Incendie en Gironde : des vents secs et des températures à 40 °C menacent de raviver le mégafeu (reporterre.net-29/07/26)

Un pompier tente d’éteindre les flammes à Lège-Cap-Ferret (Gironde), le 28 juillet 2026. – © Ed Jones / AFP

L’incendie qui ravage la Gironde depuis une semaine est stabilisé, mais les conditions météorologiques ne sont pas favorables mercredi. Suivez notre direct.

Par la rédaction de Reporterre

Le mégafeu qui frappe la Gironde depuis le 22 juillet a dévoré 42 000 hectares de forêt, 220 000 personnes ont été évacuées — dont certaines ont été autorisées à rentrer chez elles — et 240 maisons ont été détruites. Il était « toujours stabilisé », ce mercredi matin, malgré plusieurs reprises.


[15 h 30] Des sites de recherche sur l’adaptation de la forêt partis en fumée

C’est un comble, dramatique : l’incendie a réduit à néant des recherches sur la résilience de la forêt. Plusieurs infrastructures de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) ont été détruites par les flammes — au total, près de 80 hectares de dispositifs de recherche forestière ont brûlé. Le domaine de Cestas-Pierroton, dédié à la recherche sur la forêt et son adaptation au changement climatique, se situe en effet en bordure du feu.

« L’incendie a déjà détruit plusieurs dispositifs d’observation et d’expérimentation, ainsi qu’une partie du conservatoire de ressources génétiques du pin maritime », écrit le chercheur Christophe Plomion sur LinkedIn. « Ces infrastructures constituaient des observatoires scientifiques de premier plan », indique-t-il. Elles permettaient notamment de « documenter l’effet du dérèglement climatique sur les arbres », de « comprendre les mécanismes d’adaptation » et d’étudier des alternatives sylvicoles.

« Cette perte affecte des programmes de recherche d’envergure nationale européenne et internationale consacrés à la compréhension et à l’accompagnement de l’adaptation des forêts au changement climatique », regrette l’Inrae dans un communiqué.


[13 h 50] La qualité de l’air toujours dégradée dans le Sud-Ouest

Attention, fumées toxiques. D’après l’association de surveillance de la qualité de l’air Atmo Nouvelle-Aquitaine, « la qualité de l’air est aujourd’hui “dégradée” ou “mauvaise” sur une grande partie de la région ». En Gironde et dans les Landes, le seuil d’alerte maximal pour les particules PM10 devrait être dépassé.

Aujourd’hui, « le panache devrait progressivement se déplacer vers le nord-est, au fil de l’après-midi », indique l’association. Cette évolution pourrait conduire les fumées à recouvrir de nouveau l’agglomération bordelaise, comme cela a été observé au cours du week-end.

© atmo-nouvelleaquitaine.org

Ainsi que l’explique notre journaliste Rozenn Le Saint, les incendies dégagent des gaz et particules toxiques. Les masques FFP2 permettent de protéger en partie des particules fines.

L’agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine recommande de rester à l’intérieur lorsque les fumées sont denses et de maintenir les portes et fenêtres fermées, puis d’aérer le logement dès que la qualité de l’air s’améliore ; d’occulter les aérations avec des linges humides ; d’arrêter les VMC durant les épisodes de fumées.


[12 h 00] Le retardant, un produit essentiel, mais polluant

Voici un message reçu sur la boite planete@reporterre.net de la part de Marie-Christine :

« Quelles infos avez-vous sur la composition des retardateurs épandus autour des incendies ? Amicalement »

Pour éteindre un incendie, les pompiers peuvent épandre du « retardant », une substance colorée qui freine la progression du feu et protège la végétation, en la rendant moins inflammable. Sa couleur rouge provient usuellement de l’oxyde de fer, un pigment d’origine naturelle qui permet aux pompiers de savoir quelles zones ils ont déjà aspergées.

Comme l’explique notre journaliste Scandola Graziani, ce retardant — le Fire-Trol — est formulé à base de phosphate d’ammonium, une substance que l’on trouve habituellement dans la composition des engrais agricoles. Conséquence : en cas de ruissellement, il peut provoquer un enrichissement excessif de l’eau par des nutriments, ce qui entraîne une prolifération des microalgues et des cyanobactéries.

Certains produits retardants peuvent aussi contenir des métaux lourds comme du cadmium, du chrome et de l’arsenic. Mais, de l’avis de tous les chercheurs interrogés par Reporterre, « les émissions issues de la combustion des incendies sont bien plus dangereuses, cancérigènes et délétères pour l’environnement que la pollution liée au produit retardant ».

Les pompiers peuvent également faire usage de « mouillant », un produit ajouté à l’eau pour favoriser son taux de pénétration dans les végétaux, afin de les humidifier un peu plus.


[11 h 30] Megafeux, la faute aux écolos ?

Voici un message reçu sur le boite planete@reporterre.net de la part de Marie-Odile :

« Bonjour,
À quand un article répondant aux forestiers qui accusent les écolos (et les réglementations environnementales) d’avoir au moins contribué aux incendies en voulant protéger la nature à tout prix et empêcher d’entretenir la forêt ? Merci ! »

Ces critiques contre toute forme de politique écologique sont un refrain récurent, après chaque catastrophe naturelle. L’article du Figaro cité par Marie-Odile décrypte la « bataille idéologique » autour du débroussaillement et attaque l’« empilement de normes » et le Code de l’environnement, « qui harcèle les forestiers sur le terrain » pour préserver les espèces protégées, dixit un porte-parole d’une organisation de forestiers privés.

L’encadrement des opérations de débroussaillement pendant la période de nidification, au printemps, est particulièrement décrié par le Syndicat des exploitants de la filière bois. Les fameuses obligations légales de débroussaillement (OLD) consistent à réduire la masse de végétation combustible dans une zone de 50 m autour des habitations.

Pour France Nature Environnement, l’embroussaillement est lié « de façon prépondérante à la déprise rurale, en particulier au recul du pastoralisme traditionnel », notamment sur le pourtour méditerranéen.

La fédération écologiste rappelle ainsi qu’elle « ne remet pas en cause le bien-fondé des OLD, et n’encourage jamais les gens à ne pas les appliquer ». Quatre feux de forêt sur cinq démarrent à moins de 50 m des habitations et 90 % des maisons détruites se situent sur des terrains pas ou mal débroussaillés.

FNE indique cependant « discuter des modalités des OLD » avec les autorités, notamment pour la prise en compte des espèces rares et protégées ou « pour alerter sur les risques de dérives » : « Déboisements au prétexte d’OLD, brûlages incontrôlés, généralisation du débroussaillage dans des secteurs inhabités. »


[10 h 20] Feu « fixé », « stabilisé » « circonscrit » : qu’est-ce que ça veut dire ?

Feu « fixé » ou « stabilisé », reprise ou saute de feu… Difficile de s’y retrouver parmi tous ces termes techniques repris en boucle par les médias ! On tente d’y voir plus clair.

Feu stabilisé, fixé, maîtrisé
Un feu « stabilisé » est un incendie dont l’intensité ou la progression a été nettement réduite, mais qui n’est pas totalement sous contrôle. On dit qu’il est « fixé » lorsqu’il n’avance plus, c’est-à-dire qu’il ne progresse plus sur l’axe principal dans lequel il était engagé. Il peut continuer à se propager sur les flancs.

Quand les pompiers contrôlent les abords du feu, on dit qu’il est maîtrisé : il n’y a plus de grandes flammes, mais il reste des points chauds toujours actifs. Le feu est dit « circonscrit » lorsqu’il est entouré complètement par les pompiers, pour éviter toute reprise.

L’incendie est « éteint » lorsqu’il n’y a plus de braise, ni de fumerolles.

Reprise de feu
Même si un feu a été fixé, l’incendie peut repartir, par la combustion et l’incandescence au sein du foyer principal. En Gironde, dans la nuit de mardi à mercredi, une dizaine de reprises de feu ont été comptabilisées par un hélicoptère des pompiers, durant trois heures de vol.

Saute de feu
On parle de ce phénomène quand des particules incandescentes, aussi appelées brandons, sont projetées au-delà du front principal de l’incendie et retombent sur une surface sèche, créant des foyers de feu secondaires.

Feu « zombie »
Après les incendies, des flammes peuvent réapparaître et ressortir plus loin : c’est ce qu’on appelle le phénomène de « feu zombie ». En Gironde, après le gigantesque incendie de 2022, il a ainsi fallu presque deux ans pour maîtriser les derniers foyers.


[09 h 30] Les conditions météorologiques restent défavorables

Plusieurs reprises de feu ont été « traitées rapidement cette nuit », notamment autour du bassin d’Arcachon et aux abords du camp de Souge, base militaire à moins de 15 km de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, selon la préfecture du département.

Mais les conditions météorologiques restent « défavorables » mercredi, avec des températures en hausse : jusqu’à 41 °C attendus dans les terres et 38 °C sur le littoral. Elles sont accompagnées de vents « secs », avec des rafales qui pourront atteindre 45 km/h en fin de journée.

Soixante-cinq départements, dont la Gironde et les Landes, sont placés en « risque élevé » par la Météo des forêts.


[09 h 15] Les urgences de Bordeaux observent de nombreuses pathologies respiratoires

Depuis plusieurs jours, les urgences de Bordeaux voient arriver des patients, et la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, invitée sur France Inter hier matin, a fait état d’une augmentation de 50 % des appels au Samu dans le secteur. Les incendies provoquent une concentration très élevée en particules fines, suffisamment petites pour pénétrer dans les voies respiratoires, provoquer des irritations et aggraver des maladies respiratoires. Elles peuvent rester en suspension pendant plusieurs jours.

La qualité de l’air en Nouvelle-Aquitaine, mardi 28 juillet. © atmo-nouvelleaquitaine.org

« C’est comme si on était au-dessus d’un barbecue géant pendant plusieurs heures consécutives, dans toute la Gironde, voire au-delà, dans les Landes », alerte Maéva Zysman, pneumologue au CHU de Bordeaux. Notre journaliste Rozenn Le Saint revient sur cette situation.


[09 h 00] Bonjour et bienvenue dans ce direct consacré aux incendies en Gironde. Nous serons avec vous toute la journée pour partager les dernières informations, ainsi que les articles de nos journalistes sur le sujet. N’hésitez pas à nous poser vos questions à planete@reporterre.net ou sur les réseaux sociaux.

Source: https://reporterre.net/DIRECT-Incendie-en-Gironde-le-feu-stabilise-mais-une-meteo-defavorable

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