de ces vagues de chaleur ?

C’est un bouleversement pour les espèces qui n’ont pas le temps de s’adapter, abonde Fabrice Pernet, qui parle d’un « coup de chalumeau dans l’eau, et prend l’exemple des grandes algues brunes en mer d’Iroise : Elles ont besoin de 15 °C, mais là, elles se prennent une eau à 20 °C, ce qui provoque de très fortes mortalités. Ces algues accueillent tout un écosystème, menacé de disparaître. Car on ne sait pas encore s’il sera capable de récupérer.

Et le scientifique de développer : On est à un point de bascule, avec un écosystème marin breton en mutation. Des espèces qui pourraient disparaître, et d’autres qui vont en profiter, comme les oursins, les araignées de mer, les poulpes, ou des types de sargasses pour les algues… Mais qui viennent mettre le bazar dans les écosystèmes établis.

Pour autant, si l’on parle de tropicalisation des milieux marins, n’allons pas croire que l’on aura des poissons tropicaux en Bretagne. On ne pêchera pas au nord ce qu’on pêchait au sud. Selon le spécialiste, il est très difficile de prévoir comment va évoluer la vie sous-marine en Bretagne, sous les coups de boutoir que représentent ces vagues de chaleurs, amenées à se répéter. Il n’y aura pas de nouvel équilibre, mais plutôt un déséquilibre permanent. Ce qui est certain, c’est que l’on ne reviendra pas en arrière…

Source: https://www.ouest-france.fr/mer/comme-un-coup-de-chalumeau-dans-la-mer-la-bretagne-frappee-par-une-vague-de-chaleur-marine-inedite-f76815ca-80f1-11f1-a2c0-b0e90323cd29

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