Entretien-Enfants palestiniens emprisonnés par Israël : « Le nombre de mineurs en détention administrative a été multiplié par 8 » (H.fr-20/08/26)

Entre janvier 2025 et mars 2026, le nombre d’enfants palestiniens en détention administrative en Israël est passé de 103 à 191. © Zain JAAFAR / AFP

L’ONG israélienne Parents Against Child Detention (Parents contre la détention des enfants), par la voix de son président Titi Carmel, tire le signal d’alarme. Le nombre de mineurs palestiniens emprisonnés par Israël ne cesse d’augmenter et les conditions de détention sont extrêmement dures. Il est fait état de violences et de harcèlement sexuel.

Par Pierre BARBANCEY

À la tête de l’association israélienne Parents Against Child Detention, Titi Carmel se bat pour mettre fin à la violence, à l’occupation en Palestine, ainsi que pour protéger les droits des enfants.

Comment expliquer l’augmentation du nombre de mineurs palestiniens dans les prisons israéliennes ?

Titi Carmel , Président de l’ONG Parents Against Child Detention

Je pense que plusieurs facteurs entrent en jeu simultanément. Depuis octobre 2023, nous constatons une augmentation très importante des arrestations en Cisjordanie, y compris celles d’enfants. Toutefois, les arrestations ne constituent qu’une partie de l’explication. Ce qui nous alarme particulièrement, c’est l’extension considérable du recours à la détention administrative – une détention sans inculpation ni procès, fondée en grande partie sur des éléments de preuve qui demeurent secrets.

Selon les chiffres du Service pénitentiaire israélien que nous avons analysés, le nombre d’enfants palestiniens en détention administrative en Israël est passé de 103 à 191, entre janvier 2025 et mars 2026. Parallèlement, la durée de détention des enfants s’allonge considérablement : le nombre de mineurs détenus sous ce régime depuis plus d’un an a été multiplié par huit.

Nous assistons donc à deux phénomènes concomitants : davantage d’enfants entrent dans le système carcéral et ils y restent plus longtemps. À cet égard, la détention administrative revêt une importance particulière en raison de ce qu’elle implique pour un enfant. L’ordonnance de détention peut être renouvelée indéfiniment. Pour l’enfant comme pour sa famille, cette incertitude est dévastatrice.

Quelles sont leurs conditions de détention ?

Les conditions sont extrêmement dures et les témoignages recueillis auprès des enfants sont très préoccupants. Ils décrivent une surpopulation carcérale sévère. Ils rapportent recevoir une nourriture insuffisante et, dans certains cas, avariée ou tout simplement impropre à la consommation. Ils font état d’une hygiène et d’installations sanitaires déplorables, ainsi que d’un accès inadéquat aux soins médicaux, même lorsqu’ils sont malades ou blessés.

Mais la situation va bien au-delà des conditions matérielles. Nous recueillons des témoignages récurrents faisant état de violences graves : coups et autres sévices physiques subis lors de l’arrestation, du transfert, de l’interrogatoire et à l’intérieur même des prisons. Des cas de violences et de harcèlement sexuel perpétrés par le personnel pénitentiaire sont également signalés.

Cela constitue-t-il une violation du droit international et des conventions relatives aux droits de l’enfant ?

Oui, il s’agit ici de violations très graves des droits des enfants. Le droit international ne dit pas qu’un enfant ne peut jamais être détenu. Mais la Convention relative aux droits de l’enfant qu’Israël a ratifiée indique très clairement que la détention d’un enfant doit être une mesure de dernier recours et pour la période appropriée la plus courte.

Ils doivent être protégés contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants, et ont des droits spécifiques à l’assistance juridique, aux contacts familiaux et à une procédure régulière. Quand on regarde ce qui se passe réellement, il est très difficile de concilier bon nombre de pratiques avec ces obligations.

Si le droit international stipule que l’emprisonnement d’un enfant doit être le dernier recours, nous devons nous demander comment nous en sommes arrivés à une situation dans laquelle des centaines d’enfants palestiniens se trouvent à tout moment dans les prisons israéliennes. Cela ne ressemble pas à un système utilisant l’emprisonnement à titre exceptionnel.

Quelles actions entreprenez-vous pour mettre fin à cette situation ?

Une grande partie de notre travail consiste à essayer d’établir ce qui se passe. Il existe un manque extraordinaire de transparence autour de la détention des enfants palestiniens. Nous analysons les données officielles du service pénitentiaire israélien, collectons des informations et des témoignages et, en collaboration avec le Comité public contre la torture en Israël, nous avons soumis des demandes d’accès à l’information à l’armée, à la police, aux tribunaux militaires et aux autorités judiciaires.

Nous posons des questions très fondamentales auxquelles le public devrait déjà avoir des réponses. Combien d’enfants sont arrêtés ? Quel âge ont-ils ? Combien sont détenus en isolement ? Combien d’enfants de moins de 16 ans sont détenus et combien n’ont pas atteint l’âge de la responsabilité pénale ?

Une autre partie de notre travail consiste à amener les gens à assister aux audiences des tribunaux militaires. La plupart des Israéliens n’ont jamais vu de tribunal militaire et ont très peu d’idées sur ce qui s’y passe, même si ce système fonctionne en leur nom.

Nous travaillons également avec des organisations de défense des droits humains israéliennes et palestiniennes, des avocats et des professionnels de la santé mentale, ainsi qu’avec des organismes internationaux. Nous nous adressons aussi à la société israélienne. Nous voulons remettre en question l’idée selon laquelle emprisonner des enfants palestiniens à une telle échelle est normal ou acceptable.

Source: https://www.humanite.fr/monde/israel-palestine/enfants-palestiniens-emprisonnes-par-israel-le-nombre-de-mineurs-en-detention-administrative-a-ete-multiplie-par-8

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