
Au cœur d’un été plus éprouvant que jamais, le président de la conférence nationale des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) revient sur les recrutements, les financements et l’état des forces des sapeurs-pompiers. Olivier Richefou plaide pour des moyens supplémentaires, et vite. Il détaille pour Ouest-France les pistes de solutions
Entretien réalisé par Claire DUBOIS
Olivier Richefou, président (UDI) du conseil départemental de la Mayenne préside aussi la conférence nationale des SDIS. Après un mois de juillet marqué par le mégafeu de Gironde mais aussi d’autres incendies comme dans le Var ou les Landes, il revient sur l’état de forme des pompiers et le financement de leur action.
Comment vont les pompiers, après un début d’été éprouvant dans la lutte contre les incendies ?
D’abord, il n’y a eu aucune victime civile et c’est toujours l’objectif principal des sapeurs-pompiers que de protéger les vies humaines. Côté pompiers, il y a le regret d’avoir perdu trois hommes. On compte aussi environ 230 blessés en Gironde, principalement pour des foulures, chutes, intoxications aux fumées mais aucun en urgence absolue.
Notre système de sécurité civile a tenu en juillet, grâce à la solidarité entre les SDIS. Un seul département ne peut, seul, faire face à ce type de situation. En Gironde, sur les 3 500 pompiers engagés, plus de la moitié était originaire d’autres départements, même chose pour les véhicules. Cette absence de cloisonnement est la première force de notre organisation, d’autant que la formation des pompiers est la même partout : volontaires comme professionnels, quel que soit leur lieu d’origine, tous combattent le feu de la même manière. Il faut saluer la solidarité de la population civile, aussi : les agriculteurs, les agents forestiers, les entreprises.
Ces incendies vont se multiplier avec le changement climatique, ce qui pose la question des moyens des sapeurs-pompiers. Quels sont les besoins ?
Le plan humain est essentiel car ce sont d’abord des hommes et des femmes qui éteignent le feu. Notre organisation repose sur des pompiers professionnels mais aussi sur des volontaires, qui sont aujourd’hui 200 000. Il faudrait accélérer leur recrutement pour dépasser les 250 000. Les Français sont globalement des citoyens engagés et ce qui vient de se passer peut les amener à pousser la porte des casernes. Mais il faut aider les employeurs à les libérer sur leur temps de travail, via la défiscalisation des heures ou des cotisations sociales allégées.
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Les SDIS ont-ils aussi besoin de plus de moyens financiers ?
Il faut investir car le matériel est de plus en plus sophistiqué, technique, protecteur. Les départements financent les SDIS à 53 %, les communes à 47 %, mais la part communale ne peut augmenter plus que l’inflation. Le reste des hausses, c’est aux départements de l’assumer. Ces dernières années, les investissements dans les SDIS sont stables ou en baisse alors qu’ils ont de gros besoins, car les départements ont du mal à suivre. Il leur faut donc de nouvelles ressources, fléchées pour les pompiers.
Où trouver cet argent ?
Il y a trois pistes. Une part additionnelle de taxe foncière, mais cela ferait supporter l’effort seulement par les propriétaires. Une part de taxe de séjour, ce qui serait pertinent car dans les zones touristiques, il y a plus de monde à protéger pour les pompiers. Enfin, dernière piste : étendre la taxe spéciale sur les contrats d’assurance. C’est cohérent car plus les pompiers interviennent efficacement, sauvant des vies et des biens, moins les assurances dépensent d’argent. Or un impôt est toujours mieux accepté quand il est en lien avec l’usage de l’argent collecté. Cette piste est privilégiée par le gouvernement, mais il faut qu’elle passe par la case des arbitrages du budget 2027. Après ce qui s’est passé en juillet, les parlementaires seront sans doute enclins à accepter cette solution pour doter les SDIS de moyens supplémentaires.
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Cela rapporterait combien ?
Autour de 500 millions d’euros pour toute la France, à répartir entre les départements en fonction des effectifs et du nombre d’interventions. C’est un peu moins de 10 % du budget total des SDIS.
L’État doit-il lui aussi augmenter son budget, même s’il est déjà en hausse ces dernières années ?
Oui, car il finance notamment les moyens aériens, aujourd’hui insuffisants. D’ailleurs, certains départements compensent en louant eux-mêmes des hélicoptères pour l’été, comme en Sarthe, dans le Var, le Finistère.
Valérie Pécresse (LR), qui préside l’Ile-de-France, estime que les Régions devraient aussi mettre la main à la poche, qu’en pensez-vous ?
Renault Muselier (Renaissance) le fait aussi en Provence-Alpes-Côte d’Azur, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée, même si elle est généreuse. Pour des raisons de simplification : si on veut qu’une politique soit lisible, il faut éviter d’avoir 36 interlocuteurs et 36 financements. Les Régions ont d’autres politiques à mener. Ajouter une strate de financement n’est pas une solution d’avenir.
Vous avez signé dans Le Monde, avec d’autres élus, une tribune demandant que la sécurité civile soit une priorité nationale : comment y parvenir ?
Il faut décloisonner cette politique car le ministère de l’Intérieur n’est pas le seul concerné. C’est aussi le cas de l’Éducation nationale, la Santé, l’Écologie. Est-ce via un ministère dédié, un haut-commissaire, un secrétariat d’État rattaché au Premier ministre ? Il faut surtout faire le lien entre les ministères.
Qu’attendez-vous du gouvernement aujourd’hui ?
Des décisions : le Beauvau de la sécurité civile, lancé en 2024, a rendu ses conclusions il y a un an et il ne s’est rien passé. La dernière loi d’initiative gouvernementale remonte à 25 ans…
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