
© Nicolas Guyonnet / Hans Lucas
Ulcérées par la décision de l’institution contre l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, jugée non conforme aux principes fondateurs de la Ve République, la droite et l’extrême droite contestent sa légitimité en l’opposant à celle du peuple.
Par Anthony CORTES
C’est un sérieux camouflet que la droite a du mal à accepter. Saisi par les députés socialistes et insoumis, le Conseil constitutionnel a déclaré ce vendredi que l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans était contraire à la Constitution. Selon les « sages » de la rue de Montpensier, l’article de loi en question ne respecte pas un principe simple : être « nécessaire, adapté et proportionné ». Ils considèrent notamment qu’une interdiction sans nuance (appliquée à tous les mineurs de moins de 15 ans et à l’ensemble des réseaux sociaux sans distinction) représente un risque d’atteinte à la liberté d’expression.
« Nous restons déterminés à protéger nos enfants des abus des réseaux sociaux », a réagi la ministre chargée de l’IA et du Numérique, Anne Le Hénanff, auprès de la Tribune dimanche, regrettant cependant une décision qui « retardera la mise en œuvre du texte ». « L’objectif est une mise en œuvre au printemps », a-t-elle précisé, reconnaissant toutefois que ce projet se situe « sur une ligne de crête entre la Constitution française et le droit européen ».
L’union sacrée de la droite à l’extrême droite
Pour cela, le président de la République, Emmanuel Macron, a chargé le premier ministre, Sébastien Lecornu, de préparer une nouvelle rédaction « dans les meilleurs délais ». Cette mouture, Gabriel Attal, président du groupe macroniste à l’Assemblée et candidat à la présidentielle, voudrait la voir « soumis(e) directement au peuple français par référendum ». Une façon de contourner les « sages » en brandissant la carte de la légitimité populaire pour plus « d’efficacité ».
Plus à droite, du côté des « Républicains » (LR), le ton est plus sec encore, même si la défiance vis-à-vis de cette institution est de même nature. Le président du parti et candidat à l’Élysée, Bruno Retailleau, s’est ainsi permis, sur X, de « s’interroger sur ces décisions qui consacrent (…) la primauté des juges sur les représentants du peuple souverain ». « Il est temps de rendre au peuple français la parole, a-t-il complété, proposant d’élargir « le champ des référendums à toutes les questions majeures de notre vie en société ».

La présidente de la région Île-de-France et ex-candidate de son camp à l’élection suprême, Valérie Pécresse, a également étrillé le Conseil constitutionnel, qui, selon elle, « s’érige en contre-législateur ». « De quel droit ? (sic), s’est-elle agacée sur ses réseaux sociaux. Censurer une loi urgente pour la santé mentale de nos jeunes au nom de la prétendue protection de leur « liberté », quelle déconnexion du réel ! »

Précédemment, la droite avait déjà adressé les mêmes reproches lors de la censure d’éléments de plusieurs textes, de la loi immigration à celle sur la suppression des zones à faibles émissions. Des prises de position qui rejoignent toujours celles du Rassemblement national (RN). « Nous déplorons très régulièrement les décisions du Conseil constitutionnel, qui vient empêcher le législateur de faire son travail. Législateur qui, lui, est élu par les Français. C’est ce qui s’est passé une fois de plus », a d’ailleurs dénoncé la vice-présidente du RN Edwige Diaz, dont le parti entend justement multiplier les référendums, sur l’immigration et la préférence nationale, afin de réécrire la Constitution.
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