
Après 57 jours de grève, les agents du Samu Social ont repris le travail mardi 18 août. Jordan Bernard, le secrétaire général de la CGT Samu Social revient sur ce qu’ont pu arracher les salariés mobilisés à la suite de la suppression massive de places d’hébergement qui a fait perdre tout sens à leur travail.
Par Eugénie BARBEZAT
Alors que les familles qui occupaient le parvis du Samu Social dans le 13e arrondissement parisien ont été évacuées la semaine dernière, et qu’une large partie d’entre elles, sans solution d’hébergement, campent devant la mairie centrale, les salariés du 115 ont obtenu des garanties sur leurs conditions de travail et la garantie d’être davantage associées aux décisions de leur direction.
Quelles avancées concernant les conditions de travail des salariés du Samu social ont permis la signature d’un protocole de fin de grève ?
Jordan Bernard
Secrétaire général de la CGT Samu Social
Plusieurs mesures vont améliorer considérablement les conditions de travail des agents du Samu Social. C’est le cas des 45 minutes réservées aux écoutants du 115 avant leur prise d’appel en début de poste afin d’avoir un temps d’échange entre collègues pour traiter au mieux des situations complexes et réaliser un travail de remontée d’informations indispensable. Par exemple, cela va leur permettre de faire de la recherche sur les orientations qu’ils proposent, d’aller se renseigner sur les dispositifs, de savoir que tel accueil de jour est trop saturé, tel autre un peu moins…
Autre victoire : l’engagement de passer à 125 € mensuels bruts (au lieu de 30 €) la prime dédiée aux agents maîtrisant plusieurs langues et donc capables de s’adresser à certains bénéficiaires dans leur langue sans traducteur, et celui de revaloriser à hauteur de 150 € bruts, au lieu de 115 € aujourd’hui, la prime versée aux agents lors de la période de suractivité, notamment en termes de charge administrative, liée au plan « grand froid ».
Si les politiques publiques restrictives qui oblitèrent vos missions ne changent pas, ces avancées suffiront-elles ?
Sur les politiques publiques, la direction générale s’est par ailleurs réengagée sur l’inconditionnalité et la continuité de l’hébergement. Elle prend par écrit, dans un protocole avec les représentants du personnel, un positionnement sur cet aspect qui avait été récemment remis en cause.
Notre direction s’engage également à nous avertir des modifications de politiques publiques qui pourraient avoir un impact sur les conditions de travail, sur le sens du travail, sur l’éthique professionnelle des salariés du Samu social. Cela signifie que l’on pourrait, avant la suppression de places d’hébergement par exemple, poser des garde-fous sur les conséquences qu’elles auraient sur le travail et les collègues qui risquent de se faire broyer par les changements de dispositifs. Donc, c’est réintroduire un peu de démocratie dans le fonctionnement de l’institution, ce qui n’est vraiment pas négligeable.
Enfin, on a gagné la mise en place d’un baromètre social et l’organisation d’états généraux chaque année, durant lesquels on va réinterroger les conditions et l’organisation du travail. Il y aura également une discussion budgétaire chaque année. On a construit un rapport de force et on s’est aménagé un espace dans lequel on va pouvoir batailler.
En quoi cela va-t-il permettre un meilleur accompagnement des appelants au 115 ou des personnes accompagnées par le Samu Social ?
Le fait d’avoir des interlocuteurs en meilleure santé mentale est indiscutablement un avantage pour les bénéficiaires. Plus concrètement, le temps d’échange avant les prises d’appel et celui spécifiquement dédié à la remontée d’information vont permettre de meilleures orientations. Le fait de pouvoir débriefer leur journée ensemble va permettre aux agents de discuter entre eux de situations complexes et de partager leurs expériences afin de trouver la meilleure orientation ou prise en charge pour les personnes. Cela permettra aussi d’identifier des situations qui reviendraient régulièrement et pour lesquelles il n’y aurait pas nécessairement d’orientation adaptée. Ou alors, de se voir signaler une augmentation de tel ou tel public ou de telle ou telle vulnérabilité et de pouvoir alerter sur ces choses-là.
C’est aussi du temps qui leur permet de suivre des situations. Beaucoup de familles appellent pour faire remonter des problèmes dans les hôtels. Cela peut être des violences de la part des hôteliers ou d’autres personnes, ou encore la présence de nuisibles, etc. Il faut donc s’assurer que ces situations aient bien été signalées et qu’une solution va leur être apportée.
Enfin, normalement, la réaffirmation de l’inconditionnalité et de la continuité de l’accueil devrait faire en sorte que nous n’ayons plus à annoncer à des familles qu’elles vont être mises à la rue sans solution après avoir été hébergées quelque temps par le Samu social.
Je pense que la réussite de notre action aura été d’inscrire pendant deux mois dans l’actualité parisienne et française la question de la grande précarité et des politiques que mène l’État vis-à-vis des personnes.
Quels sont les éléments encore en discussion ?
La concession majeure que l’on fait, c’est de ne pas sortir de ce protocole avec des victoires sur les questions de rémunération. Ces discussions-là vont avoir lieu en octobre. La Direction devra chiffrer les revendications salariales collectives et analyser les rémunérations au regard du coût de la vie en Île-de-France. L’augmentation générale des salaires et les moyens alloués au Samu social de Paris seront à l’ordre du jour du prochain Conseil d’administration. L’État s’est engagé à recevoir les représentants du personnel en délégation dès septembre pour discuter des financements, du manque de places d’hébergement et de l’impact des politiques publiques sur les missions du Samu social. Nous resterons vigilants sur la mise en œuvre de ces mesures.
Quelles vont être les prochaines étapes de la mobilisation ?
Nous continuons bien évidemment à soutenir les 300 personnes sans solution de logement qui occupent actuellement le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris (une large partie de celles qui ont été évacuées du parvis du siège du Samu social le 13 août). Nous nous mobilisons en appui des associations pour le fonctionnement quotidien du campement.
Ce samedi 22 août, nous serons présents à la marche des solidarités, organisée à Paris.
Ensuite, en septembre, le 15, nous serons mobilisés à l’appel de la Fédération Santé-Action sociale de la CGT, puis à celui de la fonction publique, notamment sur la question des budgets, le 29.
Enfin, il y a les Rencontres nationales du travail social en lutte début octobre, autant de rendez-vous importants pour poser des jalons et construire les luttes avec d’autres Services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO), d’autres travailleurs du secteur, un peu partout en France où tout le secteur de la grande précarité et, plus largement, le secteur social sont attaqués.
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