
L’Iran et Oman ont annoncé un accord sur le passage stratégique. La République islamique soumet toutefois la réouverture du détroit à neuf points auxquels les États-Unis devront se soumettre. Des conditions qui dessinent les futurs équilibres dans la zone.
Par Lina SANKARI
Quoi qu’il en dise, Donald Trump s’est retrouvé exclu des négociations pour l’avenir du stratégique détroit d’Ormuz. Ce bras de fer serré, qui se joue pour la répartition des forces et la sécurité au Moyen-Orient dans l’après-guerre, est, pour le moment, seulement négocié entre l’Iran et Oman, pays frontaliers de ce passage maritime.
L’accord présenté ce début août reste temporaire et limité à l’étroit bras de mer. Après la reprise des combats entre Washington et Téhéran en juillet, et donc la dénonciation de facto de l’accord entre Téhéran et Washington du 17 juin, Oman et l’Iran devraient convenir des coordonnées géographiques des routes maritimes à emprunter pour le franchissement du passage. Des discussions techniques qui doivent préparer la reprise des négociations avec les États-Unis via le médiateur pakistanais.
Donald Trump accumule les revers face à l’Iran
L’Iran a toutefois soumis la réouverture du détroit d’Ormuz à neuf autres points. « La réouverture du détroit d’Ormuz est soumise aux mécanismes et conditions spécifiques de la République islamique d’Iran et n’est pas liée aux négociations entre l’Iran et Oman », a prévenu le porte-parole des gardiens de la révolution, Hossein Mohebbi.
Parmi ces conditions, la levée du blocus naval, le retrait des forces américaines et l’arrêt des menaces et insultes de Washington. C’est peu de dire que Donald Trump ne cesse de s’illustrer par ses postures erratiques. Reprise des frappes, puis évocation d’une reprise des négociations avec Téhéran – démentie par le pouvoir iranien – et finalement promesse de « la plus grande attaque depuis la Seconde Guerre mondiale ».
Ce manque de vision est le symbole de l’échec total de son pays dans cette guerre dont on peine encore à voir quels bénéfices la première puissance en aurait tirés. L’humiliation va plus loin puisque l’Iran, qui entend prélever jusqu’à 7 % sur les cargaisons, lie sa souveraineté à l’interdiction des navires américains et israéliens dans la zone.
Les pétromonarchies contraintes au compromis
La République islamique, qui demande également 300 milliards de dollars de compensation pour les dommages de guerre et la levée de toutes les sanctions conformément à l’accord de juin, n’a pas renoncé à son influence régionale. Elle exhorte ainsi à la fin permanente des guerres contre l’Iran et ses alliés au Liban, en Palestine, au Yémen et en Irak.
Signe de cette position de faiblesse des États-Unis en amont des élections de mi-mandat de novembre, le Trésor renonçait, avant l’annonce de l’accord entre Oman et l’Iran, aux sanctions contre la compagnie aérienne irakienne Fly Baghdad, édictées au motif qu’elle aurait apporté un soutien à la force Al Qods du corps des gardiens de la révolution islamique ainsi qu’à ses milices affiliées en Irak, en Syrie et au Liban.
Pas question donc pour Téhéran de revenir au statu quo d’avant-guerre alors même que le contrôle du détroit est apparu comme sa carte maîtresse, jusqu’à perturber l’économie régionale et asphyxier une partie des échanges mondiaux. Alors qu’elles privilégiaient elles aussi un retour au statu quo, les pétromonarchies alliées des États-Unis se sont finalement soumises à un arrangement avec l’Iran tout en cherchant à ouvrir des routes permettant de contourner Ormuz pour retrouver un semblant de souffle. Plus de cinq mois après le début de la guerre, il semble que l’Iran garde la maîtrise du respirateur.
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