Incendies : pendant que le gouvernement se gargarise de mettre les moyens, les pompiers manquent de tout (H.fr-28/07/26)

« Les 1 083 camions du président ne sont pas tous des porteurs d’eau, ils ne sont pas tous arrivés et ils ne sont pas tous dédiés aux feux de forêt », rappelle Sébastien Delavoux, représentant CGT des SDIS.
© Gardelle M/ANDBZ/ABACAPRESS.COM

Alors que 116 000 hectares ont déjà brûlé en France en 2026, le gouvernement assure avoir « massivement augmenté » les moyens contre les incendies. Engins et effectifs insuffisants, pompiers épuisés, et services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) sous-financés racontent pourtant une tout autre réalité.

Par Pierre CAZEMAJOR

Si le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez assure que la France « fait face », et la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, que les moyens terrestres et aériens ont « massivement augmenté », les conditions d’intervention des sapeurs-pompiers racontent pourtant une tout autre réalité : face à plusieurs incendies simultanés, ceux-ci parlent de « rupture capacitaire ».

« Aujourd’hui, concrètement, on n’a plus assez d’engins et de personnel », constate Laurent Guilloteau, sous-officier au SDIS des Bouches-du-Rhône, mobilisé en Gironde. Des fourgons destinés aux feux urbains sont désormais envoyés dans les forêts. Quant aux quelque 2 500 pompiers engagés en renfort, ils sont prélevés dans les départements, où ils ne peuvent plus assurer les secours quotidiens.

La CGT estime ainsi qu’il manquerait entre 15 000 et 16 000 pompiers professionnels, en plus des quelque 44 000 actuellement en poste et des 200 000 volontaires, pour assurer les rotations et respecter les temps de repos. Une colonne venue de Normandie a récemment été engagée directement sur un feu après plusieurs heures de route ; d’autres agents dorment sur des lits picots entre les camions. « Si le système tient encore, c’est qu’on essore les agents au mépris de leur santé », dénonçait la CGT le 8 juillet.

Des engins annoncés, mais un recul jamais compensé

Le gouvernement met également en avant les 1 083 engins et matériels commandés après les feux de 2022. Mais au 1er juillet 2026, seuls 541 avaient été livrés, dont seulement 365 camions-citernes feux de forêt. Surtout, tous ne correspondent pas à des capacités supplémentaires : une partie remplace des véhicules vieillissants.

Selon les données compilées par la CGT, 1 000 camions dédiés aux feux de forêt ont disparu entre 2004 et 2020. « On est juste en train de remettre notre flotte à niveau », résume Laurent Guilloteau. Encore ce retour au niveau antérieur reste-t-il incomplet, alors que les feux deviennent plus fréquents, plus intenses et touchent davantage de territoires.

« Les 1 083 camions du président ne sont pas tous des porteurs d’eau, ils ne sont pas tous arrivés et ils ne sont pas tous dédiés aux feux de forêt », rappelle Sébastien Delavoux, représentant CGT des SDIS. La promesse aérienne reste, elle aussi, inachevée : Emmanuel Macron s’était engagé en 2022 à porter la flotte de Canadair de douze à seize appareils. En juillet 2026, la France n’en possède toujours que douze, pas tous en état de fonctionner, et les premiers nouveaux avions ne sont pas attendus avant 2028.

Des SDIS financés par des départements sous-dotés

Le manque de moyens tient aussi au financement des SDIS. Les collectivités assurent plus de 90 % de leurs 5,6 milliards d’euros de budget, les départements supportant près de 60 % de l’effort. « Certes, on a décentralisé, mais les dotations n’ont pas suivi », résume Frédéric Mellier, conseiller régional PCF de Gironde.

Dans la Vienne par exemple, la contribution départementale représente 32 euros par habitant, contre 44 euros dans des départements comparables. Selon Florence Harris, conseillère départementale PCF et administratrice du SDIS 86, la part propre du département a été divisée par deux depuis 2017. Le 27 juillet, l’association d’élus Départements de France reconnaissait elle-même que le modèle n’était « plus dimensionné » face aux risques actuels.

Ainsi, si la contribution des départements est certes passée de 1,6 milliard d’euros en 2005 à 3,3 milliards aujourd’hui, cette hausse doit néanmoins absorber l’inflation, l’augmentation des interventions, le vieillissement du matériel et l’aggravation du risque climatique. Elle ne garantit donc pas une progression réelle des capacités.

Des économies faites malgré les alertes

Le gouvernement ne pouvait pourtant ignorer cette évolution. Dès 2010, le rapport interministériel Chatry annonçait l’extension géographique des incendies, l’allongement des saisons et la multiplication des feux simultanés. En 2022, Emmanuel Macron reconnaissait lui-même que ces épisodes exceptionnels risquaient de devenir réguliers.

La réponse est pourtant restée guidée par les contraintes budgétaires. « Dans une période où l’argent public est rare, les pompiers, on les aime bien, mais on n’est pas forcément prêts à leur consacrer des sommes importantes », observe Sébastien Delavoux. Ce qui fait dire au communiste Frédéric Mellier que « les politiques d’austérité empêchent de répondre aux défis que nous avons devant nous, notamment au défi climatique ».

Source: https://www.humanite.fr/societe/gironde/incendies-pendant-que-le-gouvernement-se-gargarise-de-mettre-les-moyens-les-pompiers-manquent-de-tout

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