
En grève, les syndicats de pompiers dénoncent l’inaction du gouvernement face à un système à bout de souffle après une rencontre avec le ministère de l’Intérieur. Lassée des promesses reportées, la profession appelle à une mobilisation inédite le 29 septembre à Paris.
Par Clémence LE MAITRE
Les soldats du feu voient rouge. Sapeurs-pompiers et les personnels administratifs, techniques et spécialisés (PATS) sont en grève nationale le jeudi 13 août. Reçue par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, union historique et symbolique des neuf syndicats des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) en ressort avec un constat amer.
Face à un « cri d’alarme d’hommes et de femmes qui protègent la population au quotidien », à l’urgence opérationnelle et à l’épuisement généralisé, le gouvernement n’oppose que des promesses floues et un calendrier indéfiniment étiré.
Si l’objectif était de discuter de l’avancement du projet de loi de modernisation de la Sécurité civile et du modèle économique des SDIS, « le ministre n’est pas au rendez-vous, nous n’avons pas eu de réponses concrètes », tranche Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale. « Très déçus » par l’absence d’engagements fermes, les représentants dénoncent un « bla-bla politique » désormais « inaudible » pour la profession.
Alors que le système de secours français est à bout de souffle, le projet de loi sur la Sécurité civile devrait être déposé « au début du mois de septembre 2026 », selon le calendrier dévoilé par le ministère. L’intersyndicale devrait pouvoir consulter les trois premiers articles rédigés de la loi, tandis qu’un quatrième volet est prévu pour la fin septembre.
Deux ans de promesses en vain
Cette grève est l’aboutissement d’un long cycle de désillusions. Le projet de loi, tant attendu, résulte du « Beauvau de la sécurité civile », lancé en 2024, par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur. Interrompue par la dissolution de l’Assemblée nationale à l’été 2024, la concertation nationale avait finalement débouché, en septembre 2025, sur un rapport de synthèse présenté sous la houlette de François-Noël Buffet, puis de Bruno Retailleau.
Dans ce document, l’État admettait la fragilité du système : le modèle français est « sous tension » et nécessite une « profonde adaptation ». « Deux ans sont passés depuis, et on ne sait toujours pas ce qui se trouve dans ce projet de loi », dénonce la CFDT-SDIS.
Les groupes d’opposition ont également interpellé le gouvernement pour mettre en œuvre ce « Beauvau de la sécurité civile ». Selon le ministre de l’Intérieur, la question du financement devrait être inscrite dans le projet de loi de finances pour 2027. L’intersyndicale nationale martèle trois exigences fondamentales : un financement pérenne, une véritable priorité nationale accordée à la santé et à la sécurité des agents, ainsi qu’un recrutement massif de pompiers professionnels pour garantir la continuité du service public.
Un appel à une mobilisation inédite le 29 septembre
Sur ce dernier point, les syndicats exigent la mise en œuvre des préconisations d’un rapport de l’Inspection générale de l’administration, commandé par Gérald Darmanin et publié en 2024. Ce texte tirait la sonnette d’alarme sur le recours abusif aux sapeurs-pompiers volontaires par les SDIS et sur l’explosion de leur temps de travail.
« C’est une main-d’œuvre bon marché, les cotisations patronales ne sont pas prévues sur ces statuts, donc les SDIS en profitent et exagèrent leur utilisation », dénonce le porte-parole. Pourtant, le Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France ne faisait pas partie des discussions, le ministère ne le reconnaissant pas comme un interlocuteur représentatif.
Face au mépris ressenti, les syndicats appellent l’ensemble des agents à converger vers la capitale le 29 septembre prochain. Cette manifestation nationale s’annonce déjà, selon ses organisateurs, comme une mobilisation « d’une ampleur inédite dans l’histoire de la profession ».
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